Alors que des experts ont alerté début juillet sur l’augmentation du nombre de suicides en France, les députés s’apprêtent à légaliser le 15 juillet l’euthanasie et le suicide assisté. Une incohérence flagrante qui envoie un message désastreux aux personnes fragiles, qui sape le travail des psychiatres et psychologues et qui risque de faire augmenter le nombre de suicides non assistés.
Alors que la santé mentale est encore grande cause nationale en 2026, et que la prévention du suicide est censée être une préoccupation majeure du gouvernement, que fait-il ? Il s’apprête à légaliser le suicide assisté. Avouons qu’il y a mieux en termes de prévention. Une tribune d’experts a exprimé le 9 juillet son inquiétude face à la "démobilisation du gouvernement" vis-à-vis de la prévention du suicide. Le paradoxe ici est criant. D’un côté, le suicide et les tentatives de suicide, notamment chez les jeunes, explosent en France, et les experts, légitimement, s’en inquiètent. Et de l’autre, les députés s’apprêtent à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté pour les personnes atteintes d’une affection grave et incurable. Le message est complètement brouillé : "Comment convaincre une personne désespérée de s’accrocher à la vie si la société elle-même admet que, dans certains cas, la mort est une issue légitime ?", avait interrogé un collectif de psychologues, psychiatres et psychanalystes dans une tribune publiée en mai 2025, alertant au sujet d’une "bombe à retardement" en lien avec l’examen de la loi sur la fin de vie.
Un suicide par heure
Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement le 9 juillet 2026, des professionnels de santé, chercheurs et responsables associatifs soutenus par trois associations (Groupement d’études et de prévention du suicide, Prévention Suicide France et Union Nationale de Prévention du Suicide) ont appelé à une mobilisation accrue des pouvoirs publics en faveur de la prévention du suicide, en mettant en lumière une triste réalité : "En France, chaque jour, une personne meurt par suicide toutes les heures et 500 personnes attentent à leurs jours". "Le suicide constitue la deuxième cause de mortalité chez les 15-25 ans et le nombre de tentatives de suicide des jeunes femmes a plus que doublé au cours des cinq dernières années", soulignent les experts.
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Les signataires estiment que "l'État n'est plus au rendez-vous de la prévention" alors que "les signaux sont plus qu'inquiétants" et s'inquiètent d'une "démobilisation du gouvernement". "Réduire les moyens de la prévention aujourd'hui, c'est prendre le risque d'en payer le prix social, humain et économique", rappellent les signataires, mentionnant le risque d'augmentation des suicides, la pression sur les systèmes d'urgence et sur la psychiatrie.
Une incohérence majeure
À l’heure où la France est en passe de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté lors du vote solennel prévu à l’Assemblée nationale ce mercredi 15 juillet, il est encore temps de soulever l’immense incohérence vis-à-vis du suicide : dans certains cas, on le combat, et dans d’autres, on l’encourage. Toute vie ne vaut-elle pas d’être vécue quels que soient son âge et sa condition physique ? En sachant que la loi Claeys-Leonetti de février 2016 reconnaît déjà le droit du patient à une sédation profonde et continue jusqu’au décès. Sans compter le travail de sape que ce texte de loi représente pour les psychiatres et psychologues qui voient leur métier profondément remis en question.
Comment soutenir nos patients contre la pulsion de mort qui les traverse, tout en validant que, pour certains, le passage à l’acte serait une solution ?
En mai 2025, plus de 600 psychologues, psychiatres et psychanalystes, regroupés dans le collectif l’Appel des psys, avaient déjà alerté sur les conséquences de la proposition de loi Falorni. "Nous nous indignons face à une incohérence majeure : comment peut-on prétendre prévenir le suicide tout en légitimant, dans certains cas, la mort provoquée ? Ce double discours est éthiquement et cliniquement insoutenable, et politiquement incohérent. Comment soutenir nos patients contre la pulsion de mort qui les traverse, tout en validant que, pour certains, le passage à l’acte serait une solution ?", interrogent-ils. Et de souligner qu’en autorisant l’euthanasie et le suicide assisté, la société envoie un message terrible : certaines vies ne mériteraient plus d’être vécues. "Pour ceux qui vacillent déjà, ce signal peut suffire à les faire basculer", mettent-ils en garde.
Une bombe à retardement
"En tant que psys, notre rôle est précisément d’aider les personnes en détresse à retrouver leur place dans le monde, à ne pas céder au sentiment d’inexistence ou au désir d’exclusion. Légaliser la mort provoquée, c’est affirmer qu’il existe deux types de souffrances : celles qui méritent un accompagnement et celles qui justifieraient l’élimination de celui qui souffre. Cette logique est une bombe à retardement pour la prévention du suicide. Comment convaincre une personne désespérée de s’accrocher à la vie si la société elle-même admet que, dans certains cas, la mort est une issue légitime ?"
Le collectif établit aussi un lien entre l’augmentation du nombre de suicides non assistés et la légalisation de l’euthanasie : "Les pays ayant légalisé une forme de mort provoquée, comme les Pays-Bas ou l’Oregon, voient leurs taux de suicide augmenter. Aux Pays-Bas, les suicides non assistés ont grimpé de 28 % entre 2010 et 2021, tandis que dans les pays européens sans euthanasie légalisée, ils diminuent", constatent-ils. Un lien de cause à effet qui ne surprend pas Mathilde de Kervénoaël, psychologue clinicienne : "La médiatisation des suicides assistés rend le suicide plus accessible, cela en fait une solution plus envisageable pour la personne en détresse psychique. Lorsque le suicide est encore considéré comme un interdit sociétal, le passage à l'acte est plus difficile que lorsque le suicide est banalisé et médiatisé. Dans le processus de la crise suicidaire, le suicide s'impose alors plus facilement à une personne vulnérable." En France, le nombre de suicides est passé de 12.000 en 1990 à moins de 9.000 par an aujourd’hui. En banalisant l’acte suicidaire, ne prend-on pas le risque de faire augmenter le taux de suicides non assistés en France alors que le pays présente déjà "un des taux les plus élevés d'Europe", selon Santé publique France ?












