Le 8 septembre 1963, deux jeunes femmes allongées face contre terre se livraient au Christ dans l'abbatiale de Valognes. Le 1er juillet 2026, soixante-trois ans plus tard, leurs deux cercueils étaient déposés côte à côte devant ce même autel pour un ultime À-Dieu. Entre ces deux dates, une vie entière donnée à Dieu, à leur communauté et à tous ceux qui ont franchi la porte de l'abbaye.

Les familles rassemblées sont stupéfaites, leurs sœurs émerveillées, voici le beau clin Dieu de ces deux sœurs de 96 ans. Sœur Mechtilde, née Christine de Bernes de Longvilliers, était hospitalisée depuis quelques heures lorsqu’elle s’est éteinte paisiblement le 25 juin dernier. Sœur Marie-Etienne, Odile Fontana de son nom de naissance, a demandé à aller prier auprès d'elle, et depuis ce moment "elle n’a cessé de chanter Christ est ressuscité !", racontent les sœurs bénédictines. Le lendemain, elle a remis son souffle au Père. Juste à temps pour que la communauté organise un départ en duo.
Le jour des obsèques, dans la lumineuse abbaye décorée de fleurs du jardin, les deux cercueils sont posés devant l’autel, semblables et drapés de blanc, comme une évidence. Tout est accompli, et la communauté comme les familles rendent grâce pour ces vies données et si fécondes ! À l’issue de la messe, la procession chemine dans le cloître des sœurs avant de rejoindre le jardin. C’est dans le petit cimetière, un recoin bien protégé dans cet endroit béni, que les cercueils sont chacun déposés.

Sœur Mechtilde et Sœur Marie Étienne sont des femmes qui ont aimé l’Église, leur abbaye, l’église diocésaine mais aussi l’église universelle, notamment par leur mission au monastère de Koubri en Afrique, d’où sœur Mechtilde avait rapporté une kora. Petites mains discrètes et actives, elles ont œuvré après le Concile Vatican II pour un renouveau liturgique, selon l’enseignement des papes.
Sœur Mechtilde et sœur Marie Étienne, sont des femmes de paix. Elles ont accueilli, accompagné, écouté ceux qui poussaient la porte de l’abbaye, à l’hôtellerie ou au magasin. "Le sourire de sœur Mechtilde en a désarmé plus d’un, et celui de sœur Marie-Etienne, qu’elle cachait sous un visage sévère, nous a appris que sous un caillou, il y avait toujours une fleur qui poussait", témoignent leurs sœurs de Valognes.
Les deux sœurs, attachées à leur communauté et à leurs familles ont sans nul doute été bien heureuses de voir famille et amis réunis lors de la "Célébration de la Pâque" dans l’église de l’abbaye. Là-même où 63 ans plus tôt, elles s’étaient prosternées ensemble "pour se livrer à l’amour et n’avoir rien de plus cher que le Christ", comme saint Benoît.









