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Ce que nous disent les moissons

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Jean-Étienne Rime - publié le 06/07/26
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Hier des populations entières participaient à ce temps de récolte, aujourd’hui que sait-on encore de ce qui devient notre pain quotidien ? Au sens matériel comme au sens spirituel, fait remarquer notre chroniqueur Jean-Etienne Rime, les moissons ont beaucoup à nous dire.

Voici le temps des moissons. Après la froidure de l’hiver et les pluies de printemps, les soleils des beaux jours ont fait mûrir les orges puis les blés. Les moissonneuses sont à l’ouvrage et le grain coule dans les silos. Gestes ancestraux : récolte dans les champs, la paille bottelée et les épis nouveaux battus pour extraire le grain qui sera moulu sous la pierre du meunier. Gestes nouveaux, tant la mécanisation a remplacé le geste du faucheur, le lancer de la fourche pour construire les meules et la modeste inclinaison des glaneuses. Gestes éternels. 

Moissons qui donnent le pain quotidien

On se prend à rêver et de croiser Ruth qui "partit glaner dans les champs derrière les moissonneurs. Elle se trouva par bonheur dans la parcelle d’un champ appartenant à Booz. Et voici que Booz… dit aux moissonneurs : "Le Seigneur soit avec vous !" Et ceux-ci lui répondirent : "Que le Seigneur te bénisse !"" (Rt 2, 3-4). On imagine aussi le moissonneur moins attentif qu’était Jésus passant près d’un champ le jour du sabbat et ses disciples arrachant des épis car ils avaient faim. 

Il suffit de prendre le chemin de la campagne, se diriger vers un champ et s’assoir, regarder les moissonneurs, sentit la paille blonde et les épis généreux. On se retrouve dans ces images champêtres, les Hébreux ne sont pas loin, les moissonneurs des Livres saints sont là devant nous, plus outillés certes mais les mêmes saisons se sont suivies, le même geste du paysan a estimé la maturité des blés et décidé la récolte. Moissons qui donnent le pain quotidien, moissons qui année après année, siècle après siècle, aujourd’hui et demain, nourriront l’homme par son travail. Moissons qui comme les vendanges ponctuent les évangiles d’images champêtres.

Signe de joie et de patience

La moisson est signe de joie : "Ils se réjouissent comme on se réjouit à la moisson" (Is 9, 3) et cette joie nous la partageons de diverses façons : joie des nouveaux prêtres et diacres qui seront des moissonneurs d’avenir, joie des vacances des enfants et des jeunes, joie des pèlerinages et autres rencontres autour du Seigneur, joie qui n’oublie pas les turpitudes et les tensions du monde.

La moisson est aussi un symbole de patience. Le blé semé à l’automne s’est endormi, il faut que le grain meure pour germer, pousser lentement au sortir de l’hiver et donner du fruit. Patience du céréalier qui veille à ses cultures en espérant récolter en abondance pour réjouir le cœur et le corps de l’homme par le pain de chaque jour. Patience du croyant dans son pèlerinage sur la terre.

La moisson est partage. On ne cultive pas pour soi mais pour des milliers de consommateurs anonymes qui profitent de travail de la terre oubliée dans notre univers urbanisé. Partage à l’image de Booz laissant tomber de belles gerbes qui seront glanées par la moabite Ruth et si le paysan se fait rémunérer, il a aussi la fierté de savoir la destination universelle de son travail et partager le bon, le sain, le nourrissant froment.

Peu d’ouvriers à la moisson ?

La moisson demeure un symbole très contemporain. "La moisson est abondante mais il y a peu d’ouvriers" (Mt 9, 37). C’est particulièrement vrai au sens matériel : le nombre d’agriculteurs ne cesse de décroître dans notre France, naguère rurale. Hier des populations entières participaient à ce temps de récolte, aujourd’hui sait-on encore que ce qui semble une herbe verte du printemps devient épi et paille, que le grain récolté constitue notre pain quotidien ? Tout cela est presque oublié. Dans nos vies urbaines, artificielles, la ruralité est souvent idéalisée, voire raillée. Mais les paysans devenus minoritaires vivent encore ce rythme saisonnier que nous avons perdu. Quelle joie de remettre ses mains dans la terre, redécouvrir le sens des saisons ! 

Peu d’ouvriers aussi au sens spirituel ? Peut-être, mais regardons le sens de l’histoire et soyons dans la joie. Demain, dans l’Église, les ouvriers de la moisson seront plus nombreux, les années de propédeutiques se remplissent, les laïcs prennent des responsabilités, s’engagent, les jeunes qui croient n’ont plus peur d’affirmer leur foi. Joie, patience et appel de Dieu. Prenons le temps de nous arrêter au bord du chemin et de regarder le travail des moissonneurs. Au-delà du symbole, c’est une invitation heureuse à cultiver les âmes.

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