Reinettes du Canada, Boskoop, Starking, Pinova, Goldrush… Le verger des sœurs du monastère Notre-Dame du Sacré-Cœur de Chambarand, dans le diocèse de Grenoble, regorge de mille variétés de pommes. Un fruit que les Bernardines s’emploient chaque jour à transformer en chips croustillantes depuis 2025. Derrière cette recette au succès immédiat, le pari farfelu de dix-huit religieuses.
Cinquante pommiers et une bonne idée
Tout commence en 2020 lorsqu’une communauté de treize Bernardines s’installe au cœur de l’Isère, dans l'abbaye de Chambarand pour prendre le relais des sœurs trappistines présentes depuis un siècle. Les religieuses cherchent un moyen de diversifier leur activité. "Quand nous sommes arrivées, nous avions un laboratoire de cosmétique. Avec le Covid, c’était dangereux de garder tous nos œufs dans le même panier. On cherchait un autre gagne-pain", confie sœur Marie-Humbeline, cellérière de la communauté. L’héritage de cinquante pommiers légués par les Trappistines prend alors tout son sens : les religieuses décident de travailler ce fruit à travers différents produits. D’abord la bière de pomme, en 2021. Problème, elle ne consomme pas assez de fruits. Face aux quantités exubérantes ramassées tous les ans, les sœurs se creusent les méninges. "On a pris notre temps, on ne prenait pas ça très au sérieux. Les pommes séchées ne nous satisfaisaient pas gustativement. Après plusieurs essais, on a fini par trouver LA bonne idée : des chips de pommes", sourit sœur Marie-Humbeline. Et le succès est tout de suite au rendez-vous. "En faisant goûter, on nous a dit que c’était génial".

Le monde palpitant de la chips
Les Bernardines se lancent alors dans l’aventure marketing de leur tout nouveau produit : test produit, packaging, communication… Les sœurs, main dans la main avec des laïcs, s'immergent dans l’univers de la chips. "On a fait beaucoup d’essais. Au début, elles étaient trop sucrées et perdaient leur croustillant en trois mois. On a compris la nécessité de mettre de l’azote dans nos paquets. Il y a beaucoup d’aspects techniques que nous avons appris à maîtriser." Avec le soutien du service "Aide au Travail des Cloîtres", le monastère peut acheter une machine pour emballer les pommes. "C’était un super coup de pouce pour nous".

"Un tout petit peu de sucre"
Aujourd’hui, les sœurs produisent leurs chips de A à Z. "Au mois de septembre, on récolte les pommes toutes ensemble, jusqu’à 2 tonnes par an, même si cela dépend des années. On ne fait aucun traitement - notre verger est bio sans label - il y a donc des années maigres et des années grasses. On produit ensuite notre jus de pomme, la bière… et nos chips ! Toutes les sœurs mettent la main à la pâte". Une recette naturelle - des pommes et "un tout petit peu de sucre" - qui séduit autant pour l’apéro que pour le goûter. "Notre chips a vraiment le goût de pomme qui n’est pas dénaturé. Le sucre donne tout le croustillant caractéristique du produit". L’atelier est artisanal, les chips préparées et mis en sachet à la main par une sœur. Les quantités sont donc modestes en cette période de rodage : 3.000 sachets vendus depuis le lancement fin 2025. Autre élément propre à leur production : un grand nombre de variétés de pommes se retrouve dans les sachets. Reinettes du Canada, Boskoop, Goldrush… un melting pot coloré qui donne toute sa saveur au produit phare de l’abbaye, vendu 5,40€ au magasin du monastère ou sur le site de l'Artisanat Monastique.
Une activité qui se prête parfaitement à la vie des sœurs, guidée par la règle de Saint-Benoît. "La production des chips se découpe en plusieurs étapes. On peut la caler entre les différents offices qui rythment notre quotidien". Un projet dont le cœur demeure le travail collectif des sœurs. Et parce qu’elles apprécient, elles aussi, leurs chips, les Bernardines utilisent souvent le reliquat de la production pour garnir leurs yaourts et fromages blancs. Tout l’art bénédictin est là : ne pas en perdre une miette !
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L’Artisanat Monastique
L’Artisanat Monastique accompagne les abbayes et monastères dans la commercialisation de leurs produits, réalisés selon la tradition du « ora et labora ». En soutenant leur diffusion en boutiques et en ligne, il contribue concrètement à la vie et à l’équilibre économique des communautés.
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