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[HOMÉLIE] Pierre et Paul, le pardonné et le foudroyé

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Patrice Marivin - publié le 28/06/26
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Curé de la cathédrale Saint-Pierre de Vannes, le père Patrice Marivin commente les lectures de la solennité de saint Pierre et saint Paul. Très différents mais indissociables, ces deux piliers de l’Église naissante se sont donnés corps et âme pour transmettre "ce qu’ils avaient reçu", avant de mourir tous les deux à Rome, en martyrs.

Qui étaient Pierre et Paul ? Ce sont deux hommes que tout oppose : Pierre est un simple patron-pêcheur, sans bagage intellectuel autre que le pragmatisme de son métier. Paul, au contraire, est un citoyen romain qui parle plusieurs langues, qui a étudié la philosophie et la littérature grecques, et qui possède de bonnes bases en navigation et en sport. Sa vaste culture contraste donc avec celle de Pierre et des autres disciples. Est-ce pour cela qu’ils eurent des difficultés à se comprendre et à s’accepter, comme le laisse entendre la lettre aux Galates ?

Cependant, l’Église catholique les réunit dans une même fête parce qu’ils sont indissociables. Ils ont, l’un et l’autre, affermi l’Église naissante sans ménager leur peine. Et c'est parce qu’ils se sont donnés corps et âme pour transmettre "ce qu’ils avaient reçu", au plus intime de leur cœur, qu’ils sont morts martyrs à Rome, à quelques années d'intervalle.

Pierre, le premier à discerner qui est Jésus

À tout seigneur, tout honneur dans cette cathédrale Saint-Pierre de Vannes. Pierre est l'un des tout premiers disciples à suivre Jésus, qui vient le chercher alors qu’il est au travail sur le port de Capharnaüm. Ensuite, Pierre n’a plus jamais quitté Jésus. Il a partagé son quotidien, il a tout entendu et vu "en direct" : les prédications, les miracles, les guérisons. Le message et la personne de Jésus l’ont séduit à tel point qu’il sera le premier à discerner qui il est : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16, 16).  C’est sa conviction. Aussitôt, Jésus, qui a provoqué son questionnement, lui précise qu’il n’a pas trouvé cette réponse tout seul, mais qu’elle lui a été soufflée par l’Esprit Saint, comme le précise l’Évangile de Matthieu.

Pierre est aussi le témoin de l’hostilité grandissante des scribes et des pharisiens à l’égard de Jésus, et de la versatilité de la foule qui l’acclame alors que, quelques jours plus tard, elle crie "à mort" ! Pierre participe au dernier repas sans savoir que, quelques heures plus tard, lui aussi perdra pied en reniant lâchement, par trois fois, celui dont il se prétendait l’ami. Cependant, lorsqu’il prend conscience de sa lâcheté, il pleure amèrement tandis que le regard miséricordieux de Jésus vient se poser sur lui. "Il sera beaucoup pardonné à celui qui a beaucoup aimé", a dit Jésus à Marie-Madeleine. Pierre est donc grandement concerné par l’abondance du pardon ! Cela lui vaut le triple questionnement de Jésus, comme en écho au triple reniement : "Pierre, m’aimes-tu ?" Et, par trois fois, Pierre répond : "Seigneur, tu sais bien que je t’aime."

Un modèle de foi et d’amour

Est-ce à cause de cette humble confession d’amour que Pierre a été investi du "pouvoir des clefs" ? Peut-être… En tout cas, par ce choix, Jésus a manifesté deux choses : Il a définitivement pardonné à Pierre et Il ne retient pas indéfiniment les fautes de ceux qu’Il choisit. Il regarde la droiture de leur cœur. 

La foi de Pierre et sa confession d’amour sont pour nous un exemple. L’une et l’autre doivent nous inciter à ne pas nous lamenter sur nous-mêmes lorsque nous constatons que nous sommes tièdes et fragiles, parce qu’au terme de notre vie nous serons jugés sur l’amour et non sur nos défaillances. Qui, parmi nous, aurait osé confier les clefs du Royaume à un homme qui a failli ? C'est donc la foi et la fidélité que nous sommes invités à demander au Seigneur de faire croître en nous, à l'instar des apôtres eux-mêmes : "Seigneur, augmente en nous la foi."

Paul, de persécuteur à propagateur

Regardons maintenant saint Paul. Lui n'a pas connu Jésus avant sa crucifixion. Il n'a jamais vécu avec Lui. Il n'a jamais entendu ses prédications, ni vu ses miracles. Mais, lui, le fou furieux qui persécutait les "adeptes de la nouvelle voie", a été comme foudroyé sur le fameux chemin de Damas, tandis qu’une voix lui murmurait : "Je suis Jésus, celui que tu persécutes." Cette rencontre fulgurante avec le Christ l’a métamorphosé, retourné. Ensuite, le nouvel enseignement qu’il a reçu lui brûle le cœur et l’illumine de l’intérieur : "Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi !"

Après trois années d’éloignement dans le désert d’Arabie, pour faire le point et réfléchir dans un cœur-à-cœur avec Jésus, il revient à Jérusalem. De persécuteur qu’il était, il devient le grand propagateur de la foi en Celui qui s’est révélé à lui comme Fils de Dieu, mort et ressuscité d'entre les morts. Paul n'aura de cesse de faire connaître ce Christ et sa Bonne Nouvelle, d'abord aux Juifs, ensuite aux païens en Asie Mineure et en Grèce.

Un exemple de disciple-missionnaire

Pour cette raison, saint Paul mérite le titre de missionnaire. Il le sera, coûte que coûte, malgré les nombreuses incompréhensions, les moqueries et même les persécutions. Il restera ferme dans la foi, jusqu’au bout. D'une ville à l'autre, Paul fonde de nouvelles communautés. Puis, il reste en contact avec elles à travers une abondante correspondance, dans laquelle il a toujours à cœur de transmettre ce qu’il a lui-même reçu sur les mystères de la sagesse de Dieu. De cette correspondance nous ont été conservées les Épîtres que nous lisons aujourd'hui, et qui restent une source irremplaçable pour nous aider à entrer dans une plus grande compréhension de notre foi. 

À notre tour, à la suite de saint Paul, demandons au Seigneur d'avoir l'audace, l'enthousiasme et la joie de témoigner de notre foi, afin de faire connaître le Christ à tous ceux qui ne le connaissent pas encore. En cette fin d’année pastorale, envisageons les orientations qui feront de chacun de nous l’année prochaine des "disciples-missionnaires", pour annoncer, à temps et à contretemps, le message de l’amour du Christ comme l’ont fait les deux apôtres Pierre et Paul. 

Lectures de la solennité de saint Pierre et saint Paul :

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