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On se sépare lorsque la foi diverge

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Benoist de Sinety - publié le 05/07/26
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Ce ne sont pas des querelles liturgiques qui ont provoqué l’acte II du schisme lefebvriste, mais une rupture doctrinale, affirme le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille. Car on ne se sépare que lorsque la foi diverge.

Dans l’indifférence de sans doute la grande majorité des catholiques et de la quasi-totalité du genre humain, quelques milliers d’individus se sont laissés égarés par une poignée de bergers imposteurs. D’où vient alors qu’une telle émotion puisse saisir nos cœurs ? Le 30 juin 1988, il y a presque quarante ans, Mgr Marcel Lefebvre consacrait illicitement des évêques pour assurer la pérennité de la guerre dans laquelle il s’était lancé, encouragé par quelques seconds couteaux, pour lutter contre un concile qu’ils jugeaient unanimement hérétique. 

La véritable raison

Qu’on ne s’y méprenne pas, la question liturgique ne servit que de prétexte : le latin, l’orientation du prêtre, tout cela était conservé dans le nouvel ordo. Les excès constatés alors dans des paroisses ou des diocèses constituaient l’alibi parfait pour défendre une liturgie vieille de cinq siècles. La véritable affaire portait sur le fond : l’adhésion au concile, à son enseignement sur la vocation baptismale, sur la question de l’interreligieux et singulièrement son rapport au judaïsme, ainsi bien d’autres points, constituaient une abomination pour ceux qui rêvaient encore à une Église triomphante et gouvernant le monde. 

De tous temps les disputes de sacristie furent le quotidien des clercs et de ceux, laïcs, qui aspiraient à leur ressembler. Non qu’elles fussent inutiles mais, avouons-le, toujours stériles lorsqu’il s’agit de broderies et dentelles. On ne se sépare pas pour quelques coups d’encensoir : on se sépare lorsque la foi diverge.

L’acte deux d’un schisme entériné

1988-2026 : un jour après le sinistre anniversaire, l’acte deux d’un schisme entériné. Comme s’il fallait pour les leaders de la petite communauté se convaincre qu’il n’y avait pas de retour possible. Les déclarations solennelles, et si pauvres, protestant de leur bonne foi ne pouvaient que précéder l’irréversible. Et pour que tous s’en convainquent, on choisit de lire en français (étrange abandon de la langue de toujours) le texte qui remplaçait la bulle pontificale annonçant d’ordinaire la consécration épiscopale. 

Que ressentent-ils ces hommes et ces femmes devant un tel spectacle ? Une immense pelouse où vingt milles brebis cherchent une pâture. Les regards ne se croisent pas, chacun regarde non au-delà mais ailleurs. Ils entendent résonner à leurs oreilles les paroles qui expliquent qu’il est très raisonnable de penser, seuls, avoir raison contre tous, qu’on peut prier pour le pape et cracher sur son autorité, qu’il est en somme juste de préférer l’Église à l’Évangile et l’orthodoxie supposée d’une institution à Jésus Christ. "Elles sont pures comme des anges et orgueilleuses comme des démons" : c’est ainsi que l’archevêque de Paris parlait des religieuses jansénistes de Port-Royal au XVIIe siècle. C’est cet orgueil qui ne se plie ni aux prières ni aux suppliques, qui enferme et condamne.

Excommuniés volontairement

Que ressentent-ils eux surtout, ces pasteurs qui refusent la Vérité et enferment leurs troupeaux dans le brouillard de l’erreur en travestissant les faits et oubliant l’injonction de l’Apôtre : "Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté en tel ou tel homme. Car tout vous appartient, que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu" (1 Co 3, 21-23). À force de parler du salut des âmes, ne s’en estiment-ils plus responsables ?

Les voici dont excommuniés. Non par une décision extérieure mais comme une conséquence d’un acte posé en conscience, volontairement et librement. Et voici qu’à peine le mot lâché, qu’aussitôt Rome fait parvenir à tous les évêques du monde un document par lequel sont indiqués les manières d’accueillir comme des enfants prodigues ceux qui, ouvrant les yeux et découvrant la malice qui les a entraînés, voudraient revenir, retrouver le bercail. Car la Charité ne passera jamais.

Un orage sur le peuple

Il y eut, sur les prés d’Écône, de sombres nuages qui s’accumulèrent au fur et à mesure que la liturgie se précisait. En ce lieu-ci, au moment où la sainte communion commençait d’être donnée aux fidèles, voilà qu’un orage violent secoua l’assistance, une pluie s’abattit sur le peuple massé, tandis que le clergé, à l’abri sous les dais, cessa aussitôt toute distribution eucharistique. De longues minutes, on égrena des chapelets, on entendit les chœurs entonner des cantiques. Puis le calme revint, chacun fut rassasié et la messe fut dite.

Un orage... sur le peuple... au moment précis de la communion... alors que l’excommunication venait d’être effective... l’endurcissement du cœur... Pharaon... Est-ce que personne ne voit ? "Revenez à moi de tout votre cœur !" (Jl, 2) crie le prophète alors que le Fils de l’homme affirme : "Qui respondens ait illis : Generatio mala et adultera signum quaerit : et signum non dabitur ei, nisi signum Jonae prophetae" (Mt 12, 39). 

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