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La pause déjeuner, un moment sacré ?

5 min de lecture
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Crédit : Drazen Zigic I Shutterstock

Se vider la tête, créer du lien, en profiter pour aller à la messe… La pause déjeuner, plébiscitée par une grande majorité de Français, est l’occasion de reprendre son souffle au cœur d'une journée souvent bien remplie.

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"Je ne fais jamais l’impasse sur la pause déjeuner !", s’exclame Mathilde, psychologue spécialisée dans l’accompagnement des salariés. "Pour moi, la pause est obligatoire pour me vider la tête de tout ce que j'ai entendu le matin durant mes entretiens. Je la fais seule quand je suis au cabinet, avec les clients quand j’interviens en entreprise, ou avec des amies pour avoir un peu de légèreté !" Un moment également sacré pour Tiphaine, cadre dans la banque, qui revient de congé maternité après la naissance de son troisième enfant : "Après un an de congé parental, cela fait un bien fou de retrouver tous les jours ce temps "pour soi". Je déjeune avec mes collègues, je vais faire du sport ou quelques courses, sans la logistique de trois enfants en bas âge !", confie-t-elle.

La pause déjeuner est encore une pratique profondément ancrée dans le quotidien des Français, selon une étude IFOP pour Edenred publiée le 3 juillet et réalisée auprès de 2.500 personnes. En effet, 91% des sondés prennent une pause déjeuner au cours de leur journée de travail. 88% la considèrent comme un moment nécessaire voire indispensable, un chiffre qui monte même à 92% chez les Franciliens. Une pause qui dure en moyenne 46 minutes, et qui se fait à plusieurs, avec collègues ou des proches, pour deux tiers des actifs. "Cette étude montre l’attachement fort des Français à la pause déjeuner", analyse Jérôme Fourquet, directeur du département Ifop Opinion. "Les actifs sacralisent ce rituel malgré les évolutions des modes de travail. La pause déjeuner est ainsi un élément constitutif de la qualité de vie au travail et du développement du lien social au sein des organisations."

Créer du lien

Développer le lien social, c’est exactement la raison pour laquelle Sixtine, professeur des écoles à Lyon, chérit ce moment : "Nous, on refait le monde ! C'est le meilleur moment de la journée ! Beaucoup d’informations sont transmises pendant le temps du déjeuner", constate-t-elle. "Et c’est aussi l’occasion d’échanger sur nos vies." Un temps bienvenu où l’humain prime sur la productivité. Même impression pour Anne-Claire, enseignante en région parisienne : "Le déjeuner entre collègues est un moment pour planifier, prendre des nouvelles, partager nos joies et nos difficultés, s’entraider et rire. Mais une fois par semaine, j’aime rentrer chez moi pour une vraie déconnexion", confie-t-elle.

Le tableau n’est pas toujours aussi rose. Certains évitent de se retrouver à la table de certains collègues qu’ils n’apprécient pas. Ou bien considèrent le déjeuner comme une perte de temps, à l’instar de 12% des personnes interrogées sans l’étude. C’est le cas de Maxime, consultant en fusion-acquisition : "Je m’achète un sandwich et je continue à bosser devant mon ordinateur, ce n’est pas par manque d’intérêt pour mes collègues mais parce que mon agenda est très chargé et que je ne veux pas perdre trop de temps."

Stimuler l’imagination

Et pourtant, outre le fait de créer du lien, le temps du déjeuner s’avère aussi un moment précieux pour stimuler l’imagination et donner naissance à des projets ou à des idées. Sixtine, notre professeur des écoles, confie : "C’est souvent pendant l’heure du déjeuner que nous avons les meilleures idées pour nos projets d’école." Même constat chez Fabienne, scénariste : "A la pause dej, on échange sur nos vies, et c’est souvent à travers une expérience personnelle racontée à ce moment-là que je vais avoir l’idée d’une intrigue, d’un scénario ou même d’un détail dans une histoire."

Lever le nez du guidon, ralentir, s’intéresser aux autres permet de poser regard neuf sur un problème, de faire surgir de nouvelles idées. En effet, le cerveau fonctionne différemment lorsqu'il n'est plus focalisé sur une tâche précise. En s'accordant un moment de relâchement, il continue à traiter les informations en arrière-plan et favorise l'émergence de nouvelles associations d'idées. Les psychologues appellent cela "l'effet d'incubation".

Nourrir l’âme

La pause déjeuner peut aussi devenir un temps de ressourcement spirituel. Philippine, 30 ans, est graphiste et travaille à Paris, tout proche de l’église Saint-Louis-d’Antin. "Une fois par semaine, je vais à la messe à 12h30, elle dure 45 minutes et c’est un ressourcement incroyable. J’abandonne tous mes soucis, toutes les contrariétés du boulot entre les mains de Dieu et je reviens complètement apaisée !", confie la jeune femme. Quant à Brigitte, 52 ans, secrétaire, elle consacre régulièrement ce moment à l'écoute du podcast du frère Paul-Adrien, "La Bible en un an". "Chaque épisode dure une dizaine de minutes, j'en écoute généralement deux après avoir déjeuné sur le pouce. C'est très enrichissant, une vraie plongée dans les Écritures que je n'arrive à faire que sur ce temps-là ! Autrement, à la maison, j'ai toujours mille choses à faire !"

La pause déjeuner constitue donc une parenthèse bienvenue, qui permet de retrouver une forme de disponibilité, à soi-même, aux autres et à Dieu.