Dans la basilique Notre-Dame de Bon-Secours de Guingamp, au cœur des Côtes-d’Armor, la Vierge à l’Enfant a retrouvé sa splendeur d’autrefois. Ce 4 juillet au soir, enveloppée de sa cape bleue brodée d’hermines à peine achevée, elle sera portée en procession dans les rues de la ville, à l’occasion du Pardon annuel. Elle regardera le peuple rassemblé, majestueuse, comme aux premiers instants de sa conception. Ils sont loin les jours tristes des incendies qui ont réduit en cendre les vêtements qui l’ornaient. Trois ont successivement touché la statue en 2015, 2021 et 2025. Une renaissance attendue, fruit du travail de création et de patience de Blanche, couturière et modéliste originaire de Guingamp, 21 ans seulement.
Cordes emmêlées, hermines et camélia brodées
Blanche grandit dans cette commune bretonne au sein d’une famille catholique. Son amour du vêtement la conduit à poursuivre ses études par un bac pro couture après un bac général. C’est lors de son année de remise à niveau, en 2021, que sa formation vient rencontrer un triste événement qui se produit à Guingamp, pour la seconde fois : l’incendie volontaire de la statue de la Vierge à l’Enfant de la basilique Notre-Dame de Bon-Secours. Lors d’un repas en famille, très marqué par cette dégradation criminelle, le père de Blanche l’interpelle : "Pourquoi tu ne proposerais pas à la paroisse de confectionner les nouveaux habits de la Vierge et de l’Enfant Jésus ?" C’est que l’incident coïncide avec un projet que Blanche doit réaliser en classe. Le sujet est libre. Ni une, ni deux, la jeune femme, 16 ans, écrit une lettre au curé de la basilique et lui propose ses services.
Un travail de longue haleine commence alors. Blanche se rapproche de Madame Pedron, habitante de Guingamp, qui, petite, l’a appris à coudre. Les vêtements de la Vierge sont confectionnés en soie et en taffetas ignifugés. Blanche imagine une robe blanche pour Marie ainsi qu’une cape bleue que la statue porte sur les épaules. Sur le manteau, trois cordes dorées s’entremêlent soulignant son contour et reprenant la devise de la Frérie Blanche qui marque l’histoire du Pardon de Notre Dame de Bon-Secours : "Une corde à trois brins n’est pas facile à rompre." (Ecclésiaste 4, 12). Une hermine, symbole de la Bretagne, court autour des cordes. Sur la robe, des arabesques brodées évoquent un arbre de vie. Au centre, une fleur de camélia et des genêts disent la ville de Guingamp. Dans les entrelacements des branches, le "M" de Marie apparaît, entouré de lys blancs, symboles de la Mère de Dieu.

400 heures de travail de broderie
Quatre brodeuses bénévoles conçoivent les dessins qui ornent la robe, selon les méthodes traditionnelles bretonnes. "C’est l’École de Broderie d’Art de Quimper, fondée par Pascal Jaouen, qui a réalisé une partie des broderies. J’ai pu leur donner des indications sur les motifs que je voulais voir sur la robe et la cape. Cela représente 400 heures de travail", explique Blanche.
Un travail présenté le 26 juin par la jeune femme devant les restaurateurs de la statue, le maire et les représentants de la basilique. "Chacun est intervenu pour parler de sa participation au projet. C’était émouvant de pouvoir raconter toute la réflexion derrière la conception des vêtements et le chemin parcouru depuis 2021", confie Blanche. Une réalisation qui n’aurait pas pu voir le jour sans les dons des paroissiens, récoltés lors du Pardon 2024 par la couturière.
Procession du Pardon de Guingamp
Un projet qui atteindra aujourd'hui son apogée pour le traditionnel Pardon de Guingamp, et particulièrement ce 4 juillet au soir, lorsque la statue sera portée en procession dans la ville. "Les habitants de la ville chanteront des cantiques tout en accompagnant la procession en l’honneur de la Vierge dans les rues. Ce sera un très beau moment pour moi de voir défiler la statue vêtue des habits que j’ai confectionnés." L’occasion pour des personnes non pratiquantes d’assister à un événement fort de la commune, en présence de l’évêque du diocèse, Mgr Denis Moutel. "Quand la statue défilera, souligne la jeune femme, ce sera émouvant. Non seulement de voir le travail fini, qui aura demandé de la peine, du temps, mais aussi de la voir retrouver sa place."
Pour Blanche, catholique pratiquante, ce projet revêt une symbolique particulière dans son quotidien de couturière. "C’est un beau moyen de mettre ma foi et mon métier en relation. Techniquement, j’ai beaucoup appris, surtout dans le travail de broderie que je ne connaissais pas. C’est aussi une grâce d’avoir pu servir la ville qui m’a vu grandir et de participer à un projet qui résonne avec ma dévotion à Marie. C’est unique."
Accompagner les sacrements
Aujourd’hui, Blanche est intermittente et travaille comme costumière à l’Opéra Garnier, après être passée par la Maison Chanel. "Dans le monde de la mode, comme chez Chanel, j’ai beaucoup appris. Mais je n’ai pas retrouvé cette profondeur que je vois dans un travail lié au sacré comme celui-ci." Un sens que Blanche retrouve dans la conception de robes de mariées. "Je réalise aussi en ce moment une soutane pour un cousin prêtre qui sera ordonné cet été". Et de conclure : "Ce sont de grandes grâces que de pouvoir accompagner, par ma passion, des personnes qui vont recevoir un sacrement."










