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L’économie du don, une nouvelle voie vers la transition écologique

6 min de lecture
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Crédit : Shutterstock

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La logique de don peut profiter à l’action écologique, telle est la conclusion d’une étude menée au sein d’une boulangerie coréenne s’inspirant de l’économie du don. Sandrine Frémeaux, professeur à Audencia Business School et Hye‑Lan Lee, doctorante à Nantes Université, présentent les caractéristiques d’une transition écologique s’inscrivant dans cette démarche.

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Forme d’économie civile ancrée dans les travaux de Genovesi, économiste italien du XVIIIᵉ siècle, l’économie du don peut être définie comme une économie orientée vers le bien commun, mettant l’accent sur la réciprocité et les relations humaines. Que cette économie profite aux plus pauvres est déjà établie : le don bénéficie tout à la fois aux membres de l’organisation, aux partenaires, et aux plus vulnérables sur le territoire, y compris aux entrepreneurs émergents. Affirmer que l’économie du don sert l’action écologique est moins évident, tant celle-ci repose habituellement sur les incitations financières, la coercition et la pression normative. 

L’économie de communion

Une étude publiée dans le Journal of Business Ethics s’est consacrée à l’analyse d’une boulangerie coréenne de plus de 900 salariés répartis sur plusieurs sites, qui a entamé une transition écologique depuis 2019. Cette entreprise relève de l’économie de communion, un modèle lancé par le mouvement des Focolari, qui vise à éliminer les causes de la pauvreté et à considérer les personnes les plus pauvres comme des participants actifs et essentiels du projet. Dans la mesure où la boulangerie poursuit une mission de soutien des plus pauvres tout en s’efforçant de développer une culture du don, elle s’inscrit tout à la fois dans l’économie de communion et l’économie du don. L’étude met en lumière les quatre caractéristiques qui conditionnent le succès d’une transition écologique s’inscrivant dans la continuité de cette démarche.

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Le don écologique est pratiqué par les dirigeants… 

Ce sont les membres de la direction eux-mêmes qui utilisent cette terminologie, se référant par là à la connexion possible entre la culture du don et l’orientation écologique. Leurs employés attestent également de l’engagement écologique de leurs directeurs, observant qu’ils n’hésitent pas à participer au tri et au nettoyage. Parce que les directeurs vont même jusqu’à vider les poubelles aux alentours des magasins afin de réduire les déchets et favoriser le recyclage, ils font preuve d’exemplarité, ce qui incite l’ensemble des membres organisationnels à s’engager dans la même voie. Ainsi, le témoignage de cette vendeuse : "Un jour, lorsque je suis sortie pour nettoyer à l’extérieur, je craignais que des déchets en plastique ne débordent des poubelles… C’est bien quand les gobelets sont vides, mais c’est difficile lorsqu’ils sont remplis de déchets. Les responsables sont sortis dehors et ont vidé les contenus un par un puis ils ont tout nettoyé ! J’ai été impressionnée par la façon dont ils ont parfaitement tout nettoyé" (Journal interne, magasin 8). 

… et par l’ensemble des salariés

On peut parler en ce sens d’une culture partagée du don écologique. Certains événements attirent l’ensemble des salariés, comme le "plogging", activité combinant le jogging (course à pied) et le ramassage des déchets. D’autres événements, tels que les Journées vertes, conduisent tous les salariés à s’organiser différemment afin de réduire leur consommation d’énergie et de papier. Cette culture du don écologique transforme ainsi l’organisation du travail et s’impose comme un modèle organisationnel à part entière.

Le don écologique produit une cascade de dons

Les membres de l’organisation évoquent une réciprocité généralisée selon laquelle ils font profiter à d’autres les pratiques écologiques dont ils sont témoins au sein de la boulangerie. Cette dynamique bénéficie non seulement aux autres salariés de l’entreprise, mais également à leurs familles et à leurs proches, comme le rapporte ce boulanger de l’entreprise : "J’ai commencé à regarder ce que je faisais chez moi et j’ai découvert que je gaspillais beaucoup plus d’électricité que je ne le pensais. J’ai identifié une bonne douzaine d’appareils branchés mais non utilisés, et je les ai immédiatement débranchés. Je me suis engagé à prêter attention à chaque détail, à la maison comme au travail" (Journal interne, magasin 8). 

Les clients eux-mêmes redonnent ce dont ils sont témoins en participant à des événements écologiques ou plus simplement en rapportant les emballages, comme le raconte cette vendeuse : "Récemment, une cliente a acheté une grande quantité de pain pour offrir à ceux dans le besoin, et je lui ai donné plusieurs sacs pour emballer ses cadeaux. Quelques jours plus tard, après avoir distribué le pain, elle m’a dit qu’il restait des emballages et est venue les rapporter au lieu de les jeter, disant que ce serait du gaspillage puisqu’elle ne les avait pas utilisés. Je lui en suis très reconnaissante" (Journal interne, magasin 1). L’entreprise remplit ainsi une mission de sensibilisation et d’éveil des consciences qui va bien au-delà de sa communauté immédiate.

Les dons sociaux et écologiques entrent en synergie 

L’étude révèle que la culture du don favorise la transition écologique, car les membres de l’organisation acceptent plus facilement de réaliser des tâches difficiles de nettoyage et de recyclage lorsqu’ils se savent soutenus par le collectif. Si la dynamique de solidarité qui caractérise l’économie du don est un levier de transition écologique qui s’avère particulièrement efficace, c’est aussi parce que l’orientation écologique est elle-même de nature à créer une dynamique collective et à renforcer la culture du don. "Partager l’esprit écoresponsable crée un véritable ADN qui encourage à adopter une culture du don" constate la directrice générale.

Ainsi, même si l’organisation choisie pour cette étude s’enracine dans une culture collectiviste, elle illustre ici un phénomène qui ne tient pas seulement au contexte culturel : le cercle vertueux initié par la culture du don peut soutenir la transition écologique dans toute entreprise, quel que soit le contexte.

Pratique :

Frémeaux S., Lee HL. (2026), “How a Common Good–oriented Company Goes Green: The Gift Economy as a Driver of Ecological Transition”, Journal of Business Ethics, 205(4):811-828.