"Soyez toujours dans la joie", dit saint Paul aux Philippiens (Ph 4,4). Certes, cette invitation pourrait paraître une provocation pour nos contemporains : notre monde est saturé de violences en tous genres et de nouvelles alarmantes. Non seulement les peuples se querellent et se dressent les uns contre les autres, mais le monde est menacé par les changements climatiques, les risques sanitaires, l’épuisement des ressources… On pourrait être tenté de baisser les bras. Pourtant, l’espérance chrétienne nous invite à la réaction inverse.
Préserver nos ressources de joie
La paix et la joie du cœur sont des trésors qu’il importe de préserver. Dans son Discours utile à l’âme, saint Jean Damascène affirme : "Que les pensées nous troublent ou pas fait partie des choses qui ne dépendent pas de nous. Mais qu’elles demeurent ou pas en nous, qu’elles suscitent les passions ou pas, fait partie de ce qui est en notre pouvoir" (cité par J.-G. Xerri, Prenez soin de votre âme, Cerf, 2018). Pour les Anciens, le contrôle des pensées est capital. Il s’agit d’atteindre l’hesychia, un état qui se caractérise par une paix, un calme, un repos, un silence et une solitude intérieure profonde. Il s’agit des conditions nécessaires à la contemplation spirituelle des êtres et des choses et à la connaissance de Dieu.
"Sois attentif à toi-même, sois le portier de ton cœur et ne laisse aucune pensée y entrer sans l’interroger."
Les Pères du désert prescrivent plusieurs méthodes pour y arriver : la garde du cœur, la sobriété, l’hospitalité et la pratique de la méditation, mais ils insistent surtout sur la première. C’est une méthode spirituelle qui vise à libérer l’homme des pensées mauvaises ou passionnées. Elle invite à observer les pensées qui pénètrent dans notre âme, et à discerner les bonnes et les mauvaises. Évagre le Pontique disait : "Sois attentif à toi-même, sois le portier de ton cœur et ne laisse aucune pensée y entrer sans l’interroger" (Lettre 1,1, op. cit.) Plus nous sommes exposés au monde, à ses tristesses, à ses impasses, plus il nous faut cultiver une hygiène de vie qui consiste à préserver nos ressources de joie. Les antidotes à la tristesse sont essentiellement liés à la gratitude, à l’action de grâce. Ils consistent aussi à agir de façon droite et bienveillante.
Convertir son regard
Espérer, c’est aussi convertir son regard sur les personnes, les événements et les choses. Il s’agit d’adhérer à une véritable sagesse. Le sage, en effet, est celui qui abrite en lui une source durable de sérénité et de bonheur. Cette histoire, issue de la tradition soufie, est susceptible de nous montrer quelle sagesse est requise. Un vieil homme était assis à l’entrée d’une ville. Un étranger venu de loin s’approche et lui demande : "Je ne connais pas cette cité. Comment sont les gens qui vivent ici ? Le vieil homme lui répond par une question : "Comment sont les habitants de la ville d’où tu viens ?" "Égoïstes, et méchants, lui dit l’étranger. C’est pour cette raison que je suis parti." "Tu trouveras les mêmes ici" lui répond le vieillard. Un peu plus tard un autre étranger s’approche du vieil homme. "Je viens de loin lui dit-il. Dis-moi comment sont les gens qui vivent ici ?" Le vieil homme lui répond : "Comment sont les habitants de la ville d’où tu viens ?" "Bons et accueillants, lui dit l’étranger. J’avais de nombreux amis et j’ai eu de la peine à les quitter." Le vieil homme lui sourit : "Tu trouveras les mêmes ici." Un vendeur de chameaux avait suivi les deux scènes de loin. Il s’approche du vieillard : "Comment peux-tu dire à ces deux étrangers deux choses opposées ?" Et le vieillard lui répond : "Parce que chacun porte son univers dans son cœur" (in Frédéric Lenoir, La Puissance de la joie, Le Livre de Poche, 2017).
"La joie se rapproche de la perfection chrétienne, de la sainteté ; c’est un chemin qui est exigeant et qui nous demande de rester attentifs à ce que demande l’Esprit (...)"
Un chemin efficace
Le pape François a très souvent traité de la joie. Pensons à son exhortation Gaudete et exsultate (2018). Il nous alerte sur le risque de "corruption spirituelle" qui est le chemin de la tristesse. La joie, au contraire, se rapproche de la perfection chrétienne, de la sainteté ; c’est un chemin, explique-t-il, qui est exigeant et qui nous demande de rester attentifs à ce que demande l’Esprit, à ce qui doit être corrigé et amendé dans nos vies tellement bousculées. En effet, on peut dire que le monde environnant nous tire à l’extérieur de nous-même pour nous présenter, comme chemin de joie, des facilités techniques qui ne comblent pas le cœur :
"Le chemin de la sainteté est une source de paix et de joie que nous offre l’Esprit, mais en même temps il demande que nous soyons avec "les lampes allumées" (Lc 12,35) et que nous restions attentifs : "Gardez-vous de toute espèce de mal" (1 Th 5,22). "Veillez donc" (Mt 24,42 ; Mc 13,35). "Ne nous endormons pas" (1 Th 5,6)" (Gaudete et exsultate, n. 164).
Cette série de citations tirées du Nouveau Testament nous montre combien la foi au Christ est un chemin efficace pour trouver, dans la prière et les œuvres de bien, un chemin de joie et de bonheur.
Pratique :










