Les députés ont terminé samedi 27 juin au soir l’examen en troisième lecture de la proposition de loi sur la fin de vie. Malgré le combat de certains parlementaires pour insérer une clause de conscience collective pour les établissements privés, la version finale du texte imposerait à tous les établissements de santé, même confessionnels, de faire pratiquer l’euthanasie dans leurs locaux. Les congrégations religieuses avaient pourtant fait entendre leur voix afin de mobiliser les députés. "Même si le projet de loi est amendé par les sénateurs, nous ne franchirons pas ce seuil, ni ne ferons donner la mort dans nos établissements", confiait déjà en janvier Sœur Agnès Racle, Petite Sœur des Pauvres à Rennes et médecin de formation, à Aleteia. "Car nous sommes religieuses et nous considérons que la vie est un don". Mais les défenseurs du texte ont rejeté tous les amendements, au prétexte de permettre à toute personne, où qu’elle soit, de bénéficier de ce nouveau "droit". "Les murs n’ont pas de conscience", ont osé avancer les rapporteurs samedi soir, se référant à une phrase d’Olivier Falorni.
Certes, le texte reconnaît le droit à l’objection de conscience des soignants mais il ignore la liberté des établissements de refuser ces pratiques dans leurs locaux. Le risque pour les établissements qui s’y refuseraient ? Que l’État les prive de subventions et d'autorisation de fonctionner, ce qui mettrait en péril l’existence même des établissements confessionnels. Pour rappel, les Petites Sœurs des Pauvres accueillent des personnes âgées dans 30 maisons de retraite réparties sur tout le territoire. Cela représente 2.500 résidents. Aleteia s’est entretenu avec Sœur Agnès Racle et Sœur Sophie Manouri, membre du Conseil Général de la Congrégation.
Aleteia : Tel qu’il se profile, le texte de la loi sur la fin de vie obligerait tous les établissements de santé à pratiquer l’euthanasie, comment réagissez-vous à cette obligation ?
Sœur Agnès et Sœur Sophie : Notre première réponse, c’est d’abord de continuer à faire confiance à la Providence. On va attendre le vote final du 15 juillet. Et puis, même après, on va continuer à faire confiance afin de trouver notre voie et tenir droit au milieu de tout cela. Mais on ne peut cacher notre déception, car avec beaucoup d’autres établissements médicaux et médico-sociaux, nous avons fait entendre notre voix auprès des députés et du gouvernement, mais nous n’avons pas été entendues. Nous sommes inquiètes aussi. Autant la loi sur les soins palliatifs a fait l'unanimité, au contraire, celle-là est vraiment discutée mais les débats ne transparaissent pas dans le texte final.
Si cette loi venait à être votée, quelles conséquences envisagez-vous ? Est-ce que vous seriez prêtes à quitter la France par exemple ?
Notre volonté est de rester ! Pas de partir. Nous mettons tout en œuvre pour mobiliser nos équipes, pour continuer à lutter contre la souffrance, pour donner envie de vivre aux résidents, en espérant que des demandes d'euthanasie n'arrivent pas jusqu'à nos maisons. Si ces demandes arrivent et que nous sommes dans l’obligation d’y répondre dans nos murs, elles porteront atteinte à notre liberté de conscience et de religion, alors nous aurons recours à des actions en justice. Et si demain, malgré les recours en justice, on nous met des bâtons dans les roues, on va se dire qu’on ne veut plus de nous ici. En dernier recours, nous pourrions être amenées à fermer des maisons. Tout va dépendre de comment nous allons pouvoir continuer à vivre après cela, quelle latitude aurons-nous ?
Vous pensez qu’il pourrait y avoir une forme de compromis ?
Ce qui est clair, c’est que jamais nous ne tergiverserons sur le fait de donner la mort. On ne le laissera pas faire dans nos maisons. C'est vraiment la ligne rouge qu'on se fixe. On ne franchira pas ce cap de donner la mort dans nos établissements. Nous n’aurons pas de double discours. Soit on arrive à continuer à accueillir de façon inconditionnelle les plus démunis, les plus pauvres et à les soulager, sans aller de contentieux en contentieux, soit on nous en empêche, auquel cas, en tout dernier recours, nous serions appelées à fermer nos maisons. Mais notre souhait est de continuer à donner envie de vivre. C’est ce qu’il se passe dans nos maisons dans d’autres pays qui ont légalisé l’euthanasie, bien que cela commence à être difficile en Belgique.









