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Nicaragua : Mgr Abelardo Mata arrêté par le pouvoir

5 min de lecture
PROCESSION-NICARAGUA-FACEBOOK

Crédit : Facebook /Parroquia San José de Tipitapa

Paroisse Saint-Joseph de Tipitapa à Managua (Nicaragua). Novembre 2023.

L'arrestation le 30 juin de Mgr Abelardo Mata, évêque émérite et figure historique de l'opposition au régime nicaraguayen, suscite une vive inquiétude. Alors que les autorités ont assuré le 4 juillet qu'il avait été libéré après une enquête pour corruption, des opposants et les États-Unis affirment qu'il est toujours détenu, dénonçant un nouvel épisode de la répression contre l'Église catholique.

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La dictature nicaraguayenne poursuit son entreprise de limogeage de l'Église catholique. Des opposants et des médias nicaraguayens en exil ont dénoncé l'arrestation de Mgr Abelardo Mata, évêque critique du gouvernement des coprésidents et époux Daniel Ortega et Rosario Murillo, tout comme les États-Unis. L'évêque, arrêté le 30 juin, aurait ensuite été libéré, selon une note du ministère de l'Intérieur en date du samedi 4 juillet, mais plusieurs opposants, dont l'avocate et chercheuse Martha Patricia Molina, dénoncent un mensonge politique. "Toute déclaration publiée par la dictature est un mensonge. L'évêque n'est pas chez lui. Les prêtres informés de l'affaire me l'ont confirmé", écrit cette dernière sur X.

Selon le ministère de l'Intérieur, l'évêque émérite Abelardo Mata, 80 ans, a été arrêté dans le cadre d'une enquête pour corruption. "À l’issue d'une enquête nécessaire sur l'origine de ses biens et sur ses liens familiaux qui ne cadrent pas avec son sacerdoce, Mgr Abelardo Mata est rentré à son domicile", a fait savoir le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. Selon ce communiqué, les autorités ont à cette occasion recueilli de sa part "des déclarations concernant divers faits constitutifs d'infractions", a-t-il précisé.

Abelardo Mata, 80 ans, avait célébré deux jours avant son arrestation mardi, une messe à Estelí, au nord de Managua, selon des informations relayées par les médias nicaraguayens et des opposants en exil. Lundi 29 juin, il avait été retenu pendant plusieurs heures puis renvoyé "sous surveillance" à son domicile, mais il avait ensuite été arrêté et emmené vers une "destination inconnue", selon les journaux d'opposition Confidencial et La Prensa.

Une figure influente

Mgr Mata est l'une des "figures les plus influentes" de l'Église catholique au Nicaragua, formulant des "critiques à l'égard du pouvoir", selon un portrait de l’évêque publié par le média Artículo 66. Il a pris sa retraite en 2021."Lorsqu'il célèbre la messe, il prie pour l'Église et ses évêques, y compris ceux qui sont en exil", a dit à l'AFP Martha Patricia Molina. "Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de l'évêque nicaraguayen Abelardo Mata, qui a été arrêté arbitrairement par la dictature de Murillo-Ortega", a écrit samedi sur X le Bureau des affaires de l'hémisphère occidental du Département d'État américain. L'évêque octogénaire "ne représente aucune menace pour le régime et sa santé est fragile". "Nous condamnons la persécution et la répression religieuses continues et cruelles de la dictature de Murillo-Ortega. Les attaques contre la liberté religieuse doivent cesser", a-t-il ajouté.

L'arrestation de Mgr Mata s'inscrit dans une campagne de répression plus large visant les responsables de l'Église catholique. Le cas le plus emblématique est celui de Mgr Rolando Álvarez, arrêté en août 2022 après avoir dénoncé les atteintes aux libertés religieuses et la fermeture de radios catholiques. Après plusieurs mois d'assignation à résidence, il avait été condamné en février 2023 à plus de 26 ans de prison pour "trahison" et privé de sa nationalité, avant d'être finalement libéré et contraint à l'exil au Vatican en janvier 2024. Son affaire est devenue le symbole de la répression exercée par le régime Ortega-Murillo contre l'Église catholique.

L'Église catholique persécutée

Le président Daniel Ortega, un ancien guérillero de 80 ans qui a dirigé le pays dans les années 1980 après le triomphe de la révolution sandiniste, est revenu au pouvoir en 2007. Avec sa femme et coprésidente Rosario Murillo, 74 ans, il dirige le pays d'une main de fer et bannit toute forme d'opposition, allant jusqu'à persécuter et entraver la mission de l'Église catholique, qu'ils tiennent pour responsable d'avoir soutenu les manifestations de 2018, qui ont fait environ 300 morts. Des centaines de prêtres catholiques, congrégations religieuses et évêques ont été expulsés depuis, et des universités catholiques ont été contraintes de fermer leurs portes, tout comme les médias catholiques. Les processions et autres événements de l'Église au Nicaragua ont été drastiquement réduits, empêchés par les autorités, qui surveillent étroitement les prêtres et toutes les communautés religieuses encore présentes dans le pays. "Les persécutions subies par l’Église au Nicaragua sont multiformes. Les prêtres sont sous surveillance 24h/24. Ils doivent également soumettre aux autorités la veille un agenda de toutes les activités prévues le lendemain. S’ils ne le font pas, la police peut les suspendre ou même les emprisonner", confiait ainsi à Aleteia Martha Patricia Molina, ajoutant que "l’Église catholique est un caillou dans la chaussure de Daniel Ortega".