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Vie pro : l’art de saisir sa chance

Après la maladie grave, retrouver sa place au travail

Reprendre le travail après une maladie lourde, ce n’est pas “faire comme si rien ne s’était passé”. C’est reconstruire une identité professionnelle et personnelle, trouver un équilibre qui permette de contribuer, d’exister dans le collectif, tout en respectant ses nouvelles limites.

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Pierre d’Elbée - publié le 03/07/26
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Le "facteur chance" dans la vie professionnelle ne se réduit pas à l’événement fortuit qui tombe du ciel. Le consultant en entreprise Pierre d’Elbée voit dans la chance la rencontre entre l’imprévu et la capacité à en saisir l’opportunité.

Et si la réussite professionnelle dépendait davantage de la chance que nous ne voulons bien l'admettre ? À la même époque que Steve Jobs, d'autres entrepreneurs brillants poursuivaient des projets comparables. Pourquoi l'un est-il devenu une légende quand les autres sont tombés dans l'oubli ? L’hypothèse dérange, elle remet en cause l'idée selon laquelle la réussite ne dépend que du mérite. Elle interroge sur le facteur chance d’une vie professionnelle : on considère généralement que la place que nous occupons, nous la devons d’abord à nos compétences et à nos efforts. De nombreux articles de la presse professionnelle relativisent pourtant cette assertion : à les lire, il y aurait trois catégories de chance : celle qui nous arrive, celle que nous savons reconnaître, et celle que nous préparons. 

L’importance de l’événement fortuit

Dans un podcast des Échos, Frédéric Fréry qui enseigne à l’ESCP, expose qu’il n’est pas toujours pertinent d’imiter les meilleurs : si leur stratégie est gagnante, ce n’est pas forcément parce qu’elle est bonne : d’autres ont probablement utilisé cette même stratégie, sans rencontrer le même succès. C’est là qu’il introduit le concept de chance : il y avait bien d’autres génies que Steve Jobs — comme Adam Osborne — mais qui n’ont pas eu sa chance, et qui ont également commis des erreurs que Steve Jobs a évitées. Une étude menée en 2023 auprès de managers européens révèle que 77,3% des événements fortuits ayant marqué leur carrière sont perçus comme positifs, contre 22,7% comme négatifs. Plus remarquable encore, parmi ces derniers, plus de 70% ont finalement eu un impact bénéfique sur leur parcours professionnel. Cette étude définit l’événement fortuit comme "un événement significatif, largement hors du contrôle de l’individu, qui influence sa trajectoire professionnelle " : une rencontre, une mutation, une fusion d’entreprise, une crise économique et même, une rencontre amoureuse conduisant à un déménagement…

Existe-t-il une personnalité chanceuse ?

Dans son livre The Luck Factor (Arrow, 2004), le magicien Richard Wiseman aujourd’hui universitaire et psychologue, analyse ce que peut être une "personne chanceuse ". On lui doit une expérience célèbre : un journal est distribué à des personnes qui se disent chanceuses et à d’autres, qui se disent malchanceuses. On leur demande de compter toutes les photographies. En deuxième page figure un énorme message : "Arrêtez de compter. Il y a 43 photographies dans ce journal. " Eh bien, les personnes "chanceuses " remarquaient ce message, bien davantage que les malchanceuses. Conclusion ? Les malchanceux sont souvent tellement concentrés sur leur objectif, qu’ils passent à côté des opportunités qui se présentent à eux. Une personne chanceuse ne bénéficie pas nécessairement d’un destin plus favorable, mais elle développe son réseau relationnel, se montre plus ouverte aux rencontres inattendues, remarque les opportunités, prend volontiers des initiatives et transforme plus facilement les revers en occasions de rebond. Comme si elle bénéficiait d’un capital d’attention et d’ouverture au réel, qui fait la différence.

"Le hasard ne favorise que les esprits préparés " 

Telle était la conviction de Pasteur. La chance n’est ni seulement involontaire, ni seulement l’apanage d’une personnalité ouverte : elle se prépare. On retrouve cette même idée sous le mot "sérendipité " : l’art de créer les conditions permettant de reconnaître et d’exploiter l’inattendu lorsqu’il surgit. Non pas provoquer les événements, mais se rendre disponible à ce qu'ils apportent. L'opportunité implique une réciprocité entre un événement fortuit d’une part, et un regard capable de le reconnaître et de l’exploiter d’autre part. Deux personnes peuvent vivre exactement le même imprévu, l'une y verra un obstacle, et l'autre, le point de départ d'une nouvelle aventure.

Avez-vous de la chance ?

En réalité, personne ne peut répondre complètement à cette question. On ne choisit ni son lieu de naissance, ni sa famille, ni ses talents, ni les rencontres décisives qui jalonnent notre existence. Mais chacun garde le pouvoir de choisir la manière dont il accueille les événements fortuits. On peut alors introduire une autre forme de mérite : saisir ce qui s'offre à nous. La chance présente ainsi une double nature : elle est à la fois un événement indépendant de notre volonté et, lorsqu'il surgit, une disposition intérieure à le saisir et le tourner à son avantage. Ni pur hasard, ni pur mérite, la chance naît de la rencontre entre un événement que nous n’attendions pas et notre discernement qui lui, se cultive.

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