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Raphaël, le poète qui fait vibrer le métro parisien

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Hortense Leger - publié le 07/07/26
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Il déclame Baudelaire et Rimbaud entre deux stations de métro, devant des voyageurs souvent surpris, parfois bouleversés. À 29 ans, Raphaël a fait des rames parisiennes sa scène, convaincu que la poésie peut encore provoquer des rencontres et transformer le quotidien.

Avec son air malicieux, sa chemise bigarrée et sa voix grave, Raphaël Duléry a tout d'un jeune homme passionné. À 29 ans, ce comédien parcourt depuis 2025 les rames du métro parisien pour réciter des poèmes aux voyageurs. Une mission qui pourrait sembler folle, mais qui incarne pour lui une quête profonde et qu’il partage sur son compte Instagram. Héritage de ses grands-parents, amour de la transcendance : Raphaël raconte comment le cinquième art transforme sa vie et celle de ceux qu'il croise chaque jour sur les lignes parisiennes. 

Un héritage familial

Raphaël n'a pas choisi la poésie par hasard. Elle lui vient de loin, portée par ceux qui l'ont précédé. Son grand-père est un homme de vers : il en récite souvent, écrit des poèmes pour les anniversaires de la famille, transformant chaque moment en célébration poétique. De l'autre côté, sa grand-mère maternelle lui offre un cadeau qui devient son compagnon de toujours : une anthologie de poésie, son "livre de chevet" qu'il porte encore aujourd'hui. "Mes parents l'ont poursuivi un peu, mais de manière plutôt inconsciente", explique-t-il. Pas de lectures imposées, mais une atmosphère. "C'était une affaire familiale, dans le sens où j'ai toujours eu des livres autour de moi."

"Je suis fou, donc c'est très bien. Parce qu'en fait, on a besoin de cette folie-là."

La folie du métro

Longtemps, la poésie a habité Raphaël en silence. Puis est venu un jour vide de sens. "C'était un moment où je n'allais pas très bien." Ce jour-là, il descend dans le métro, ce lieu qu'il fréquente quotidiennement, qu'il connaît par cœur. Et soudain, une impulsion : pourquoi ne pas parler aux gens ? Pourquoi ne pas partager ce qui l'habite ? "J'étais très stressé. Mais j'avais envie de le faire, j'avais besoin de le faire." C'est un acte de folie, il le sait. Les gens le prennent pour un fou. Mais Raphaël assume : "Je suis fou, donc c'est très bien. Parce qu'en fait, on a besoin de cette folie-là." La première fois qu'il récite sur la ligne 2, Raphaël ne demande rien. Il donne, simplement. Et les gens répondent. Un enfant lui tend un euro. Un vieux monsieur, ému, lui donne un billet en l’interpellant : "Mais monsieur, tout le monde a besoin d'argent, voyons. Pourquoi vous ne demandez pas ?"

"Pour moi, Dieu, c'est la nature. C'est le rocher. C'est la pierre. C'est l'oiseau. C'est tout, en fait."

Mais au-delà de l'argent, il y a les rencontres. Des conversations qui s'éternisent sur cinq ou six stations. Des gens qui lui racontent leur vie, leurs rêves. "J'ai eu évidemment plein de sourires, des rencontres. Il m'est arrivé de parler à des types, parfois pendant cinq stations, de leur vie, de ce qu'ils faisaient. Donc, oui, il se vit plein de belles choses dans le métro."

Poésie et transcendance

Pour Raphaël, la poésie n'est pas un divertissement. C'est une porte vers l'invisible. Il croit aux forces de l'esprit, aux forces de l'invisible. "Pour moi, Dieu, c'est la nature. C'est le rocher. C'est la pierre. C'est l'oiseau. C'est tout, en fait." Une spiritualité qui rejoint celle des grands poètes qu'il aime. Baudelaire, dont les vers l'effraient par leur puissance. Leconte de Lisle et son "néant divin". Des poètes qui parlent de ce qui nous dépasse. Certains poèmes l'élèvent, d'autres le terrifient. Mais tous le touchent à ce point invisible où l'art rejoint le sacré. "Ça m'élève beaucoup. Et puis, ça rejoint plein de choses auxquelles je crois."

Un seul en scène en préparation

Raphaël ne s'arrête pas au métro. Il pratique aussi le stand-up, cette autre forme d'art vivant où l'on se tient seul face à une foule. Et il nourrit une ambition forte : créer un seul en scène, un projet qui lui permettrait de conjuguer son amour du théâtre et de la poésie. Mais pour l'heure, il continue ses récitations souterraines, ces moments de folie douce qui transforment les trajets quotidiens en expériences poétiques. "Les gens me prennent pour un fou, mais j'aime bien les gens qui sont un peu fous dans l'espace public. Je trouve qu'on apprend beaucoup d'eux."

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