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Cotignac : depuis 50 ans, la grâce opère pour les pères

Alexis et Vincent, pèlerins de Cotignac

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Christine Magne - publié le 02/07/26
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Le pèlerinage des pères de famille à Cotignac fête son demi-siècle. 50 ans que des milliers d'hommes viennent déposer les armes au pied de saint Joseph, pour repartir le cœur transfiguré. Aleteia a cherché à saisir le miracle discret que vivent les pères de famille à travers cinq trajectoires bouleversantes.

Les hommes qui prennent la route de Cotignac en ce début du mois de juillet, malgré la chaleur et la poussière des chemins de Provence, entrent dans le mystère de ce lieu unique au monde où la Sainte Famille est apparue. Qu’ils soient venus en pèlerins fervents ou entraînés à contrecœur par un ami insistant, aucun des cinq pèlerins que nous avons rencontrés n’est reparti indemne. Des années plus tard, l’émotion qui fait trembler leur voix reste intacte, preuve que la grâce reçue ici ne s’altère pas avec le temps. 

Déposer l’armure de la performance

Alexis, avocat parisien de 50 ans et père de trois enfants, avait suivi le parcours classique du "catho pratiquant". Pourtant, il nous confie : "J’étais catholique, mais je n’appartenais pas au Christ". En 2011, lorsqu’il entreprend son premier pélé presque par défi, il se revoit, marchant seul sous le soleil, lorsqu'une certitude absolue le terrasse : "Tu as du prix à mes yeux et je t'aime". Quelques heures plus tard, face au Saint-Sacrement, les vannes se brisent : "Je me suis effondré. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps". Aux pieds de saint Joseph, la virilité chrétienne ne se déploie pas dans la performance ou l’armure du chef infaillible, mais dans l'acceptation humble de sa vulnérabilité. "Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse" : la parole adressée à saint Paul semble résonner tout particulièrement sur les chemins de Cotignac.

Ce dépouillement, Bertrand l’a vécu au plus profond de sa chair. Ancien coordinateur du pèlerinage de 2017 à 2023, cet homme de 48 ans, père de cinq enfants, apprend quelques mois après avoir remis sa responsabilité qu’il est atteint d’un cancer de la vessie. En 2024, il revient marcher, en simple pèlerin. Porté par la prière des autres alors qu’il traverse le désert de la maladie, il y puise une force inouïe : "J'ai eu besoin de cette fraternité avec mes frères. C'est quelque chose que j'ai vécu au plus profond de ma chair". 

Une communauté d’hommes, de fils et de frères

Didier

Sur ces chemins varois, on goûte intimement la joie de la communion. On part en tant que père, lourd de ses responsabilités familiales et professionnelles, et l’on se découvre fils d’un même Père, et frère d'une multitude. Didier, un retraité de 68 ans installé dans le Lot-et-Garonne, père de quatre enfants et grand-père de neuf petits-enfants, y revient chaque année pour vivre cette expérience de cordée spirituelle : "Quand on marche pendant 40 kilomètres, l’effort est grand, mais on est porté par les autres hommes. On se confie, on partage des situations parfois très douloureuses. On prie les uns pour les autres." Dans ce climat de confiance unique, la parole se libère entre hommes, loin des jugements. Les fardeaux partagés deviennent plus légers, et les joies s’en trouvent démultipliées. 

Dans ma tête, on allait mettre des gris-gris.

Vincent, directeur commercial de 52 ans, en sait quelque chose. Après cinq ans d’un mariage douloureusement marqué par l’infertilité, sa femme l'entraîne à Cotignac, un lieu dont il ignorait tout. "Dans ma tête, on allait mettre des gris-gris", s’amuse-t-il aujourd’hui. Touché par la paix des sanctuaires, il formule une prière sincère. Neuf mois plus tard, sa fille Marie voyait le jour. Reconnaissant, il s’est promis d’y retourner chaque année. 

Le sens du détail (et l'humour) de saint Joseph

Didier, lors de son pèlerinage, lui avait écrit une lettre minutieuse pour trouver la maison de sa retraite, listant la proximité du village, la taille idéale pour accueillir sa famille… Il l'a trouvée un mois plus tard, au millimètre près. S’il est un enseignement que les habitués de Cotignac transmettent volontiers aux nouveaux venus, c’est d’être précis dans les lettres de requêtes déposées. Saint Joseph a le sens du détail, et son intercession peut s’avérer redoutablement littérale. 

Thomas

Thomas, infirmier de 44 ans et père de six enfants, en témoigne avec humour. En 2023, terrassé par un AVC quelques mois plus tôt et souffrant depuis plusieurs années avec sa femme de ne pas pouvoir accueillir un cinquième enfant, il arrive à Cotignac en confiant sa volonté de remonter la pente après une année douloureuse. Manquant un peu de rigueur dans sa formulation, il demande simplement à saint Joseph "d’être père une dernière fois". Le soir même de son retour, son épouse tombait enceinte... de jumeaux ! "C’est le petit clin Dieu de Joseph, en rit-il encore. Je n'avais pas été très précis, j'ai été rappelé à l'ordre !". 

Qu’il s'agisse de berceaux remplis, de guérisons intérieures après la maladie ou de la grâce de l’abandon, le “pélé des pères” demeure, 50 ans après sa fondation, cette source intarissable où les hommes viennent puiser le courage d’aimer et de servir. Ils y arrivent parfois le cœur lourd ; ils en repartent bien souvent rappelés à une vérité plus fondamentale : avant d’être pères, ils sont d’abord des fils aimés de Dieu.

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