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Ce que dit vraiment le décret constatant le schisme de la FSSPX

FSSPX

Dans un décret publié le 2 juillet 2026, le Vatican constate l’excommunication de six évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) qui ont participé aux consécrations épiscopales la veille à Écône (Suisse), célébrées sans le mandat de Rome.

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Thomas Michelet, op - publié le 06/07/26
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Professeur de théologie sacramentaire à la faculté de théologie de l’Angelicum, le dominicain Thomas Michelet explique en quoi la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a bien commis le délit de schisme. Il montre pourquoi le décret du Dicastère pour la doctrine de la foi confirme le motu proprio de 1988, en clarifie les points contestés ou niés et en précise davantage les conséquences.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a consacré le 1er juillet 2026 quatre nouveaux évêques sans mandat pontifical, malgré les avertissements du pape Léon XIV. Comme en écho à l’acte schismatique commis 38 ans auparavant par Mgr Marcel Lefebvre au même lieu et presque le même jour de l’année, le 30 juin 1988 à Écône dans le Valais en Suisse. La réponse de l’Église est aussi la même, datée dans les deux cas du 2 juillet.

Les termes de Jean Paul II étaient clairs

En 1988, le motu proprio Ecclesia Dei du pape Jean Paul II prenait acte de ce que tous les efforts du Saint-Siège pour éviter la rupture avaient été vains : "Une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l’évêque de Rome, constitue un acte schismatique." Cette première consécration épiscopale sans mandat pontifical entraînait alors l’excommunication de Mgr Lefebvre et des quatre évêques par lui consacrés. Le Pape avertissait en outre que la sanction pouvait s’étendre aux fidèles : "Nul ne doit ignorer que l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l’excommunication prévue par le droit de l’Église."

Pendant près de quarante ans, la FSSPX a nié qu’il y eut schisme ou excommunication, et elle continue de le faire. Pourtant, les termes du motu proprio de Jean Paul II étaient clairs. Ils l’étaient en tout cas pour les spécialistes ; sans doute pas assez pour le grand public qui pouvait être trompé par les arguties de la FSSPX, à commencer par ses propres fidèles. Aussi le Dicastère pour la doctrine de la foi a repris dans son décret du 2 juillet les mêmes dispositions du motu proprio de 1988 en clarifiant les points contestés ou niés et en précisant davantage les conséquences.

Une excommunication ipso facto

Tout d’abord, il s’agit bien d’un schisme. Le décret le répète sans ambiguïté : "Un acte de nature schismatique", le "schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X". La note explicative du décret ajoute : "un délit de schisme". Il faut s’attendre à ce que la FSSPX continue à le nier. Cela paraît pourtant incontestable. On ne saurait à la fois prétendre être soumis au souverain pontife, législateur et juge suprême, et tenir pour rien son jugement du motu proprio de 1988 repris à l’identique par le dicastère dans sa note explicative.

Ce schisme entraîne l’excommunication latæ sententiæ. Cela signifie "qu’elle est encourue par le fait même de la commission du délit" (Can. 1314), qu’elle s’applique de manière automatique sans attendre d’avoir été prononcée par l’Église. À la différence d’une excommunication ferendæ sententiæ, qui "n’atteint pas le coupable tant qu’elle n’a pas été infligée" (id.). Le décret insiste sur ce point en précisant à trois reprises que les intéressés se sont exposés à cette peine "ipso facto". Autrement dit, ils n’ont pas été excommuniés par le Saint-Siège le 2 juillet, mais ils se sont excommuniés eux-mêmes le 1er juillet en procédant à un tel acte schismatique. Il est donc inutile de prétendre que le décret soit invalide, comme certains ont commencé à le faire, puisqu’il est purement déclaratif et non pas constitutif de la peine encourue ipso facto.

L’adhésion formelle au schisme

Quelles sont les personnes visées ? Le motu proprio de 1988 ne s’était pas limité aux évêques mais il avait averti que les fidèles encourraient eux aussi une peine d’excommunication latæ sententiæ ; non plus à raison de la consécration épiscopale sans mandat (Can. 1387) mais pour adhésion formelle au schisme (Can. 1364). Pourtant, on a retenu le plus souvent que seuls les évêques étaient excommuniés, la mention des fidèles étant passée sous silence. Il faut dire que dans leur cas, le caractère schismatique ne découlait pas d’un acte liturgique mais supposait une adhésion formelle bien plus difficile à établir. Dans une Note explicative du 24 août 1996, le Conseil pontifical pour les textes législatifs avait précisé que la participation occasionnelle aux actes liturgiques et aux activités de la FSSPX ne suffisait pas : cela devait être jugé au cas par cas (n. 7). En revanche, il avait estimé que l’activité ministérielle des diacres et des prêtres lefebvristes dans le cadre de la FSSPX était un signe évident de leur adhésion au schisme (n°6). Cela revenait donc à dire qu’ils étaient tous excommuniés, le groupe étant réputé schismatique dans son ensemble.

La FSSPX avait beau jeu de le nier, ces textes connus des spécialistes étant ignorés par la plupart des fidèles. La note explicative du décret du 2 juillet dernier en rappelle alors l’existence et fait siennes leurs conclusions. Elle désigne à présent de manière très explicite l’ensemble des ministres sacrés de la FSSPX qui ne peuvent plus ignorer leur situation schismatique et la peine d’excommunication qui en découle. En revanche, les clercs et les religieux ou religieuses n’appartenant pas à la FSSPX ne sont pas visés comme tels à ce jour. Les écoles tenues par des religieuses qui font exclusivement appel au ministère des clercs de la FSSPX en connaissance de cause semblent pourtant manifester par là leur adhésion formelle au schisme. Encore faudra-t-il l’établir au cas par cas.

Sacrements illicites et sacrements invalides

Reste la question des actes sacramentels. Nul ne conteste que les évêques consacrés par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988 et ceux consacrés à leur tour le 1er juillet 2026 soient de vrais évêques, successeurs des apôtres. L’acte schismatique ne rend pas la consécration invalide. De même, les prêtres ordonnés par ces évêques schismatiques sont de vrais prêtres mais ils sont frappés eux aussi de la peine d’excommunication par leur adhésion formelle au schisme manifestée visiblement par leur appartenance au groupe réfractaire. En conséquence de quoi, il leur est interdit de célébrer les sacrements et les sacramentaux, de "remplir des offices ecclésiastiques, des ministères ou n’importe quelle charge, ou de poser des actes de gouvernement" (Can. 1331). La note explicative du 2 juillet indique que leurs sacrements sont illicites ; deux d’entre eux étant même invalides : la pénitence (sauf en cas de danger de mort) et le mariage. En effet, ces deux sacrements supposent l’exercice d’un pouvoir de juridiction qu’ils n’ont pas. Le mariage, au terme du décret Tametsi du Concile de Trente (24e session, 11 novembre 1563) qui décrète la nullité des mariages "autrement qu’en présence du curé ou d’un autre prêtre autorisé par le curé ou l’Ordinaire" (Denz. 1816). La pénitence, du fait qu’il s’agit d’un pouvoir lié, le prêtre devant avoir reçu en plus du pouvoir d’ordre la faculté d’entendre les confessions et de donner l’absolution (Can. 966-976). 

Fin du régime d’exception

Dans le cadre du jubilé de la miséricorde, le pape François avait disposé que les fidèles s’approchant des prêtres de la FSSPX recevraient une "absolution valide et licite" (Lettre du 1er septembre 2015). Ce régime d’exception avait été prolongé ensuite (Lettre apostolique Misericordia et misera, 20 novembre 2016, n. 12). Dans le même esprit, le pape François avait autorisé les Ordinaires du lieu à concéder des permissions pour la célébration des mariages (Commission pontificale Ecclesia Dei, Lettre du 27 mars 2017). Il va de soi que toutes ces dispositions sont caduques du fait du nouvel acte schismatique et de l’excommunication de tous les ministres sacrés de la FSSPX. La nullité de ces deux sacrements avait découlé de la situation de schisme de 1988 sans qu’il ait été nécessaire de le déclarer ; il n’est donc pas nécessaire d’attendre un texte spécial du Pape pour supprimer ce régime d’exception puisque le renouvellement du schisme entraîne à nouveau la nullité de ces deux sacrements. Là encore, la note explicative du décret se borne à en avertir le saint Peuple de Dieu. Ce n’est pas un effet du décret, encore moins de sa note explicative, mais la conséquence immédiate du schisme.

Les fidèles qui adhèrent formellement au schisme étant excommuniés ipso facto, ils ne peuvent plus recevoir la communion (Can. 915) ni aucun autre sacrement (Can. 1331), ni gagner des indulgences (Can. 996). En revanche, les bénédictions spontanées ne sont pas exclues (Déclaration Fiducia supplicans). Ceci étant, ceux qui adhèrent formellement au schisme ont peu de chance de se présenter dans les églises dites "conciliaires" pour y recevoir des sacrements dont souvent ils ne reconnaissent même pas la validité (ce qui conduit logiquement au sédévacantisme). Inversement, le fait de les demander ne pourrait-il pas être le signe qu’ils n’adhèrent pas formellement au schisme, puisqu’autrement ils ne le feraient pas ?

Trop tôt pour parler d’une Église parallèle

Ce schisme aboutit donc à créer une hiérarchie parallèle, séparée du successeur de saint Pierre et des Églises locales. Il est cependant trop tôt pour parler d’une véritable Église parallèle, distincte de l’Église catholique, même si l’on y tend de plus en plus et que les oppositions se durcissent. La pratique du Saint-Siège est d’attendre un siècle avant de les considérer comme des frères séparés et de pratiquer l’œcuménisme. Alors, ces fidèles ne seront plus réputés coupables personnellement du péché de schisme (mal de faute) mais ils ne feront que subir les conséquences du choix de leurs parents sans l’avoir voulu (mal de peine). Pour l’heure, il s’agit encore de fidèles catholiques soumis à la discipline interne de l’Église. La peine de l’excommunication n’étant pas là pour signifier une sortie définitive de l’Église mais pour réprouver le péché de schisme et conduire au repentir sincère. La procédure de réintégration prévue par le dicastère impliquera davantage que par le passé les ordinaires (évêques diocésains, supérieurs religieux, etc.). La note explicative conclut sur cette espérance : "L’Église, telle une mère attentionnée, accueillera avec une affection sincère et une vive sollicitude tous ceux qui souhaitent revenir à la pleine communion."

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