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Couple : partir en vacances sans son conjoint, la nouvelle tendance ?

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Mathilde de Robien - publié le 27/06/26
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De plus en plus de couples choisissent de partir en vacances sans leur conjoint. Une tendance révélatrice d'une société qui valorise l’épanouissement personnel, et qui invite à observer quelques points de vigilance.

"­J’avais cinq jours de vacances, alors que ma femme n’en avait pas. Alors je suis parti avec des amis pour faire du ski." "Mon mari est plutôt rando en montagne et moi farniente au bord de la mer, donc chaque année, on part une semaine avec notre groupe de potes respectif, lui dans les Alpes et moi dans le sud de la France." Primat des loisirs ? Recul de l’âge où les couples accueillent leur premier enfant ? Désir d’indépendance ou d’accomplissement personnel, tous deux très prégnants dans la société actuelle ? Quelles qu’en soient les causes, une tendance apparaît depuis quelques années chez les couples occidentaux, mariés ou non : celle de partir de temps en temps en vacances sans son conjoint, mais avec un groupe d’amis ou en solo.

Un article du New York Times datant du mois de mai et intitulé "I Love You, but I Don’t Want to Vacation With You" ("Je t'aime, mais je ne veux pas partir en vacances avec toi") en est la parfaite illustration. Le magazine américain vante notamment le fait de prendre du temps pour soi, d’être en phase avec soi-même, de satisfaire ses besoins individuels, et même de raviver, lors des retrouvailles, la flamme dans le couple… Il ne s’agit pas de partir chacun de son côté parce que la relation va mal, mais de partir chacun de son côté même si le couple va bien. Une nouvelle habitude qui divise fortement. "Moi, ça ne me viendrait même pas à l’esprit !", s’exclame Camille, 35 ans, consultante, mariée depuis trois ans, sans enfant. "Je ne dis pas ça parce que j’ai une vision plutôt traditionnelle du mariage, c’est juste que je n’ai aucune envie de partir en vacances sans Jérôme ! Les vacances, ce sont justement un moment où on est cool, pas stressé, où on découvre des choses ensemble, où on se découvre encore mutuellement !"

Une habitude qui divise

Yasmine, la quarantaine, mère de deux enfants, infirmière, est en rémission d'un cancer depuis plusieurs années. Chaque année, elle part une semaine en vacances avec les femmes qu'elle a rencontrées lors d'un séjour organisé par l'association A chacun son Everest qui allie randonnées et soins pour accompagner les femmes atteintes de cancer du sein sur le chemin vers la guérison. "J'ai gardé contact avec trois femmes, nous avons traversé la même épreuve, les mêmes peurs, le lien qui nous unit est très fort", confie Yasmine. "Durant cette semaine de vacances, nous sommes toutes hyper attentives les unes envers les autres, bienveillantes, on se laisse chouchouter, ce qui arrive rarement dans la vie quotidienne : quand je pars en vacances en famille, c'est moi qui gère la logistique, les courses, les repas etc... Là, c'est une semaine où je me repose vraiment, sans charge mentale."

Quant à Christelle, Parisienne, 37 ans, consultante en gestion de projet, sans enfant, elle trouve aussi un réel plaisir à partir sans son conjoint. Elle aime voyager, tandis que son conjoint est féru d’astrophotographie. "J’ai suivi une fois un stage avec lui mais cela ne m’a pas passionnée ! Donc cette année, je suis partie de mon côté une semaine à Dublin avec un organisme pour parfaire mon anglais, et une semaine en voyage à l’étranger avec une amie", précise Christelle. "Je pense que même en couple, c’est important de continuer à faire ce qui nous plaît, ce qui implique de ne pas forcément tout faire ensemble, tout en trouvant un équilibre et en se ménageant des moments en couple aussi."

Vous ne devriez pas pouvoir vous passer l’un de l’autre une seule nuit, sauf obligation majeure ou raison professionnelle.

Une réflexion que ne partageait pas le père François Potez, rappelé à Dieu le 20 mai dernier, prêtre très investi dans la préparation au mariage et qui ne mâchait pas ses mots. "Depuis quelque temps, je constate que de nombreux jeunes couples ne partent pas toujours en vacances ensemble", écrit-il dans son dernier livre destiné aux fiancés Puisque vous avez décidé de vous aimer. "Je le dis comme je le pense, c’est inconcevable ! Ou alors, vraiment, de façon tout à fait exceptionnelle. Vous ne devriez pas pouvoir vous passer l’un de l’autre une seule nuit, sauf obligation majeure ou raison professionnelle", estime-t-il.

Prendre l'air ou prendre ses distances ?

Une pratique qui invite tout d’abord à s’interroger sur l’état de son couple. Que signifie l’envie de partir de son côté ? Est-ce une forme de fuite de la relation ? Ou bien le simple désir de faire ce qu’on aime ? En d’autres termes, est-ce "juste" pour prendre l'air ou pour prendre ses distances ? Si c’est une fuite, partir une semaine chacun de son côté ne guérira pas les blessures du couple, loin de là. Cela risque de fragiliser encore le lien. Un couple qui va mal aura au contraire besoin de temps à deux pour exprimer les attentes, les frustrations, les besoins non satisfaits qui distendent et abîment la relation, et éventuellement de se faire accompagner.

La première année de mariage, la priorité, c’est de renforcer le lien conjugal.

Adélaïde et Michel Sion, qui accompagnent depuis six ans des fiancés vers le mariage à travers la formation "Bâtir sa maison sur le roc", soulignent quant à eux quelques points de vigilance, notamment au début du mariage. "La première année de mariage, la priorité, c’est de renforcer le lien conjugal, et le lien conjugal, on le crée en vivant ensemble, en faisant des choses ensemble", assurent-ils. "La priorité, c’est de construire cette nouvelle entité qu’est le couple, c’est de bâtir quelque chose, si possible sur le roc."

Le désir de réalisation de soi en dehors du couple renvoie finalement une image assez négative et restrictive du mariage. "On se réalise aussi en couple !", assurent Adélaïde et Michel Sion. Cela révèle aussi parfois une certaine incompréhension de ce qu’est le mariage : certains couples aujourd’hui considèrent parfois le mariage comme un "projet parmi d’autres", regrettent les accompagnateurs. "Ils mettent sur un pied d’égalité le mariage et un voyage à tel endroit, un peu comme des cases à cocher." C'est oublier que le mariage engage toute l'existence et appelle les époux à construire leur vie comme un projet commun.

Se méfier de l’éloignement

Dernier point de vigilance quand on part en vacances sans son conjoint : l’éloignement géographique. "Méfiez-vous du célibat géographique et de l’éloignement en général", alerte encore le père François Potez dans son livre. "On ne devrait l’accepter que si c’est strictement impossible de faire autrement. Et encore! J’en ai vu des couples fragilisés, voire détruits, à cause de séparations trop longues. On se croyait plus forts que l’on n’était réellement, et à l’abri de ce genre de difficultés."

Reste donc à prendre exemple sur Frédéric et Amélie Ozanam, éloignés l’un de l’autre plusieurs semaines au cours de l’été 1842 en raison de la santé d’Amélie et des activités professionnelles de Frédéric. Ils ont réussi, malgré la distance, à créer entre eux un autre lien, témoignant d’un amour conjugal tellement puissant qu’il fait dire à Frédéric, dans une lettre datée du 26 septembre 1842 : "L’absence peut nous séparer, mais non pas nous désunir".

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