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Chantal Reynier : “Saint Paul est un homme libre qui nous aide à l’être”

8 min de lecture
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Crédit : Rashi Paliwal I Shutterstock

Statue de saint Paul, Basilique Saint Pierre, Rome.

La publication, par la bibliste Chantal Reynier, du "Tour de saint Paul en quatre-vingts étapes" (Éditions du Cerf) et la solennité des saints Pierre et Paul, le 29 juin, donnent l’occasion de (re)découvrir l’apôtre des Nations, infatigable voyageur et prédicateur passionné. Entretien.

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Dans le Nouveau Testament, saint Paul occupe une place à part, à la fois par la quantité des lettres dont il est l’auteur et qui appartiennent au canon des Écritures, et par les fondements qu’il a donné à la foi chrétienne. Sa singularité se retrouve dans la liturgie : célébré le 29 juin avec Pierre, le premier des apôtres, Paul de Tarse n’a pourtant jamais vécu avec le Christ, rencontré sur le chemin de Damas. Le début d’un apostolat qui le conduira jusqu’à Rome, où il meurt martyr dans les années 60 de notre ère. En publiant un Tour de saint Paul en quatre-vingts étapes, Chantal Reynier, docteur en théologie biblique et spécialiste de Paul, invite son lecteur à suivre l’homme "à la foi indéfectible, un homme libre qui nous aide à l’être", à se mettre à sa hauteur, à rencontrer ceux qu’il rencontre et à écouter sa prédication passionnée. Une fresque impressionniste pour (re)découvrir celui qui "ouvre [au] dessein de Dieu, a une grandiose approche de la Révélation, ouvre au mystère de l’Église et nous la fait aimer comme ‘corps du Christ’ (cf. 1Co 12)".

Aleteia : N'a-t-on pas déjà tout dit sur saint Paul ?
Chantal Reynier : Loin de là, et ce ne sera jamais le cas, même dans mille ans ! Ses lettres sont inépuisables, et elles font partie de la Parole de Dieu. Paul déploie dans ses écrits les conséquences de la résurrection du Christ pour tous les chrétiens, par définition c’est infini.

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Paul est d’abord apôtre parce qu’il a été choisi par le Christ sur le chemin de Damas pour annoncer le salut aux nations.

Pourquoi le fête-t-on avec Pierre et le considère-t-on comme "apôtre" ?
Paul est d’abord apôtre parce qu’il a été choisi par le Christ sur le chemin de Damas pour annoncer le salut aux nations. Il a cependant un statut à part car, effectivement, il ne fait pas partie des Douze, il n’a pas partagé sa vie avec Jésus, n’a pas été choisi directement par lui, au moins durant les trois ans de sa prédication. Mais il l’a choisi en lui apparaissant et en lui confiant une mission. Ensuite, cet appel personnel est vérifié par les apôtres à Jérusalem, qui confirment à Paul son « apostolicité ». Quant au fait de l’honorer en même temps que Pierre dans la liturgie, c’est une antique tradition des chrétiens de Rome qui les ont associés dans le culte à cause de leur martyr. Dès les premières années, ils ont été célébrés ensemble.

Quelles sources nous permettent de connaître Paul ?
Il existe plusieurs types de sources. Évidemment, les lettres sont les premières, c’est lui qui les écrit et elles nous donnent accès à ce qu’il vit. Sur un autre plan, il y a les Actes des apôtres, dans lesquels sa vie est racontée, sans doute par son compagnon saint Luc. Il y a aussi d’autres sources littéraires, des récits apocryphes produits par différentes communautés chrétiennes qui ont entretenu la mémoire de Paul, même s’il y a parfois des choses curieuses. Enfin, l’apport de l’archéologie est extrêmement important pour comprendre le contexte dans lequel Paul évolue, pour mettre de la chair à ses lettres.

Comment est-il devenu incontournable dans la Tradition ?
Les communautés ont d’abord gardé les lettres reçues de l’apôtre, parce qu’elles étaient vitales pour ces communautés qu’il avait fondées et qui ont besoin de sauvegarder ce lien apostolique. Et ce ne sont pas seulement des petites règles de vie, mais des réponses aux problèmes qui surgissent chez les croyants. À Thessalonique, ils se demandent pourquoi les morts ne ressuscitent pas dès après le décès, à Corinthe s’il est possible de manger des viandes d’animaux sacrifiés aux idoles. Pour tenir dans la foi au Christ mort et ressuscité, ces questions sont vitales. Non seulement les communautés gardent les textes, mais elles les transmettent puis les Pères les reprennent et les commentent et l’autorité de l’Église définit le canon des Écritures.

Mais les Évangiles ne suffisent-ils pas à dire le Mystère pascal ?
Certes, on a besoin des quatre évangiles pour connaître la vie de Jésus. Mais Paul nous dit ce que ça change dans la vie de connaître et de suivre Jésus qui est mort et ressuscité, comment mon existence et mon rapport à Dieu s’en trouvent transformés. Que veut donc dire que Jésus, le Seigneur, ait été crucifié ? S’il est ressuscité, l’homme est promis à la résurrection et doit se comporter en conséquence. Par exemple, quant à la nourriture, qui est un sujet d’importance dans l’empire romain, Paul affirme que le chrétien est libre de manger toute sorte d’aliments : une vraie révolution. Les lettres de l’apôtre ne sont pas des dissertations morales, mais traitent de l’existence même du chrétien. Porter le nom du Christ demande de savoir comment il devient le Seigneur de ma vie.

Paul est celui qui a libéré la femme !

Les femmes sont très présentes dans votre livre, alors que l'apôtre est souvent ramené à son "femmes, soyez soumises à vos maris" (cf. Ep 5)...
Disons-le tout de suite, Paul est celui qui a libéré la femme ! Il est le premier à reconnaître l’égale dignité de l’homme et de la femme à cause de la résurrection du Christ, qui n’exclut aucun être humain. La lettre aux Éphésiens est un texte révolutionnaire car il demande aux hommes et aux femmes, non seulement de se respecter, car ils sont d’égale dignité, mais elle enjoint aussi les maris à aimer leur femme, ce qui est complètement décalé dans la société de son temps. Paul voit dans le mariage rien de moins que la figure de la relation entre le Christ et l’Église. Et, dans son ministère, Paul se choisit comme appuis un certain nombre de femmes, et pas des moindres. Phébée (cf. Rm 16), qui porte la lettre aux Romains et doit donc la lire aux destinataires et l’expliquer, et ce n’est pas n'importe quel texte. Lydie (cf. Ac 16) est une femme d’affaires, une femme d’envergure qui ouvre sa maison à Paul. À Prisca (cf. Ac 18), Paul confie la formation d’Apollos. Sans compter toutes les autres.

Qu'est-ce qui, plus personnellement, vous attache à Paul ?
Je suis arrivée jusqu’à lui en étudiant ses textes, en saisissant à quel point ils sont indispensables à la foi chrétienne parce qu’ils m’apprennent à connaître le Christ, à prier. Les évangiles aussi, bien sûr, mais Paul nous ouvre le dessein de Dieu, il a une grandiose approche de la Révélation, il nous ouvre au mystère de l’Église et nous la fait aimer comme "corps du Christ" (cf. 1Co 12). Paul est un homme à la foi indéfectible, un homme libre qui nous aide à l’être. 

La lecture de ses épîtres peut être intimidante, par où commencer ?
Première chose à faire : prendre une Bible avec des notes (Bible de Jérusalem, TOB, Bible Osty…) parce que Paul n’est pas si évident. Et lire les lettres comme si elles m’étaient adressées, en s’arrêtant sur ce qui est lumineux dans ce qui me parle. Pour celui qui n’est pas familier, mieux vaut commencer par une petite, après avoir lu l’introduction proposée dans la Bible. Cela peut être la première aux Thessaloniciens qui est courte et dans laquelle Paul montre beaucoup de compassion, ou la première aux Corinthiens parce qu’on y retrouve nos propres questions. Il y a tout de même des passages difficiles…

Quelle est votre épître préférée ?
Je crois que c’est la lettre aux Éphésiens, celle que je travaille depuis le plus longtemps. Elle est plus tardive, on y perçoit la pensée de Paul dans toute sa maturité, dans toute son extension. Centrés sur le Christ, on y découvre comment la Révélation nous libère, on y est mis de manière extraordinaire, dans la bénédiction, devant le dessein de Dieu. Et c’est la lettre du rapport du Christ et de l’Église son corps – pas l’institution hiérarchique – qui ne vont pas l’un sans l’autre. Quand l’Église est malmenée comme aujourd’hui, c’est essentiel de comprendre cette relation.

Pratique

Tour de saint Paul en quatre-vingts étapes, Chantal Reynier, Cerf, mai 2026, 19,90 euros.