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“Au milieu de l’horreur, il existe une lumière” : au Venezuela, le père Nelson raconte le drame des sinistrés

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Après le double séisme qui a frappé le Venezuela, le père Nelson Molina se mobilise auprès des sinistrés privés de logement.

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Laura Marchais - publié le 08/07/26
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Après le double séisme qui a frappé fin juin le Venezuela, des milliers de familles tentent de se relever au milieu des décombres. Le père Nelson Molina, coordinateur de la commission d’urgence de l’archidiocèse de Caracas, témoigne auprès d’Aleteia de la souffrance des sinistrés et de la présence de l’Église à leurs côtés.

Frappé par deux puissants séismes le 24 juin au soir, le Venezuela tente de panser ses plaies. D’une magnitude de 7.2 puis de 7.5, les deux secousses ont ébranlé le pays à seulement quelques secondes d’intervalle. Dans plusieurs régions déjà fragilisées par une profonde crise économique et sociale, les dégâts matériels sont considérables. Des bâtiments se sont effondrés, des familles ont tout perdu et des centaines de personnes ont dû être accueillies dans des refuges d’urgence. Selon le dernier bilan officiel publié le 7 juillet, au moins 3.685 personnes ont été tuées et plus de 16.700 blessées.

Un homme cherche sa famille parmi les restes d'un bâtiment endommagé à la suite de puissants tremblements de terre à La Guaira alors que les efforts de récupération se poursuivent.

Face à l’ampleur de la catastrophe, l’Église catholique s’est rapidement mobilisée pour venir en aide aux sinistrés. À Caracas, capitale située au nord du pays, l’archevêché a mis en place une commission spéciale afin de coordonner l’aide matérielle et l’accompagnement spirituel des victimes, en lien avec les paroisses et les équipes présentes sur le terrain. À sa tête, le père Nelson Molina, coordinateur de la commission d’urgence de l’archidiocèse de Caracas, raconte à Aleteia la douleur des familles, l’engagement des prêtres auprès des victimes et l’espérance qui continue d’animer le peuple vénézuélien au milieu des ruines.

Aleteia : Quelle est aujourd’hui la réalité vécue par les habitants sur le terrain ?
Père Nelson Molina : Depuis la tragédie, l’une des grandes difficultés auxquelles le peuple vénézuélien est confronté est le sentiment d’abandon de la part des autorités civiles. La réponse a été très lente. L’aide provenant d’autres pays est arrivée avant celle de nos propres autorités. C’est une situation qui nous a tous pris par surprise et qui, dès le premier jour, nous a poussés à aider avec ce que chacun pouvait apporter. La générosité du peuple vénézuélien s’est révélée dans ce moment si difficile. Tant de personnes se sont portées volontaires, en retirant les décombres de leurs propres mains, sans même disposer du matériel nécessaire, mais se donnant entièrement pour essayer de sauver le plus de vies possible. Le premier jour, lorsque je me suis rendu au pied de l’un des immeubles qui s’est effondré à Caracas, dans la municipalité de Chacao, près de ma paroisse, j’ai entendu le témoignage bouleversant d’un père. Il se précipitait hors du bâtiment avec son fils au moment où l’immeuble s’est écroulé. Lui a réussi à sortir, mais pas son fils... C’est déchirant. Ce jour-là, environ 300 personnes sont venues se réfugier dans ma paroisse. Il y avait beaucoup d’enfants. Les voir allongés sur le sol de l’église et envahis par la peur m’a fait fondre en larmes. C’était extrêmement dur. Depuis, nous apprenons chaque jour de nombreuses histoires de souffrance. Une femme que nous accompagnons a perdu quatre de ses petits-enfants. Elle a tout perdu, absolument tout. Elle est encore en vie, elle a été opérée hier et nous suivons son cas de très près. Des milliers de personnes ont tout perdu. Il est impossible de ne retenir qu’une seule histoire, c’est une immense tragédie humaine.

Au-delà de l’aide matérielle, quel rôle joue l’Église dans l’accompagnement spirituel des victimes ?
L’archevêque, avec les évêques auxiliaires, a créé une commission dirigée par l’évêque auxiliaire Mgr José Manuel León. J’ai été nommé coordinateur de cette commission afin d’essayer d’apporter une réponse efficace sur le terrain, à la fois spirituelle, solidaire et matérielle. Nous travaillons sans relâche avec une équipe extraordinaire, en lien avec les paroisses, pour rejoindre les personnes dans les refuges, mais aussi pour répondre à des situations particulières dans les hôpitaux qui sont dans un état très critique. Dans les hôpitaux publics, qui devraient pourtant disposer de tout, il manque souvent des tensiomètres, compresses ou seringues. Voilà la réalité à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. Les grands défis des prochaines semaines concerneront notamment le relogement des personnes dans des refuges. Mais aujourd’hui encore, les secours continuent de chercher des survivants.

L’Église a véritablement montré ce qu’est la synodalité, c’est-à-dire marcher avec son frère, aux côtés de celui qui souffre le plus, de celui qui a le plus besoin d’aide.

Notre première mission est très claire : elle est spirituelle. Nous devons accompagner ce processus douloureux de deuil, accompagner cette tragédie par notre présence. Parfois, nous n'avons pas les mots. Comment expliquer à un père qu’il a perdu ses enfants ou son épouse ? Rien ne peut véritablement apaiser une telle douleur. Mais notre présence peut apporter du réconfort, et l’Église se consacre entièrement à cela. Nous avons parcouru presque tous les hôpitaux de Caracas, il y en a plus d’une vingtaine, et nous avons écouté les personnes, partagé des moments avec elles. Dans les zones les plus touchées, des prêtres et des laïcs apportent du réconfort, annoncent la Parole de Dieu et accompagnent les personnes blessées physiquement ou moralement. Nous recevons des témoignages émouvants de tout ce qui est accompli sur le terrain. Au milieu de l’horreur et du chaos, il existe une lumière, et cette lumière, c'est Jésus-Christ. Nous savons qu’Il compte sur nous.

Comment les prêtres, eux-mêmes touchés par les conséquences de la catastrophe, vivent-ils cette mission ?
Nous, les prêtres, avons donné notre vie à Dieu. Lorsque nous avons été ordonnés, notre vie a cessé de nous appartenir, et je crois que cela se manifeste particulièrement aujourd’hui. À La Guaira, une des zones les plus touchées, certains prêtres ont perdu une grande partie de leurs paroissiens. J’ai reçu le témoignage de l’un d’eux qui expliquait que sur les quatorze membres de la chorale paroissiale, douze sont morts, et que sur huit catéchistes, six ont perdu la vie… Ces prêtres ont perdu un très grand nombre de fidèles et pourtant, ils doivent se relever, continuer à aider, faire un pas de plus, faire confiance à Dieu et avancer, parce que nous savons que le peuple de Dieu a besoin de nous. Nous nous soutenons et nous nous consolons aussi entre nous. Nous avons réellement ressenti la proximité des évêques qui dorment à peine et passent leur temps à visiter les refuges. L’Église a véritablement montré ce qu’est la synodalité, c’est-à-dire marcher avec son frère, aux côtés de celui qui souffre le plus, de celui qui a le plus besoin d’aide.

Après le double séisme qui a frappé le Venezuela, le père Nelson Molina se mobilise auprès des sinistrés privés de logement.

Dans un tel contexte de souffrance, comment garder l’espérance ?
L’espérance n’est pas perdue. Il y a des milliers de secouristes sur place, et nous essayons de leur apporter un soutien spirituel et matériel, avec des fournitures médicales, de l’eau, tout ce que nous pouvons offrir pour contribuer à sauver des vies. Les défis sont immenses, car la société civile a pris les choses en main sans véritable direction centrale, mais de belles initiatives ont empêché la tragédie d’être encore plus grande. Le plus poignant a été de voir la solidarité et la foi des populations. C’est incroyable de voir comment la foi s’est manifestée, comment elle est une force qui nous pousse à avancer et nous rappelle que Jésus-Christ marche avec nous. Dans mon église, nous avons perdu le Christ qui se trouvait sur l’autel. Cela m’a rappelé ce que ma mère me disait : "Le Christ est descendu pour accompagner ceux qui souffrent." Cette phrase est restée gravée en moi, et aujourd’hui le Christ est en train de nous aider, cela se voit dans les milliers de témoignages que nous entendons. Donc ne sous-estimons pas le pouvoir de la prière. Un peuple uni dans la prière peut faire naître des miracles, et nous avons besoin de renaître comme nation. Avant ce séisme, notre pays avait déjà connu d’autres tremblements de terre, à travers les crises institutionnelles et les nombreuses épreuves qui l’avaient mis à terre. Aujourd'hui, nous avons besoin d’être soutenus par la prière. N’oubliez pas notre peuple qui a beaucoup souffert, qui souffre depuis des années et qui porte aujourd’hui une blessure immense.

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Venezuela : "Au milieu de l'horreur, il existe une lumière"