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La colocation "Bon Coeur 21" de Machecoul accueille trois femmes "vieillissantes" porteuse de trisomie 21, depuis janvier 2026.

À Machecoul, la colocation “Bon Cœur 21” accueille des femmes trisomiques vieillissantes

À Machecoul, trois femmes porteuses de trisomie 21 vivent ensemble dans une colocation familiale et innovante. "Bon Cœur 21" répond à un besoin urgent : offrir un vrai chez-soi, sécurisé et joyeux, à des personnes trisomiques vieillissantes, trop souvent oubliées par les dispositifs classiques. 

6 min de lecture

Source: Jimmy Lefebvre

La colocation "Bon Coeur 21" de Machecoul accueille trois femmes "vieillissantes" porteuse de trisomie 21, depuis janvier 2026.

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À Machecoul, au cœur de la Loire-Atlantique, une colocation pas comme les autres a ouvert ses portes au début de l’année 2026 : "Bon Cœur 21". Entre ses murs cohabitent trois femmes porteuses de trisomie 21 : Fanny, Bernadette et Clotilde, respectivement 36, 40 et 43 ans. Une maison de "copines" qui répond à un grand besoin, celui d’accueillir et d’accompagner des personnes trisomiques "vieillissantes". 

Tout commence en 2023 lorsque Sylvie, infirmière depuis 30 ans, est confrontée à un problème récurrent touchant les personnes trisomiques dites "vieillissantes". Clotilde, 40 ans à l’époque, est contrainte de quitter son ESAT, une structure permettant aux personnes en situation de handicap d’exercer une activité. Sa famille est inquiète pour son avenir et elle exprime son désir de "vivre avec des copines". Sylvie décide de prendre le problème à bras-le-corps. "L’entrée en gériatrie des personnes trisomiques commence à 35 ans. À cet âge, elles fatiguent beaucoup plus vite et ont plus de chance de développer la maladie d’Alzheimer", explique-t-elle. Germe alors l’idée d’une colocation à taille familiale, limitée à quatre femmes. "Après la visite de différents lieux, ce projet nous a semblé pertinent et un accompagnement personnalisé, nécessaire." Sylvie fonde alors l’association "Bon Cœur 21" et la première maison est ouverte à Machecoul en janvier 2026. Deux autres colocataires, Fanny et Bernadette, rejoignent rapidement l’aventure. 

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Le quotidien est rythmé par diverses occupations. Gym, activités cérébrales, mosaïque, peinture, poterie… animées par des bénévoles qui se rendent chaque matin à la maison "Bon Cœur".
Le quotidien est rythmé par diverses occupations. Gym, activités cérébrales, mosaïque, peinture, poterie… animées par des bénévoles qui se rendent chaque matin à la maison "Bon Cœur".

Un vrai besoin 

"Si on est malade on va à l’hôpital, si on est vieux on va dans un EHPAD, mais si on est trisomique à 35 ans avec des troubles, on n’a rien. Bon Cœur 21 répond aux trous dans la raquette", lance Jimmy Lefebvre, président de l’association. La colocation de Machecoul apporte une aide personnalisée à chaque femme, 24 heures sur 24. Quatre accompagnatrices s’y succèdent tous les trois jours environ. "Quand on y est, on y est vraiment. Elles ne sont pas autonomes, il faut toujours quelqu’un auprès d’elles. Le but est de les rassurer, ainsi que leurs familles", souligne Sylvie. 

"[Le but est de] mettre en valeur ce qu’elles aiment et savent faire."

Le quotidien est rythmé par diverses occupations. "Chaque habitante a défini ce qu’elle voulait vivre", abonde Jimmy Lefebvre. Gym, activités cérébrales, mosaïque, peinture, poterie… animées par des bénévoles qui se rendent chaque matin à la maison "Bon Cœur". Le but ? "Mettre en valeur ce qu’elles aiment et savent faire." Quand l’une apprécie particulièrement la musique, l’autre se rend à la piscine où des activités "Handipool" sont proposées. Des cours de danses folkloriques sont même donnés. Une vie en communauté qui voit aussi ces femmes progresser dans leur autonomie et leur ouverture aux autres. "Elles se prennent davantage en charge. Fanny a plus confiance en elle et utilise moins son déambulateur, confie Jimmy Lefebvre. Quant à Bernadette, elle m’a sauté au cou quand elle a su qu’une quatrième coloc allait peut-être rejoindre la maison en s’exclamant: ‘Chouette, une nouvelle copine !’" 

Fanny, Bernadette et Clotilde sont croyantes et expriment leur besoin de prier et de s’engager. "Elles aiment réciter ensemble le chapelet. Ça leur fait beaucoup de bien."
Fanny, Bernadette et Clotilde sont croyantes et expriment leur besoin de prier et de s’engager. "Elles aiment réciter ensemble le chapelet. Ça leur fait beaucoup de bien."

Phase de test

Une colocation où la foi prend aussi une grande place. Fanny, Bernadette et Clotilde sont croyantes et expriment leur besoin de prier et de s’engager. "Elles aiment réciter ensemble le chapelet. Ça leur fait beaucoup de bien." La maison "Bon Cœur" entretient un lien particulier avec la paroisse de Machecoul depuis son ouverture. "Le père Thomas, arrivé récemment, a tout de suite souhaité la bienvenue aux colocataires. Elles sont connues des habitants." Une foi commune qui se vit "joyeusement" et "simplement", notamment à travers des repas partagés tous les mois. 

"Un EHPAD à la campagne c’est 2.500 euros par mois, à Paris, 5.000. Nous, on propose un loyer de moins de 1.000 euros avec tout l’accompagnement personnalisé."

Aujourd’hui, cinq mois après l’ouverture de la colocation, l’association cherche à trouver des fonds. Le modèle choisi par "Bon Cœur 21" ne fait pas beaucoup appel aux familles. "Un EHPAD à la campagne c’est 2.500 euros par mois, à Paris, 5.000. Nous, on propose un loyer de moins de 1.000 euros avec tout l’accompagnement personnalisé. On est confronté à la réalité des coûts induits auxquels on n’avait pas forcément pensé", confie Jimmy Lefebvre. Malgré l’organisation de concerts et de ventes au profit de l’association, le projet cherche l’équilibre de son modèle financier. "La colocation est prévue pour quatre filles, aujourd’hui nous n’en avons que trois. On est toujours en phase de test." 

Le but de "Bon Cœur 21" est de "pérenniser" la colocation de Machecoul. L’association reçoit des demandes régulières pour des hommes, mais ne se sent pas appelée à "se multiplier".
Le but de "Bon Cœur 21" est de "pérenniser" la colocation de Machecoul. L’association reçoit des demandes régulières pour des hommes, mais ne se sent pas appelée à "se multiplier".

La coloc des choses simples

Le but de "Bon Cœur 21" est de "pérenniser" la colocation de Machecoul. L’association reçoit des demandes régulières pour des hommes, mais ne se sent pas appelée à "se multiplier". "Bien sûr il y a des besoins, livre Jimmy. Dans l’idée nous aimerions que d’autres associations nous imitent. L’idéal serait de créer une fédération regroupant plusieurs initiatives." Fanny, Bernadette et Clotilde espèrent aussi pouvoir recevoir des proches. "À court terme, si on fait des travaux, on pourra construire un logement plus adapté à leurs désirs. Avec une pièce dédiée aux invités, pour qu’elles se sentent vraiment chez elles." Une ambition simple pour répondre à un vrai problème, pour lequel il n’existe presque pas de solution : l’inclusion des personnes handicapées vieillissantes. Et Jimmy de conclure : "Dans la vie, pour être heureux lorsqu’on avance en âge, on a besoin de choses simples. Des activités, bien se nourrir, un peu de sport, se sentir en sécurité et surtout, du lien social. Bon Cœur 21 répond à ce désir d'équilibre."