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Gabriel Richard, ce prêtre réfractaire devenu membre du Congrès des États-Unis

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Charles Vaugirard - publié le 03/07/26
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Les 250 ans de l’indépendance des États-Unis seront dignement fêtés par les catholiques américains. Dans “Les Racines françaises du catholicisme américain” (éd. Téqui), Charles Vaugirard raconte l’histoire méconnue du rôle fondateur des prêtres français dans la création de l’Église des États-Unis. Parmi eux, un prêtre réfractaire qui devint membre du Congrès !

Les États-Unis fêtent cette année le 250e anniversaire de leur indépendance. C’est l’occasion pour les Français de s’intéresser au rôle qu’ils ont joué dans l’événement, mais aussi notamment l’histoire des catholiques américains. Or, dans cette histoire, il y a un élément méconnu et pourtant essentiel : de toutes ses racines européennes, l’Église des États-Unis possède des racines françaises d’une importance considérable. Son premier séminaire, fondé à Baltimore en 1791 par le premier évêque des États-Unis, l’américain John Carroll, a été fondé et dirigé par des religieux français jusqu’au début du XXe siècle, des pères sulpiciens : ces prêtres réfractaires à la constitution civile du clergé imposée par la Révolution française s’étaient installés aux États-Unis pour fuir la persécution. Ce séminaire a véritablement été la matrice du catholicisme américain : plus de la moitié des diocèses américains ont été fondés par des Français, et 44 évêques des États-Unis venaient de France. Parmi ces fondateurs, le père Gabriel Richard, lui aussi sulpicien et prêtre réfractaire, a été membre du Congrès des États-Unis.

Un prêtre très énergique

Gabriel Richard est né à Saintes, le 15 octobre 1767. Une vocation naît dans son cœur et en 1784, il entre au séminaire d’Angers. Le 10 octobre 1790, il intègre la compagnie des prêtres de saint Sulpice, une communauté enseignante, notamment dans les séminaires. Le 9 octobre 1791, il est ordonné prêtre. Au printemps 1792, Gabriel refuse de prêter serment à la constitution civile du clergé et il part pour les États-Unis avec les autres sulpiciens envoyés là-bas en sécurité et aussi pour répondre à l’appel de Mgr Carroll qui avait besoin de missionnaires étrangers pour fonder le séminaire de Baltimore.

Une fois sur place, le sulpicien s’installe à Baltimore (Maryland) où il enseigne les mathématiques au séminaire. Gabriel Richard est un prêtre très énergique, dont l’évêque de Baltimore, Mgr Carroll, disait : "Il a le talent de faire dix choses différentes presque simultanément." En raison de cette énergie, Mgr Carroll l’envoie d’abord en mission dans l’Ouest auprès des Indiens, à Kaskaskia dans l’actuel État de l’Illinois. Les Indiens de ce territoire connaissaient bien les prêtres français, puisqu’ils ont été évangélisés par eux, notamment Jacques Marquette, le pays des Illinois appartenant à la Nouvelle France. 

"Le Bon Père"

Le père Richard est ensuite affecté à la ville de Détroit (Michigan) où il arrive le 7 juin 1798, pour la Fête Dieu. Il est affecté comme vicaire à l'église Sainte-Anne, dont il devient le curé en 1802. À Détroit, la quasi-totalité des habitants était d’origine française. Prêtre hyperactif et bienveillant auprès de la population tant européenne qu’amérindienne, ses paroissiens le surnomment "Le Bon Père". Il est tellement engagé qu’il semble être partout à la fois : pasteur de sa communauté catholique, directeur d’une école de garçons et aussi d’une école de filles, enseignant, fondateur du premier journal du Michigan (Essais du Michigan, 1809, publié en français), il acquiert des métiers à tisser et apprend les techniques de tissage. Missionnaire infatigable, il sillonne le vaste territoire des Grands Lacs à la rencontre des fidèles et en fondant de nouvelles paroisses. Parmi ces ouailles, les pionniers européens, mais aussi beaucoup d’Amérindiens. Gabriel Richard est très proche des autochtones qu’il a toujours défendu face aux Américains en écrivant régulièrement au gouvernement fédéral. Comme il disait : "Il est bien connu de tous qu’ils ont été grossièrement trompés." 

Élu au Congrès

Le 11 juin 1805, un incendie ravage la ville de Détroit. Le bon père Richard est très actif pour aider la population. Il compte parmi les responsables qui dirigent la reconstruction de la ville. C’est lui qui conçut la devise, en latin, de la nouvelle Détroit : Speramus meliora ; resurget cineribus – "Nous espérons des choses meilleures ; il renaîtra de ses cendres". Quand l’université du Michigan est fondée en 1817, Gabriel Richard occupe les fonctions de vice-président et d’enseignant. Depuis cette université, le père joue un rôle très important pour l’éducation de la population.

En 1823, les habitants désignent au suffrage universel Gabriel Richard pour être délégué du Territoire du Michigan au Congrès à Washington. Le Michigan n’étant pas encore un État, mais seulement un Territoire, il était donc représenté par un "délégué" sans droit de vote avec un rôle seulement consultatif, à la différence des représentants et des sénateurs. Gabriel Richard est ainsi le premier prêtre catholique à avoir été membre du Congrès, il y restera deux ans.

Victime de son dévouement

En 1832, une épidémie de choléra touche Détroit et sa région. Gabriel Richard porte immédiatement secours à la population mais attrape la maladie. Il meurt le 13 septembre 1832. Le "Bon Père" Gabriel Richard mourut ainsi comme il avait vécu : au service des autres. En 1976, son corps est transféré dans la crypte de l’église Sainte-Anne de Détroit, là où il avait exercé son apostolat. Une cause en béatification a été introduite, portée par la Guilde de Gabriel Richard depuis 2020. Sa mémoire est aussi très présente à Détroit et dans le Michigan où des écoles portent son nom.

Pratique

Charles Vaugirard (dir.), Les Racines françaises du catholicisme américain, Pierre Téqui éditeur, 2026, 145 pages, 16,90€  
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