295 voix pour, 232 contre, et 35 abstentions. Pour la troisième lecture de la proposition de loi "fin de vie", qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté, à l’Assemblée nationale, l’écart entre les partisans et les opposants se resserre, preuve que le débat éthique est loin d’être clos. Pour rappel, les députés avaient déjà adopté le texte en mai 2025, à 305 voix contre 199, puis en février 2026 à 299 voix contre 226. Le texte voté ce mardi 30 juin part désormais pour une troisième lecture au Sénat, qui devrait s’y opposer majoritairement, avant de revenir à l’Assemblée nationale qui aura le dernier mot et dont les partisans de la proposition de loi annoncent un vote solennel le 15 juillet.
63 voix d’écart donc pour un texte qui risque de modifier profondément la société et le rapport aux malades et aux plus fragiles. Au lendemain de ce vote, les réactions sont nombreuses. Plusieurs personnalités du monde politique mais aussi médical et de la société civile expriment leurs inquiétudes et le besoin urgent d'informer encore les parlementaires et le grand public sur les dérives d’un tel texte. Joint par Aleteia, le député de Meurthe-et-Moselle Thibault Bazin qui a voté contre, fait part de son inquiétude. "Je suis éprouvé et inquiet. J'ai encore beaucoup de questions face à cette bascule anthropologique majeure, et il n'y a eu aucun consensus puisque tous les amendements ont été balayés. Il s'agit bel et bien d'une loi sociétale et non d'une loi de bioéthique à la française avec une recherche de compromis, cela m'inquiète et me navre". Concernant l'absence de consensus, Tugdual Derville, le porte-parole d’Alliance VITA fait part à Aleteia de son analyse sur la baisse de l’écart de vote. "La faible majorité à l'Assemblée nationale sur ce texte s’étiole à nouveau en troisième lecture. L’acharnement de l’exécutif à forcer son adoption avant la trêve estivale, alors que notre système de santé est en tension extrême, nous semble révélateur d’une obsession coupée des attentes réelles des patients et de leurs proches : être soulagés et accompagnés, non pas poussés vers la sortie".
“Ce texte fera des dégâts”
De son côté, par le biais d’un communiqué de presse, la SFAP (Société française d’accompagnement et de soins palliatifs) estime que l’adoption de la proposition de loi est "inenvisageable tant elle a été bâtie contre les soignants et contre leur expertise". Des soignants qui, dans leur grande majorité, sont opposés à un tel acte, rappelant que "soin et mort provoquée sont incompatibles". "Ce texte fera des dégâts", ajoute la SFAP qui rappelle qu’ "un français sur deux n’a toujours pas accès aux soins palliatifs, voilà le vrai scandale". Le Dr Ségolène Perruchio, présidente de la SFAP, estime également que la loi va bien plus loin que ce que le chef de l’État avait annoncé. "Emmanuel Macron avait promis qu’il ne s’agirait pas d’un "droit nouveau" : la loi s’intitule désormais "droit à l’aide à mourir". Le pronostic vital engagé à court ou moyen terme a disparu, et des personnes sous tutelle, privées du droit de signer un chèque, pourront y recourir."
Pour l'association Les Éligibles et leurs Aidants, qui s'est beaucoup mobilisée ces derniers mois, c’est la "consternation face aux conditions dans lesquelles ce débat, pourtant essentiel, s’est tenu". "On ne légifère pas sur la vie et la mort de millions de Français à moitié présents", rappelle ainsi l'association regrettant un hémicycle souvent trop clairsemé lors des débats, et des arguments portés par les patients eux-mêmes et leurs proches accueillis avec une légèreté difficilement compréhensible au regard de la gravité du sujet. "Nous nous battons pour notre dignité de vivre, pas pour le droit d’en finir. Ce vote ne met pas un terme à notre combat : Les Éligibles et leurs Aidants poursuivront leur travail avec la même détermination, pour que les failles que nous avons signalées tout au long de ce débat ne deviennent pas, demain, la réalité de patients laissés sans accompagnement", a réagi Louis Bouffard, co-fondateur de l’Association, auprès de Aleteia.
Défaite de la fraternité
"Il est de notre devoir de rappeler notre opposition vive et déterminée à cette proposition de loi et toutes ses conséquences, connues et inconnues", indique de son côté l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich dans un communiqué. "La raison comme la fraternité crient en faveur d’une promotion prioritaire et généreuse des soins palliatifs", ajoute-t-il avant de conclure. "Nous sommes intervenus, publiquement, auprès des parlementaires ; nous avons interpellé les autorités ; nous avons répondu aux demandes d’auditions au Parlement ; nous avons invité les catholiques à dire avec nous à quel projet de société ils croient. Nous continuerons de faire cela, comme nous continuerons de prier, jusqu’au 15 juillet, et au-delà". C’est également la “défaite de la fraternité” qu’a évoquée ce mercredi 1er juillet, l’ancien ministre et candidat à l’élection présidentielle Bruno Retailleau au micro d’Europe 1. "La loi sur la fin de vie est une défaite de la fraternité. Présentée comme une loi de liberté, elle risque surtout d'abandonner les plus vulnérables. Tant que les soins palliatifs ne seront pas accessibles à tous, parler de "libre choix" est un mensonge. Les exemples étrangers montrent que les garde-fous finissent toujours par reculer. Une société fraternelle accompagne, protège et soigne. Elle ne renonce jamais aux plus fragiles."
" J'espère un sursaut de conscience du premier ministre, des députés"
Quant à Clémence Pasquier, également membre de l'association Les Éligibles et leurs Aidants, et très active sur les réseaux sociaux, elle confie à Aleteia être "déçue de la teneur des débats qui ont été expéditifs, dans un climat encore plus délétère que les fois précédentes avec cette impression que de toutes les façons, aucun argument ne peut être recevable maintenant que la machine est enclenchée". La jeune trentenaire, elle-même en soins palliatifs, ajoute être "malgré tout contente de voir que l'écart se resserre, que les échanges en direct laissent place à plus de nuance et à plus de prudence". "Je n’ai pas envie d'être défaitiste parce que ce n'est pas encore passé définitivement. Disons que j'espère un sursaut de conscience du premier ministre, des députés. En tout cas au moins un sursaut de responsabilité qui ferait que chacun se renseigne bien sur ce qu'il vote. Nous avons encore trop de discussions avec des députés qui ne connaissent qu'à peine le cadre proposé et n’ont pas pris conscience des critères bien trop élargis."
La mobilisation reste donc entière pour les voix qui souhaitent alerter les consciences et les politiques. Le texte sera examiné de nouveau au Sénat à partir du 7 juillet, mais devrait être rejeté d’office via une motion de rejet préalable, avant de retourner pour un dernier vote à l'Assemblée nationale le 15 juillet prochain, selon la procédure de l'article 45 de la Constitution qui permet au Gouvernement de faire statuer l’Assemblée nationale en dernier ressort, en cas de désaccord entre les deux chambres.










