Thibault Bazin est député (LR) de la 4e circonscription de Meurthe-et-Moselle depuis 2017. Il a suivi de près les débats sur la fin de vie, en participant notamment à la mission d'évaluation mise en place dès 2023 et en rédigeant un Livret "Accompagnement des malades et Fin de vie”, publié en avril 2026. Il réagit auprès de Aleteia suite au vote en troisième lecture à l'Assemblée nationale, mardi 30 juin, de la loi ouvrant l’accès à l’euthanasie et au suicide assisté. "Mesure-t-on l’impact qu’aura un tel acte pour ces personnels soignants qui côtoient au quotidien les malades ?", questionne le député.
Aleteia: Alors que les députés viennent de voter en troisième lecture la loi sur "l'aide à mourir" à 295 voix contre 232, quelle est votre première réaction ?
Thibault Bazin: Je suis très inquiet et très éprouvé. Très éprouvé car le travail en commission a été long et difficile. Je me suis beaucoup déplacé dans des établissements médicaux, j’ai participé à tous les débats, et nous avons été très peu écoutés en retour quand nous relevions les risques et les incohérences du texte et remontions les inquiétudes du terrain. Tous nos amendements ont été rejetés, d'où mon inquiétude, car il reste bien trop de questions en suspens avec ce texte.
Quand on voit qu’il y a plus de 230 votes contre et 35 abstentions, on ne peut pas parler de consensus comme ce fut le cas au moment du vote de la loi Leonetti en 2004, qui avait été votée, pour rappel, à l’unanimité.
Une inquiétude que vous avez partagée et ressentie autour de vous ?
Pour les parlementaires, je ne peux m'exprimer à leur place, juste rappeler que notre agenda est extrêmement chargé, nous enchaînons les sujets, les commissions et les votes du lundi au samedi. Ont-ils eu tous le temps de bien lire ce texte et d’en comprendre les enjeux ? En revanche, pour m’être déplacé à de nombreuses reprises dans des centres hospitaliers, des établissements médicaux dédiés (handicap, cancer, fin de vie), je peux vous assurer que l’inquiétude est partagée par les soignants qui sont tous opposés à ce texte, surtout quand ils voient l’absence de cadre et de critères pas assez stricts. Quid de la clause de conscience des aides soignants, des psychologues, des personnes présentes la nuit au chevet des malades ? Mesure-t-on l’impact qu’aura un tel acte pour ces personnels soignants qui côtoient au quotidien les malades ? Qui s’opposera à un délai trop court ? Qui définira l’absence ou non de discernement ? Quid des personnes sous tutelle ? Ce texte pose bien trop de questions et reste trop vague dans ses critères, cela donne le vertige. Je suis député, je fais la loi mais je ne serai pas celui qui l’applique, et qui devra réaliser ce geste. Mais quand ceux qui devront l’appliquer sont ceux qui sont les plus inquiets, nous devons les écouter et les représenter.
Comment analysez-vous cette volonté de faire passer cette loi qui, visiblement, ne fait pas consensus?
Ce que je vois c’est que la volonté affichée est de voter une loi sociétale et non une loi de bioéthique à la française où le consensus est majoritaire. Quand on voit qu’il y a plus de 230 votes contre et 35 abstentions, on ne peut pas parler de consensus comme ce fut le cas au moment du vote de la loi Leonetti en 2004, qui avait été votée, pour rappel, à l’unanimité. Ici nous sommes loin de l’unanimité, il n’y a pas eu de recherche de consensus et encore moins de recherche d’équilibre éthique. De plus, le calendrier est particulièrement mal choisi avec les autres sujets d’actualité en cours, notamment sur l’aide sociale à l’enfance et la canicule. C’est une loi politique alors qu’avec le basculement anthropologique qu’elle porte, elle devrait avant tout être éthique et faire consensus. Elle pose par ailleurs de nombreuses questions de constitutionnalité, notamment sur la clause de conscience. Je ne doute pas que le Conseil constitutionnel soit saisi si elle était votée.









