Manon Apithy-Brunet s’est imposée comme l’une des grandes figures du sport français en décrochant l’or olympique au sabre lors des Jeux de Paris 2024. Devant son public, dans l’écrin du Grand Palais, elle a vécu un moment suspendu, à la hauteur d’années d’exigence et de sacrifices. Mais derrière l’éclat des victoires, son parcours est aussi fait de doutes, de blessures et de remises en question. Aujourd’hui devenue maman, elle revient sur ce chemin de haut niveau et sur ce que cette nouvelle étape de vie a profondément transformé dans son rapport au sport, à la performance et à l’essentiel. "C'est mon enfant qui me rappelle pourquoi je vais à l'entraînement tous les jours. Je me dois de me dépasser encore plus", confie l'athlète à Aleteia. Entretien.
Aleteia : Vous avez été championne d’Europe, championne du monde par équipes, médaillée olympique à Tokyo, puis sacrée championne olympique à Paris en 2024. Parmi toutes ces victoires, y en a-t-il une qui occupe une place particulière dans votre cœur ? Qu’a-t-elle eu de différent ?
Manon Apithy : Evidemment, les Jeux olympiques m'ont beaucoup marquée. Tout d'abord parce que c'était à Paris, en France, donc cela leur donnait une saveur particulière, et ensuite parce que cette compétition est tout simplement le Graal pour un sportif de haut niveau. Gagner à la maison, je ne pouvais pas rêver mieux ! C'était magique, entre le cadre du Grand Palais et le public en or, c'était encore mieux que ce que j'avais rêvé.
Les Jeux olympiques représentent l’aboutissement d’une carrière. Que ressent-on au moment d’entrer sur la piste olympique, à Paris, portée par le public français ? Existe-t-il une image, un regard ou un instant précis qui reste gravé dans votre mémoire ?
Je me souviens d'avoir vu mon premier coéquipier français entrer en piste sous les acclamations du public présent. Au moment où il est entré, une grande clameur s'est élevée. J'ai été prise d'une véritable émotion, et quand ça été mon tour, j'ai essayé d'accueillir tout ce que le public présent me donnait. J'en ai eu les larmes aux yeux, au point qu'un coéquipier a eu peur que je sois déstabilisée et que je passe à côté de ma compétition.

Au cours de votre carrière, avez-vous déjà traversé des moments où vous avez envisagé de tout arrêter ? Qu’est-ce qui vous a permis de continuer malgré les doutes ?
J'ai eu bien sûr des moments difficiles dans ma carrière. Mais la seule fois où j'ai voulu arrêter l'escrime, je devais avoir 12 ou 13 ans. J'ai eu des entraînements tellement difficiles qu'il m'est arrivé de me demander si j'aimais toujours ça, même si au fond, je savais que oui. J'ai subi une grosse opération à l'épaule et je ne suis pas passée loin de la dépression. Je n'avais pas toujours les résultats escomptés, ce qui donne lieu à de grandes remises en question. Dans ces cas-là, j'essayais de me souvenir de la raison pour laquelle je faisais tout ça : j'aimais l'escrime, alors il fallait aller jusqu'au bout. Ce qui m'a beaucoup aidée, c'était de me fixer un objectif. En l'occurrence, les JO de Paris. Je me suis souvenue que c'était une véritable chance pour moi de compter cela dans ma carrière : j'avais été sélectionnée et j'allais vivre un grand moment que beaucoup d'athlètes rêvent de vivre. Je pense qu'il faut toujours essayer de se poser la seule question qui vaille : pourquoi fais-tu cela ? Est-ce que c'est quelque chose que tu aimes, qui t'intéresse, te passionne ? Est-ce que cela peut encore t'animer ? Sinon, c'est peut-être le moment de changer, de faire autre chose.
Devenir maman change tout dans la vie d'une femme.
Vous êtes devenue maman récemment. En quoi cette expérience a-t-elle transformé votre regard sur votre métier de sportive de haut niveau, mais aussi sur la vie ?
Devenir maman change tout dans la vie d'une femme. Cela a transformé complètement mon regard, car c'est ma raison de vivre. Mon bébé me rappelle que des choses simples peuvent rendre tellement heureux. Un enfant nous ramène à l'innocence, il est heureux de nous voir à n'importe quelle heure de la journée, il rit pour pas grand chose. C'est du bonheur à l'état pur et cela me ramène à l'essentiel.
Le retour à la compétition après une grossesse est un défi encore peu visible. Comment avez-vous vécu cette période ? Avez-vous connu des moments de doute ou des craintes particulières ?
J'ai toujours voulu être maman, c'était un projet que j'avais avec mon conjoint que je sois ou non championne olympique. Quand j'ai su que j'étais enceinte, je savais aussi que je voulais continuer la compétition car être maman ne retire pas toute la personne que je suis au fond de moi. Cela ne voulait pas dire que ça allait être facile. Mais comme je le disais, c'est mon enfant qui me rappelle pourquoi je vais à l'entraînement tous les jours. Je me dois de me dépasser encore plus. C'est certain qu'être maman n'est pas toujours facile, il y a tellement de choses à gérer. Mais je trouve, à titre personnel, que la société évolue aussi sur ce point là. En tant que sportive en tout cas; on ne m'a jamais empêché de concilier les deux. Je pense que s'empêcher d'avoir un bébé que l'on désire pour privilégier sa carrière, c'est courir le risque d'arriver au travail malheureuse, de sentir qu'il manque quelque chose. Alors soyez maman, c'est tellement de bonheur, de joie pure !








