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Un pèlerinage réservé aux hommes peut-il avoir un sens ?

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Jean-Étienne Rime - publié le 30/06/26
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Un pèlerinage réservé aux hommes n’est-il pas anachronique dans une société sans différences ? Les hommes ont leur réserve, raconte notre chroniqueur Jean-Etienne Rime, qui peut se livrer plus facilement entre eux, dans la fraternité et la confiance.

Voici l’été, la saison des pèlerinages. Parmi les propositions très variées, le pèlerinage des hommes, époux et pères de famille semble différent et presque étrange. Il est issu d’une démarche bien ancrée puisqu’il fête cette année son cinquantenaire. Lancé d’abord discrètement à Cotignacsaint Joseph est apparu en 1660, il a réuni année après année des centaines de pèlerins et ouvert des destinations nouvelles : le Mont Saint-Michel, La Chapelle-Montligeon, Vézelay et tant d’autres en France et dans le monde. Dans notre univers qui a tendance à mixer les genres et où l’Église n’échappe pas à ce type de questions en s’interrogeant sur la place de la femme, une démarche réservée aux seuls hommes est a priori anachronique. Elle est en réalité pleinement justifiée.

Une contagion positive

Ce pèlerinage est ouvert à tous les hommes, qu’ils soient pères de famille ou non. Celui qui n’a pas d’enfant partage sa souffrance mais il a une autre paternité, différente et certainement moins visible et il porte du fruit comme l’homme célibataire, même s’il n’a pas choisi cette situation. Tous les hommes qui croient et prient ont une paternité féconde sans souvent en avoir conscience. Marcher entre hommes, prier entre hommes révèle les paternités : "Voici ce que tu fais, toi, dans ta vie, voilà comment tu tends la main à ton frère."

C’est une grande force qui transforme les inconnus du premier jour en frères lorsqu’ils se quittent le dimanche parce qu’ils ont prié, partagé et qu’ils ont ouvert leurs cœurs. Prier ensemble, entre hommes de tous âges, de toutes origines, chanter, louer le Seigneur crée une sorte de contagion positive. Voir les autres prier porte à la prière personnelle que l’on ouvre aux intentions connues ou non de son voisin, de ce frère découvert récemment. 

Les larmes du dedans

Partager, ouvrir son cœur est difficile, l’homme est pudique, il ne montre pas toujours sa souffrance, il reste digne malgré la douleur. Il ne parle pas facilement de ses joies profondes, l’amour de sa femme, de ses enfants, de sa famille élargie. Orgueil, pudeur, amour propre, peu importe, derrière cette réserve apparente se cache parfois de grandes souffrances. Les hommes pleurent comme les femmes mais ils pleurent de l’intérieur, c’est plus discret : les larmes sont les mêmes mais elles coulent au-dedans. Quant aux joies, elles sont parfois difficiles à s’exprimer. Dire par exemple à son fils ou sa fille : "Je suis fier de toi", même si ses choix sont différents n’est pas toujours simple. 

Dans un pèlerinage, on se lâche. Dans la confiance, l’homme d’à côté n’est pas un concurrent, un juge ou un railleur, il est un frère à qui l’on parle, on s’ouvre et à qui l’on confie joies et douleurs, angoisses et espérances, sans jugement mais avec une oreille attentive, en veille pour offrir le mot juste, l’attention délicate. Prier, chanter ensemble est à l’image des premiers chrétiens, unis et fiers de leur foi, osant l’affirmer dans une société qui ne comprend pas toujours. Ce samedi 27 juin, les 650 pèlerins réunis dans l’abbatiale du Mont-Saint-Michel ont chanté les vêpres et assisté à la messe. Leurs voix viriles et puissantes ont traversé les murs millénaires en portant leur prière aux intentions de leurs familles, de leurs vies professionnelles et en solidarité avec les souffrants.

Un chemin de vie

Ils se sont quittés le lendemain avec un message du père Étienne Masquelier, curé de la paroisse de Villemomble, pour guider la suite de leur pèlerinage dans leur existence : "Vous les hommes, priez au moins une fois par jour, allez à la messe tous les dimanches et ce n’est pas négociable, car vous donnez l’exemple à vos fils et vos filles, vous témoignez et affirmez votre foi, le rendez-vous avec Jésus n’est pas une option. Confessez-vous une fois par mois, la lumière que vous recevrez sera visible pour les autres, même si vous n’en avez pas la preuve. Et une fois par an, marchez lors d’un pèlerinage, faites une retraite." Un chemin de vie.

Et les femmes, les épouses ? Ne les oublions pas. Elles auront passé un grand week-end seules, mais elles auront été constamment présentes par les témoignages, la pensée, la prière des hommes pèlerins, avec leurs familles et leurs proches. Saint Joseph, modèle des hommes, veille sur la famille.

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