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Des geôles d’Idlib à la lumière du sacerdoce, la vocation bouleversante du père Johnny

Le père Johnny Daoud a été ordonné en juin 2026 en Syrie, à Homs.

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Cécile Séveirac - publié le 05/07/26
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Rescapé de la guerre et de dix ans de captivité, le père Johnny Daoud témoigne de la foi et de la résilience des chrétiens de Syrie, aujourd’hui menacés de disparition. À Homs, il incarne l’espérance d’une communauté meurtrie mais debout.

Dans la région de Homs, au cœur de la Syrie meurtrie, le père Johnny Daoud incarne une vocation forgée dans la fidélité, la souffrance et l’espérance. Prêtre syriaque catholique, il fait partie de ces hommes dont le parcours, traversé par la guerre et la captivité, témoigne d’une foi qui ne cède pas, même dans la nuit la plus noire.

Né en 1984 à Damas, Johnny grandit dans le petit village de Maskana, dans la région de Homs, au sein d’une famille profondément croyante appartenant à l'Église Syriaque Catholique. "J’ai appris les fondements de la foi chrétienne dans ma maison et au centre de catéchèse de notre petite paroisse. Depuis mon enfance, j’aimais servir dans l'église", raconte-t-il à Aleteia. Très tôt, la vocation s’impose à lui, encouragée par son oncle, le futur cardinal Moussa 1er Daoud, figure tutélaire de l’Église syriaque. S’ensuivent treize années de séminaire, une licence en philosophie et en théologie, et un désir toujours plus ardent de servir.

L’isolement total du monde extérieur fut probablement l’épreuve la plus difficile. Pendant les dix ans, il nous était interdit de recevoir la moindre nouvelle de la situation à l’extérieur. Nous ignorions si nos proches étaient encore en vie.

Mais la guerre bouleverse tout. En 2012, la Syrie s’embrase avec la guerre civile. "Notre maison à Homs fut détruite par les forces de l'opposition, comme beaucoup de quartiers majoritairement chrétiens, et nous avons été contraints de quitter la ville comme les autres habitants." Pour Johnny, c’est le début d’un exil douloureux, marqué par la séparation d’avec Stella, son épouse enceinte (l'Église Syriaque catholique autorise l'ordination d'hommes mariés, NDLR), puis par l’obligation de rejoindre l’armée pour y effectuer son service militaire obligatoire.

Prisonnier d'al-Nosra

En 2015, la guerre fait rage et la région d’Idlib devient l’un des principaux foyers de combats. L’aéroport militaire d’Abu Dhour, où Johnny Daoud est alors officier, représente l’un des derniers bastions de l’armée syrienne dans le nord du pays. Depuis des mois, la base subit un siège implacable. La région est dominée par une coalition de groupes rebelles islamistes, menée par le Front al-Nosra – la branche syrienne d’Al-Qaïda. Ce groupe est alors dirigé par Abou Mohammad al-Joulani, figure montante du djihadisme syrien, qui deviendra en 2024... le président de la République syrienne. Le 9 septembre 2015, les combattants du Front al-Nosra et leurs alliés lancent l’assaut final contre l’aéroport. "Nous étions 300 soldats, très peu nombreux face à plus de 5.000 assaillants. Après les combats, il ne restait que 38 survivants, tous blessés à des degrés divers. Nous avons alors été faits prisonniers."

J’ai alors compris que ce que nous considérons comme impossible dans notre vie n’est pas impossible pour Dieu.

Dix années d’épreuves et de privations, où la foi se heurte au silence et à la solitude la plus complète. Peu de nourriture et d'eau, aucun produit d'hygiène, soins médicaux inexistants... Johnny vit dans des conditions de détention désastreuses, enfermé sous terre et sans jamais voir la lumière du jour. "L’isolement total du monde extérieur fut probablement l’épreuve la plus difficile. Pendant les dix ans, il nous était interdit de recevoir la moindre nouvelle de la situation à l’extérieur. Nous ignorions si nos proches étaient encore en vie." Face à la souffrance et au doute, Johnny s’accroche à la prière, même vacillante. "Durant les premières années, j'ai réussi à rester ferme dans la foi. Cependant avec le temps, des doutes ont commencé à envahir mon cœur. Ma prière était devenue un reproche à Dieu, celui de m'abandonner et de ne pas intervenir dans ma vie", reconnaît Johnny. "Où est passé ce bon pasteur qui ne quitte pas ses brebis? M'a-t-il vraiment abandonné? Pourquoi me laisses-Tu souffrir? Peu à peu, j'ai commencé à perdre espoir et j'ai cessé de prier."

"Bientôt, tu seras chez toi"

Jusqu’à cette nuit singulière, où un songe vient tout bouleverser : " J’ai vu en rêve un vieil homme vêtu de blanc. Son visage exprimait une grande tendresse et beaucoup de fatigue, mais aussi de l'espérance. J'ai entendu : "Bientôt, tu seras chez toi". J’ai ressenti ce jour-là un désir renouvelé de prier et d’invoquer Dieu. Quelques jours plus tard, nous avons entendu ce qui se passait à l’extérieur. J’ai alors compris que ce que nous considérons comme impossible dans notre vie n’est pas impossible pour Dieu."

Lorsque le régime syrien s'effondre, un nouveau bouleversement traverse le pays. Dans le chaos de cette transition, de nombreux prisonniers détenus par les groupes djihadistes, comme le Front al-Nosra, retrouvent la liberté. Viennent alors les retrouvailles avec Stella et Jacques, leur fils, vécues comme une résurrection : "Lorsque je les ai enfin retrouvés, ce fut pour moi la récompense de toutes les souffrances et de toutes les prières… Cette rencontre fut ma grande victoire. "

Avec son épouse et son fils.

Ordonné prêtre en juin 2026, Johnny retrouve la communauté syriaque de Homs, meurtrie mais debout. Sur cette terre éprouvée, il s’efforce chaque jour d’être plus qu’un simple guide spirituel. "J'essaie de diffuser la parole de l’Église pour qu’elle résonne avec les questions et les blessures du peuple syrien : l’émigration, la crise économique, les défis de l’identité". À ses côtés, il forme des laïcs, convaincu que chacun doit prendre part à la reconstruction. Face aux traumatismes de la guerre, Johnny veille sur la santé psychologique de ses paroissiens, n’hésitant pas à collaborer avec des spécialistes pour apporter soutien et réconfort.

Mais si le père Johnny Daoud incarne la résilience et l’espérance, il n’en demeure pas moins lucide sur la fragilité de la communauté chrétienne en Syrie. "Les chrétiens ont beaucoup souffert à cause de la guerre, et les blessures de notre Église ne sont pas encore guéries. Aujourd’hui, la présence chrétienne est réellement menacée, non seulement à cause de la situation politique et sociale, mais surtout à cause de l’émigration des chrétiens, alerte-t-il. Si cette émigration se poursuit au même rythme, nous nous approcherons de la disparition de la présence chrétienne en Syrie". Avant la guerre, les chrétiens représentaient près de 10% de la population syrienne ; ils ne sont plus que 2 à 3% aujourd’hui, soit une baisse de 70 à 80% en vingt ans.

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