Une enquête menée par l’IFOP pour la Fondation April et la Fondation Jean Jaurès, publiée le 9 juillet, révèle l’impact colossal des réseaux sociaux sur le comportement des jeunes, notamment en termes de pratique sportive et d’habitudes alimentaires.
Le temps passé sur les réseaux explose – TikTok en tête, ce même réseau qui a fait l’objet d’un rapport accablant à propos des dégâts psychologiques qu'il cause sur les mineurs, – et leur impact est désormais chiffré : 77% des 15-24 ans reconnaissent avoir modifié un de leurs comportements après avoir visionné un contenu sur les réseaux, selon une étude IFOP pour la Fondation April et la Fondation Jean Jaurès publiée le 9 juillet dernier.
En dépit de la prise de conscience collective des risques liés à une surexposition des adolescents aux réseaux sociaux, le temps passé sur les plateformes ne cesse d’augmenter chez les 15-24 ans, génération la plus connectée. Une surexposition qui a démarré en 2020, au moment de la crise sanitaire et de ses confinements successifs. Cette année-là, les Français ont passé un temps record sur les réseaux, portés par la tranche des 15-24 ans qui "scrollaient" alors 2h12 par jour sur les réseaux, selon les données de Médiamétrie, ce qui représentait un bond de 26% par rapport à 2019. Facebook était à l'époque la première plateforme sollicitée avec 25,1 millions de visiteurs uniques quotidiens, TikTok faisait une entrée fracassante attirant les internautes les plus jeunes - l’âge moyen du "TikTokeur" était de 23 ans - et Snapchat était leader chez les 15-24 ans.
Les années passent et les réseaux tissent leur toile. Déjà en janvier 2026, l’Anses alertait sur le fait que 42% des adolescents passaient entre 2 et 5 heures par jour sur leur smartphone, principalement sur les réseaux. Une nouvelle étude IFOP révèle aujourd’hui que 40% des 15-24 ans passent désormais plus de cinq heures sur les réseaux sociaux. Le temps d’écran s’est considérablement allongé pour cette tranche d’âge, atteignant en moyenne 5,1 heures par jour. On est loin des 2 heures qui paraissaient gigantesques il y a 6 ans !
Le trio de tête
Les trois réseaux sociaux plébiscités aujourd'hui par les 15-24 ans sont TikTok (63% des sondés affirment consulter TikTok plusieurs fois par jour), Snapchat (62%) et Instagram (60%). Seuls 31% de cette génération utilisent régulièrement WhatsApp et 16% Facebook. Un trio de tête regrettable quand on connaît les dégâts causés notamment par la plateforme chinoise, amplement démontrés en septembre 2025 par le rapport parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok. Un rapport dénonçant "des contenus majoritairement néfastes", en termes de désinformation médicale et d’incitation au suicide, à l’automutilation et à la violence.
Tous les réseaux sociaux n’ont pas la même toxicité. "Certains réseaux sont faits pour scroller indéfiniment sur des vidéos, il en est ainsi de TikTok ou d'Instagram, avec les réels, tandis que d’autres réseaux, comme WhatsApp, servent plus à la discussion. Selon moi, le plus dangereux est TikTok, car c'est le plus addictif", confiait Sabine Duflo, psychologue spécialiste de l’addiction aux écrans, à Aleteia.
Addictif en raison d’un mécanisme de captation de l’attention particulièrement bien huilé. "Sur les réseaux, qu’est-ce qui fait le buzz ? Tout ce qui génère de l’émotivité négative, de l’excitation, de la surstimulation", explique Anne-Lise Ducanda, médecin du développement de l’enfant, cofondatrice du Collectif surexposition écrans (CoSE). "Il y a des mécanismes addictifs et de captation de l’attention, notamment avec le système des algorithmes qui enregistre ce qu’un adolescent aime regarder pour lui envoyer en boucle des contenus qu’il apprécie et le garder ainsi captif."
L’impact des réseaux sur le comportement
Un impact, plus ou moins toxique selon les messages véhiculés, que cette nouvelle étude arrive à chiffrer : 77% des sondés reconnaissent avoir modifié au moins un de leurs comportements après avoir visionné un contenu sur les réseaux. Le changement qui revient le plus est la pratique sportive : 60% des jeunes affirment avoir intensifié le sport sur recommandations d’influenceurs. Vient ensuite, plus problématique, le rapport à l’alimentation : 35% ont supprimé certains aliments de leur alimentation (35%), pris des protéines (35%) ou des compléments alimentaires (31%), fait un jeûne (30%) ou commencé un régime hypocalorique (23%). En outre, les recommandations glanées sur les réseaux sont rarement remises en question : 70% changent un comportement sans demander de conseils à un professionnel. Un rapport au corps et à la santé qui interroge.
L’Anses a justement alerté sur l’impact psychologique de ces injonctions qui touchent à l’image et l’apparence physique, dans la mesure où elles peuvent devenir "des facteurs intermédiaires de troubles des conduites alimentaires" : "Une consultation fréquente ou prolongée de ces contenus, ainsi que la manipulation des photos, renforcent l’insatisfaction corporelle et la surveillance excessive de son apparence corporelle, en particulier chez les filles", met en garde l’Anses. "Chez les adolescents à risque ou souffrant de troubles des conduites alimentaires préexistants, les contenus valorisant la maigreur, et plus récemment la musculature du corps, constituent des facteurs de risques supplémentaires, justifiant ou exacerbant des comportements délétères."
S'il existe sur les réseaux sociaux des contenus inspirants, beaux, vrais, qui créent du lien, nourrissent l'intelligence et élèvent l'âme, il convient de demeurer vigilant face à certains messages qui peuvent s'avérer nocifs, autant pour le regard que l'on porte sur soi que celui posé sur les autres.



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