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Les Augustins règnent-ils au Vatican depuis l’élection de Léon XIV ?

4 min de lecture
Father Edward Daniang Daleng

Crédit : AP Photo / Gregorio Borgia

Augustinian Father Edward Daniang Daleng, deputy caretaker of the Pontifical Household looks on during Pope Leo XIV visit to the parish of Santa Maria Regina Pacis in Ostia

Un préfet de dicastère, un vice-régent de la Maison pontificale, des adeptes de sacristie… depuis le début du pontificat de Léon XIV, on note la présence au Vatican de membres de son propre ordre religieux, les Augustins. Mais est-ce le résultat de choix orientés du nouveau pontife ou simplement un effet de loupe dû à son élection ?

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Les Augustins étaient jusqu’à présent une congrégation plutôt discrète, par rapport à leurs confrères dominicains, bénédictins, franciscains, ou encore jésuites. Pourtant, depuis l’accession au trône de Pierre de l’un d’eux, le 8 mai 2025, les regards médiatiques ont découvert qu’ils ont leur siège – et une université – à deux pas du Vatican, qu’ils tiennent les clefs de la sacristie du pape et que ce sont aussi les religieux qui desservent la paroisse vaticane Sainte-Anne… Excusez du peu. 

Ces hommes habillés d’une bure noire resserrée à la taille par une corde, au nombre d’à peine 2.300 dans le monde, se repèrent désormais souvent dans les rues adjacentes aux murs léonins. Léon XIV ces derniers mois en a aussi nommés quelques-uns en responsabilité à la Curie romaine. Mgr Luis Marín de San Martín, ancien sous-secrétaire du Synode, est ainsi devenu préfet du dicastère pour le Service de la charité le 12 mars. 

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Cet évêque espagnol n’est pas le seul augustin nommé par son ancien prieur : le père nigérian Edward Daniang Daleng est devenu en novembre vice-régent de la Maison pontificale, un poste créé ad hoc par le nouveau pape. Plus discrètement, un autre augustin, Mgr Lizardo Estrada Herrera, évêque auxiliaire de Cuzco au Pérou et secrétaire général du Conseil épiscopal latino-américain, a été nommé coup sur coup membre de deux dicastères : celui du Service pour le développement humain intégral (30 mars) et celui de la Communication (9 avril). Outre le fait de partager avec le pape la nationalité péruvienne et l’appartenance religieuse, il a en commun avec lui de s’être engagé au sein du Synode sur la synodalité – ce chantier voulu par le pape François pour rendre l’Église catholique moins cléricale et pyramidale. 

Parmi les dirigeants de la Curie romaine, on trouve un autre augustin, le père Rocco Ronzani, comme préfet des Archives apostoliques du Vatican. Mais cette nomination avait été faite par le pape François en juillet 2024. Tout comme les trois membres de la "sacristie papale" et la communauté de la paroisse Sainte-Anne, tous Augustins depuis des décennies. Si Léon XIV a retrouvé un certain nombre de confrères à l’intérieur du palais apostolique, cela tient de la tradition plus que du népotisme. 

Pas de "cour de Léon" ? 

"Ce n'est pas l'invasion des Augustins", plaisante une source romaine habituée du Vatican. Et de constater que Léon XIV "ne semble pas versé dans cette tendance à prendre des gens de sa congrégation pour occuper des postes-clés". "C’est un mathématicien, donc il doit faire des calculs, mais ceux-ci sont plus marqués par l'objectivité que par la subjectivité de ses propres appartenances", abonde un prêtre. 

Pour celui-ci, qui vit dans la Ville éternelle depuis 30 ans, "on a toujours vu chez les papes ce phénomène – parfois un peu excessif chez certains – de constituer autour d'eux en quelque sorte une deuxième curie, de personnes proches". Si tel était le cas pour Léon XIV, "le critère de l'augustinisme entrerait en jeu, puisqu’il s’agit de personnes qu'il aurait côtoyées, dont il est sûr". Mais "on ne voit pas pour l'instant qu’il a recréé un deuxième cercle, il recherche des compétences plutôt que des attachements à sa personne", analyse le prêtre, qui souligne là une différence avec François. Le pontife argentin avait, selon lui, "subjectivisé énormément ses nominations, en choisissant des gens qui correspondaient à sa conception de l'Église". Son successeur "paraît plutôt institutionnel dans l'exercice de sa charge", ajoute-t-il. 

Ainsi, pour les observateurs, aucune "cour de Léon" ne semble se dégager. Quitte pour le pontife à semer une touche énigmatique sur son sillage : "Qui est auprès de lui ? Qui consulte-t-il ?... On a beaucoup de difficultés à savoir qui sont ses proches", reconnaît un vaticaniste chevronné.