À Rome, les pèlerins visitent le plus souvent les quatre basiliques majeures : Saint-Jean-de-Latran, Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-Murs, Sainte-Marie-Majeure, si l’on respecte l’ordre chronologique de construction, entre le début du IVe et le milieu du Ve siècle. Plus éloignée du centre historique que les autres, la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs est peut-être un peu délaissée. Elle est pourtant le lieu de sépulture de l’Apôtre des Gentils, du fougueux prédicateur et du voyageur infatigable que fut Paul de Tarse.
Le 29 juin, l’Église célèbre son martyr, en même temps que celui de Pierre. Pour le premier des apôtres, la sépulture et le lieu du martyr sont très proches et connus du plus grand nombre. Et pour cause, l’autel de la basilique Saint-Pierre est construit sur la tombe et le cirque de Néron sur lequel le martyre eut lieu est enterré sous les constructions vaticanes, au sud de l’édifice. Pour Paul, la chose est moins connue : son martyre n’eut pas lieu à proximité immédiate du site sur lequel est construite la basilique qui lui est dédiée, lieu de sa tombe. Il faut, pour découvrir l’endroit où la tradition situe la décapitation de Paul, se rendre au lieu-dit Tre fontane, sur l’antique via Laurentina, au sud de Rome.
Trois fontaines… et trois églises
Citoyen romain, le disciple de Gamaliel fut exempté de la crucifixion, sa tête fut donc tranchée. Or, des traditions expliquent qu’en tombant, le chef de l’apôtre fit trois rebonds d’où sourdirent trois fontaines, tre fontane en italien. S’il est difficile de trouver des sources fiables pour ce miracle, au moins ce récit exprime-t-il la foi en la résurrection : la vie jaillit de la mort, vaincue par le sacrifice du Christ. Cette tradition eut pour but, également, semble-t-il, de christianiser des sources appréciées des Romains pour leur pouvoir prétendument curatif. Ainsi construisit-on une église sur le lieu du martyr. Des vestiges demeurent du Ve siècle, mais l’édifice actuel, avec les trois niches pour les trois fontaines, date de la toute fin du XVIe siècle.

Depuis le martyre de Paul, le site, marécageux, n’a cessé d’être un lieu de prière. L’église de la Décapitation est au fond d’une parcelle où se trouve une abbaye clunisienne, confiée à saint Bernard de Clairvaux et aux cisterciens en 1140. Des moines trappistes vivent encore sur place, prient dans l’abbatiale dédiée aux saints Anastase et Vincent, d’architecture romane, et brassent une bière reconnue. Le passage du prédicateur de la seconde croisade est quant à lui attesté par une troisième église, Sainte-Marie-de-l’Escalier-vers-le-Ciel, qui commémore une vision de 1138 de saint Bernard : les âmes du purgatoire accueillies par Notre-Dame en haut d’un escalier conduisant au paradis.
Un lieu de jaillissement de la grâce
À l’époque contemporaine, Tre fontane a acquis une certaine aura grâce à des apparitions, non reconnues officiellement mais qui attirent de nombreux pèlerins aux pieds de la Vierge Marie, depuis 1947. Notre-Dame-du-troisième-millénaire-aux-Trois-Fontaines, tel est le nom que Jean-Paul II lui donna, est cependant de l’autre côté de la via Laurentina, dans un parc d’eucalyptus plantés pour assécher les marais. Tre fontane est donc bien un lieu de grâce, un lieu de jaillissement de la vie : que d’eau, que d’eau !









