Le "grand patriarche" veille. Niché dans les jardins de Castel Gandolfo, ce chêne de plus de cinq cents ans domine le vaste espace de 55 hectares, plus grand que la Cité du Vatican. Réparti sur trois niveaux, avec 24 fontaines et environ 3000 arbres, le parc emblématique des Castelli Romani semble revivre depuis l’élection de Léon XIV. C’est dans ce cadre fascinant que le pape a choisi de fixer "non seulement sa villégiature estivale, mais aussi sa résidence secondaire, puisqu’il y vient presque chaque semaine", se réjouit un habitant du village.
Chaque lundi, en fin d’après-midi, l’arrivée du cortège papal réveille la petite ville de neuf mille âmes coincée entre le lac d’Albano et la mer Tyrrhénienne. Le palais apostolique ayant été transformé en musée par le pape François, son successeur réside à quelques centaines de mètres, dans une demeure située au bord d’une route ordinaire, la villa Barberini. Là, derrière les hauts murs du parc, Léon XIV s’évade le temps d’une journée, loin des marbres du Vatican et des bruits de couloir. Le pape argentin n’avait aucune appétence pour cette destination qu’il semblait assimiler à une "vie de château", mais il avait lancé à Castel Gandolfo le projet d’un centre de formation à l’écologie intégrale, le Borgo Laudato si’, portant le nom de son encyclique. En inaugurant ce complexe à la fin de l’été dernier, Léon XIV a montré sa filiation avec François et son amour pour la nature et pour les animaux, caressant volontiers un magnifique cheval andalou à robe blanche nommé Saleroso. Un mois plus tard, Proton, un pur-sang blanc offert par un éleveur polonais, faisait son entrée dans les écuries de Castel Gandolfo. Depuis, des sources vaticanes assurent que le pontife a repris l'équitation, comme à l’époque de ses missions au Pérou.
Un repos… très actif
Si les jardiniers ont retrouvé dans la présence régulière du Pape une motivation pour renouveler les compositions florales, Léon XIV n’utilise pas pour autant Castel Gandolfo comme un lieu de " farniente ". L’administration de l’Église continue, et la matinée du pontife est généralement consacrée au travail, entre appels téléphoniques, correspondance, rédaction de textes… Le pape américain profite aussi de ses séjours au vert pour recevoir collaborateurs et amis, ainsi que des personnalités de marque. À deux reprises, il y a accueilli le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Des visites loin du protocole du Vatican, interprétées comme un symbole de la proximité fraternelle du pape avec le peuple ukrainien, fréquemment qualifié de "martyr" par le Saint-Siège. Plutôt que de s’agacer des contraintes sécuritaires, les habitants de Castel Gandolfo se montrent ravis de voir leur ville reprendre la lumière, après des années plus mornes.

"Quand le Pape est là, nous dormons tous tranquilles, il y a beaucoup de sécurité ici ", relève Sabrina, vendeuse dans un magasin de souvenirs. "Ce n’est pas seulement une question économique pour nous, mais surtout un lien affectif, familial et pastoral avec le Pape", ajoute sa sœur, Patrizia. Ces habitants, Léon XIV a l’occasion de les rencontrer, notamment lors de messes célébrées dans l’église paroissiale. Le curé du village, le père Tadeusz Rosmus, un robuste salésien passionné de moto, se félicite de voir le pape profiter du "microclimat merveilleux" qui règne ici. Les visites du pontife à la maison de retraite, dans une école ou encore à la caserne de la gendarmerie locale ont renforcé la popularité du plus célèbre habitant de "Castel".
Ma fièvre du mardi soir
Et puis le mardi soir, vers 20 h, une étrange fièvre gagne les abords de la villa Barberini. Des badauds se mélangent aux pieds de caméras et aux micros tendus. Avant de reprendre la route pour Rome, le pape a instauré un rituel informel. Lui qui est plus discret que son prédécesseur a décidé de se prêter au jeu du bain de foule et de s’arrêter devant les journalistes. Ces conférences de presse improvisées sont pour lui l’occasion de livrer quelques commentaires prudents mais précis sur la situation internationale. Interpellé sur son emploi du temps à Castel Gandolfo, il se montre plus évasif, confiant simplement à une journaliste italienne faire " un peu de piscine " et " un peu de tennis ". Selon nos informations, une " bulle " verte recouvrant le discret court de tennis du parc a bien été installée pour laisser au pontife le plaisir d’échanger sereinement des balles avec son secrétaire, Mgr Edgard Rimaycuna. "Chaque être humain, pour bien se soigner, devrait faire des activités pour le corps et l’âme, les deux ensemble", a simplement glissé Léon XIV, soucieux de ne pas trop exposer sa vie privée. Une fois les journalistes rassasiés et quelques mains serrées, le pape s’engouffre dans un van Volkswagen noir. Les portes de la villa Barberini se referment et les gardes suisses plient bagage. Le convoi de Léon XIV glisse sur les pentes sinueuses du volcan endormi d’Albano. Voilà le Pape qui retourne à la ville et au monde.
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