La Colombie a désormais une nouvelle occasion de se rassembler autour de l’une de ses plus grandes figures spirituelles : Notre-Dame du Rosaire de Chiquinquirá, célébrée chaque année le 9 juillet, et déclarée patronne de ce pays de l’Amérique latine. En 2026, deux grands anniversaires sont liés à sa dévotion : le 440e anniversaire du renouvellement miraculeux de l’image de la Vierge, survenu en 1586, et le 40e anniversaire de la visite de Jean Paul II à Chiquinquirá en 1986. C’est lors de cette visite historique que le Pape a invité les fidèles dans son homélie - prononcée lors de la messe dans la basilique durant laquelle il a consacre la Colombie à la Vierge Marie - à voir dans le miracle de Chiquinquirá un appel à un renouveau intérieur.
Une vénération née dans la foi missionnaire
L’histoire de Notre-Dame de Chiquinquirá commence au XVIe siècle, lorsque les missionnaires espagnols, notamment les frères dominicains, annoncent l’Évangile en Colombie. Dans ce contexte d’évangélisation, la dévotion envers la Vierge Marie se développe rapidement parmi les populations locales. En 1562, Antonio de Santana, un colon espagnol, commande une représentation de la Vierge Marie avec l’aide du frère dominicain Andrés Jadraque. Le peintre Alonso de Narváez réalise alors une œuvre originale : une toile représentant la Vierge, les pieds sur une demi-lune, tenant un rosaire et l’enfant Jésus, le sceptre à la main. Elle est entourée de saint Antoine de Padoue et de saint André, en hommage aux commanditaires du projet.
La peinture, d’environ 112 cm sur 66 cm, est destinée à orner la chapelle de la propriété d’Antonio de Santana, bientôt transformée en étable par ses héritiers. Les infiltrations d’eau détériorent fortement l’image, qui finit par être considérée comme inutilisable. Selon la tradition, la toile est retrouvée quelques années plus tard dans un état très dégradé. Elle disparaît ensuite avant de réapparaître en 1585 à Chiquinquirá, où elle sera au cœur d’un événement qui marquera profondément l’histoire religieuse de la Colombie.
En 1586, Maria Ramos, une femme du lieu, décide de réparer l'ancien oratoire sans réussir à faire réapparaître l'image du tableau. Avec foi et simplicité, elle commence à prier devant cette image oubliée de la Vierge Marie. Le 26 décembre 1586, lorsque Maria Ramos sort de la chapelle, une femme indigène nommée Isabelle passe devant le bâtiment avec son fils de cinq ans. Celui-ci aperçoit une lumière extraordinaire à l’intérieur de la chapelle. "Maman, regarde ! La Mère de Dieu est par terre !", s’écrie-t-il. Sa mère appelle alors María Ramos : la toile, autrefois effacée et presque détruite, semble avoir retrouvé ses couleurs et sa splendeur. L’image apparaît comme suspendue dans les airs, sans support visible. La nouvelle de cet événement se répand rapidement. Le miracle devient un signe de la présence maternelle de Marie auprès du peuple colombien. En 1587, Luis Zapata de Cárdenas, archevêque de Bogota, ouvre une enquête ecclésiastique. L’année d’après l’édification d’une église est lancée. Comme l’a rappelé le pape François lors de sa visite en Colombie en 2017, María Ramos eut "le courage et la foi" de redonner à cette toile délaissée sa dignité perdue. Son geste simple rappelle que Dieu agit souvent à travers la confiance et la persévérance des petits.
Sainte patronne de la Colombie
L’image de la Vierge est placée sur l’autel en 1608, et la garde du sanctuaire est confiée aux frères dominicains, qui construisent également un couvent. Depuis cette époque, l’Ordre dominicain veille sur la précieuse image, devenue l’un des grands trésors spirituels de la Colombie. En 1785, un violent tremblement de terre endommage le sanctuaire. Les Dominicains décident alors d’édifier une nouvelle basilique dans une autre partie de la ville et d’y transférer l’image de la Vierge. En 1801 commence la construction de la Basilique Notre-Dame du Rosaire de Chiquinquirá, qui abrite encore aujourd’hui l’image miraculeuse.

Notre-Dame de Chiquinquirá est proclamée patronne de la Colombie en 1829 par le pape Pie VII proclame et en 1919, l’image reçoit le couronnement canonique accordé par le pape Pie X, renforçant encore son importance spirituelle. Depuis lors, des générations de Colombiens viennent confier à la Vierge leurs familles, leurs souffrances, leurs joies et leurs espérances. À l’image de Basilique Notre-Dame de Guadalupe pour les Mexicains, Notre-Dame de Chiquinquirá est devenue un symbole profond de l’identité catholique colombienne.
Pour marquer le 440e anniversaire du renouvellement miraculeux de l’image de la Vierge de Chiquinquirá, le gouvernement colombien a adopté, le 4 juin 2026, l’instauration d’un nouveau jour férié national le 9 juillet en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire de Chiquinquirá. Mais, en application du système colombien de déplacement de certains jours fériés au lundi suivant (la "loi Emiliani"), ce jour de repos rémunéré prévu pour l’année 2026 devrait être observé le lundi 13 juillet.









