Forestier, élu d’un Conseil régional de la propriété forestière, notre chroniqueur Jean-Étienne Rime a vu des forêts s’embraser près de chez lui. Ce spectacle angoissant, qui voit l’œuvre de générations entières partir en fumée, éprouve l’espérance des hommes et la confiance dans la nature.
La forêt brûle. Incendies dans le sud de la France, dans le Maine-et-Loire. Le massif de Fontainebleau est en flammes et nous ne sommes qu’au début de l’été. Ailleurs, les mêmes sinistres, en Espagne, aux États-Unis et dans de nombreux pays de notre planète. Il faut avoir vu les bois brûler à côté de chez soi pour comprendre ce type de drame. Le feu violent entoure les arbres jusqu’au houppier, à des hauteurs impressionnantes et les consume pour courir plus loin, encore et encore, inexorablement. Spectacle impressionnant, spectacle angoissant, épouvantable. On se sent mal en voyant ces flammes et la fumée monter loin dans le ciel en nuages obèses, visibles à plusieurs dizaines de kilomètres.
Un drame matériel et sentimental
Qu’est-ce qu’un incendie par rapport aux vastes problèmes du monde, à la guerre qui reprend en Iran et dans le Golfe et qui n’a pas cessé au Soudan, en Ukraine, au Liban et dans tant de pays ? C’est un drame de plus et il faut le considérer comme tel parce qu’il touche des hommes, des familles, des populations et qu’il crée une cicatrice durable dans les esprits et dans les corps.
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Voir la forêt disparaître sous les flammes, c’est une page de notre histoire qui se tourne sans retour, le travail des ans, les promesses d’avenir qui deviennent fumées.
Voir sa maison brûler, regarder les proches forêts partir en fumée, c’est une partie de l’histoire locale qui disparaît. La forêt est un espace multi-usagers. Elle est possédée en France par plus de 70% de propriétaires privés et elle est très morcelée avec en moyenne 3 hectares environ par propriété. Chacun prend soin de sa forêt avec des travaux réguliers, plantations, régénération naturelle, éclaircies, récoltes, et se montre très attaché à ce foncier souvent transmis de génération en génération. Le sinistre est donc plus que matériel, il est sentimental et se fonde sur le travail de l’homme par transmission, dépassant la vie de l’individu. Les chênes qui ont brûlé dans le bois de Sinet en Anjou ont été plantés au XIXe siècle et cinq générations ont pris soin de ce patrimoine végétal. Les beaux arbres de Fontainebleau ont été peints par Courbet et Rosa Bonheur, on ne les verra plus que sur des tableaux.
La nature est généreuse
La forêt remplit aussi des fonctions naturelles. Elle abrite une faune et une flore riches et diversifiées, elle régule la température. Elle fournit également le bois indispensable à la construction et bien d’autres usages : aménagement, papier, chimie, énergie etc. Elle séquestre le dioxyde de carbone (CO2) et un mètre cube de bois correspond à une tonne de ce gaz ; nous avons d’ailleurs dans nos maisons des tonnes de CO2 dans le bois de nos charpentes et parquets. Elle est une richesse nationale entretenue par des professionnels engagés et passionnés.
Voir la forêt disparaître sous les flammes, c’est une page de notre histoire qui se tourne sans retour, le travail des ans, les promesses d’avenir qui deviennent fumées. Mais la nature est généreuse, les vastes étendues noires ou grises, désolées et incultes vont se transformer dans les mois et années à venir, des sujets nouveaux vont croître et faire disparaître la cendre pour recouvrir l’espace d’un tapis vert, les jeunes arbres vont pousser avec vigueur, ils vont capter le CO2 libéré par les incendies pour se nourrir grâce à la photosynthèse, la forêt va reprendre ses droits, comme la flore, les animaux vont reconquérir leurs domaines. Les générations futures profiteront d’une belle forêt, en espérant qu’ils ne vivront pas les mêmes sinistres.
Prier pour la pluie
Que faire pour éviter de pareilles catastrophes ? Détecter les fous pyromanes, c’est difficile et presque inévitable, malheureusement ; prévenir les fumeurs car tant de départs de feu sont dus à des mégots, c’est indispensable tant ce geste est criminel sans le savoir. Les forestiers agissent aussi avec des obligations de débroussaillage, des cloisonnements, la création de voies forestières. Cela ne suffira pas mais va dans une bonne direction.
On peut aussi prier pour la pluie. Toutes les civilisations depuis la nuit des temps se sont adressées aux dieux pour demander pluie ou soleil. Nous pouvons le faire en donnant un sens spirituel comme le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, l’écrivait au XIXe siècle : "Ô Dieu en qui nous vivons, nous nous remuons et nous existons, accordez-nous une pluie salutaire ; afin que, soutenus par la possession des biens de la vie présente, nous demandions avec plus de confiance les biens éternels." Les Rogations oubliées pendant des années sont à nouveau célébrées, comme un juste retour à la nature avec la demande de protection des bois et des prairies, des blés et des garrigues.





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