Âgé aujourd’hui de 91 ans, le père Joseph Houzé a toujours été attiré par la perspective de l’évangélisation de la Chine. Enfant, il priait avec sa famille en Bretagne devant un grand portrait "inculturé" de la Vierge Marie revêtue d’habits chinois. Il contemplait aussi une photo de Sœurs de saint Vincent de Paul auprès d’orphelins en Chine. Il y voit la racine de sa vocation de prêtre.
Aumônier de la Marine
Plus tard, un religieux picpucien vient parler des missions dans le collège de Joseph Houzé, en évoquant la figure du Père Damien, l’apôtre héroïque des lépreux. Chez des Salésiens, Joseph apprend que cette congrégation a des missions en Chine. Il écrit à la maison-mère de Turin, la patrie de Don Bosco, pour demander à y être envoyé. Impossible ! En cette année 1957, Mao Zédong vient de chasser tous les missionnaires étrangers du sol chinois. Mais la même année, le pape Pie XII, dans son encyclique Fidei Donum, demande aux évêques d’autoriser leurs prêtres diocésains à répondre aux appels des Églises d’Outre-mer.
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Ordonné prêtre à Saint-Brieuc en 1964, Joseph se voit proposer de partir au Pérou. Mais devant la dérive politique de la théologie de la libération, on l’en dissuade… Devenu cependant prêtre Fidei Donum, il est affecté au service de la Propagation de la Foi. Il effectue des reportages pour la revue Peuples du monde dans plusieurs pays d’Afrique noire, puis au Mexique auprès de tribus indiennes… En 1980, Joseph Houzé est nommé aumônier de la Marine, à Lorient, puis à Paris, où la mer lui manque… On l’envoie en 1985 à Mururoa : il se rend souvent à Tahiti, où il rencontre de nombreuses familles chinoises, dont il apprécie le goût du travail.
Une traductrice à Taïwan
Un appelé du contingent lui demande comment on devient prêtre… Le Père Houzé lui parle des Missions étrangères de Paris et de la Chine. Parti au séminaire français de Rome, ce garçon est envoyé à Taïwan pour apprendre le mandarin. Retraité dans sa Bretagne natale à Pléneuf-Val-André, Joseph Houzé conçoit en 2024 le projet d’écrire une "Vie de Jésus" bilingue en mandarin et en français : "N’ayant pas pu partir comme missionnaire, je voudrais, à ma manière, créer un pont entre les deux cultures."
La culture française peut apporter à celle de la Chine le sens de la dignité de toute personne, de l’attention aux plus faibles, de la solidarité et de la liberté de conscience, avec les notions de liberté personnelle et de liberté intérieure, ainsi qu’une tradition des débats d’idées.
Il rencontre une religieuse chinoise des Petites Sœurs des Pauvres, qui l’encourage : "Je lui envoie la version française. Elle me met en contact avec une autre Chinoise, bilingue, qui vit à Taïwan." Cette personne lui envoie deux traductions, une en mandarin classique, et une autre simplifiée, plus facile à imprimer. On aboutit à un livre assez court, de 47 pages, très bien illustré par un ami artiste.
Cet ouvrage pourra être utilisé par des catéchistes, ou par des familles dans le cas de couples bilingues qui souhaitent mieux sensibiliser leurs enfants à la découverte du Christ : un Français marié à une Chinoise de Taïwan se déclare intéressé. En France, on remarque un nouveau public chez les touristes chinois, qui sont attirés par les livres religieux…
Des apports culturels réciproques
Selon le père Houzé, "la culture française peut apporter à celle de la Chine le sens de la dignité de toute personne, de l’attention aux plus faibles, de la solidarité et de la liberté de conscience, avec les notions de liberté personnelle et de liberté intérieure, ainsi qu’une tradition des débats d’idées. En outre, le christianisme annonce une fraternité qui dépasse les frontières, ce qui permet un dialogue entre les peuples". À cela s’ajoute l’apport du patrimoine spirituel de la France, notamment celui de Thérèse de Lisieux patronne des missions et de Charles de Foucauld.

En échange, la culture chinoise peut apporter "le sens de l’harmonie et la recherche d’équilibre présente dans le confucianisme, utile au bien commun", ainsi que la piété filiale, le culte des ancêtres qui implique leur respect, et un équilibre avec la nature, que l’on doit respecter plutôt que chercher à dominer, ce qui « rejoint les préoccupations écologiques ». En outre, la Chine "pense à l’échelle des siècles, et non pas dans l’immédiateté qui accapare souvent l’attention des Occidentaux". Les Chinois misent sur la durée : ils emploient constamment le temps qui leur est donné, avec discipline et persévérance, dans un souci de perfectionnement personnel.
Vers l’Amour absolu
Toutefois, selon un grand converti chinois à la foi chrétienne, l’écrivain François Cheng, "la vraie spiritualité de l’Occident pourra féconder la Chine, dont le taoïsme est une pensée éminemment mobile et ouverte". Mais pour permettre une fructueuse complémentarité, l’Occident doit remplacer le "Je pense, donc je suis" du rationalisme cartésien par un "Je t’aime, je pense à toi, donc je suis", vers le Bien absolu incarné en Amour absolu, à l’image de la Trinité divine. La publication d’une "Vie de Jésus" dans les deux langues peut s’inscrire dans ce rapprochement spirituel.









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