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[HOMÉLIE] Aimer le Christ en premier aide à mieux aimer les siens

5 min de lecture
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Crédit : Corinne SIMON/CIRIC

Prêtre du diocèse de Bordeaux, le père Clément Barré commente l’Évangile du 13e dimanche du temps ordinaire. Le Christ ne nous demande pas de rejeter nos amours humains mais il vient les racheter de leur blessure idolâtrique.

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« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37). On sait que ce n’est pas l’habitude de Jésus de nous prendre avec des pincettes, mais il pourrait quand même faire un effort ! Si c’est ainsi que Jésus parle à ses disciples, il ne devrait pas s’étonner d’en avoir aussi peu… Mais puisque nous essayons de compter au nombre de ses disciples, alors il nous faut entendre ce grave avertissement de Jésus. Nous devons le préférer à tout autre chose, y compris nos attachements les plus naturels et les plus légitimes. 

Le risque de l’idolâtrie

Si Jésus parle ainsi, ce n’est pas pour détruire ces amours ou pour les mépriser. Il n’entend pas nous arracher à ceux que nous aimons. Mais il nous met en garde parce qu’il sait que même les amours les plus beaux peuvent être blessés. Il sait qu’un amour humain, lorsqu’il prend la place de Dieu, ne devient pas plus grand : il devient plus lourd. Il devient inquiet, possessif, parfois étouffant. Il devient une idole.

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L’idolâtrie ne consiste pas seulement à adorer une chose mauvaise. Une idole, c’est parfois une chose bonne que l’on aime à la place de Dieu. Un enfant peut devenir une idole quand on lui demande d’être le sens total d’une existence. Un conjoint peut devenir une idole quand on attend de lui qu’il donne la paix, le salut, la sécurité ultime. Une famille peut devenir une idole quand elle se referme sur elle-même, quand elle devient l’horizon absolu, quand elle empêche d’entendre l’appel du Seigneur.

Apprendre à aimer justement

Voilà pourquoi la parole de Jésus est si exigeante. Le Christ ne demande pas simplement une petite place dans nos vies, entre d’autres attachements, d’autres fidélités, d’autres appartenances. Il demande la première place. Non pas comme un rival jaloux de nos affections humaines, mais comme le Dieu vivant qui seul peut sauver notre manière d’aimer.

Être disciple, ce n’est donc pas aimer moins. C’est apprendre à aimer correctement. C’est aimer Dieu comme Dieu, son père comme un père, sa mère comme une mère, son conjoint comme un conjoint, son enfant comme un enfant. C’est refuser de confondre les places. C’est refuser de faire porter à ceux que nous aimons le poids impossible de notre salut.

La bonne manière de mettre Dieu en premier

Et cela vaut particulièrement pour le mariage. Le Christ n’invente pas l’amour de l’homme et de la femme : cet amour appartient déjà à la création. Mais cet amour, comme toute réalité humaine, est blessé. Il peut devenir possession, peur de perdre, domination, enfermement à deux. Alors le Christ vient le racheter. Dans le sacrement de mariage, il ne remplace pas l’amour des époux ; il le purifie, il l’ordonne, il l’ouvre à plus grand que lui. Il apprend aux époux à ne pas faire l’un de l’autre leur dieu, mais à s’aimer comme deux disciples, deux pauvres, deux pécheurs sauvés, appelés ensemble à la sainteté. C’est pour cela que mettre le Christ en premier ne dispense jamais d’aimer les siens. Au contraire, cela oblige à les aimer mieux. Il y a une fausse manière de mettre Dieu en premier : celle qui méprise, qui juge, qui fuit les responsabilités humaines au nom d’une prétendue vie spirituelle. Mais il y a la vraie manière chrétienne : celle qui rend plus patient, plus libre, plus fidèle, plus capable de servir sans posséder.

Je suis toujours ému du témoignage des couples où la foi n’est pas partagée. L’un vient à la messe, l’autre pas. Parfois même, le conjoint qui ne croit pas conduit l’autre jusqu’à l’église, puis reste dehors. Même si cela peut être source de tension dans le couple, il est touchant de voir ce conjoint qui ne partage pas la foi mais qui aime suffisamment l’autre pour lui laisser la place d’aimer Dieu. Et peut-être que cette place laissée au Christ est déjà une grâce qui travaille silencieusement.

Aimer comme des disciples

Jésus ne nous demande pas de rejeter nos amours humains mais il vient les racheter de leur blessure idolâtrique. Le disciple de Jésus n’a pas un cœur plus petit mais un cœur plus ordonné. Il n’est pas celui qui aime moins que les autres ; il est celui qui laisse le Christ lui apprendre à aimer dans la vérité. Alors nos parents, nos conjoints, nos enfants ne sont pas diminués parce que Dieu est premier. Au contraire, ils sont enfin aimés à leur juste place : non comme des dieux à satisfaire, non comme des idoles à posséder, mais comme des personnes à recevoir, à servir, à accompagner vers la vie.

Le Christ ne nous arrache pas à ceux que nous aimons. Il nous sauve de la tentation de les aimer comme des absolus. Et lorsqu’il reprend la première place, il ne détruit rien de ce qui est beau. Il purifie, il ordonne, il rend fécond. Il nous apprend à aimer comme des disciples.

Lectures du 13e dimanche du temps ordinaire