En partenariat avec la revue "Magnificat", le père Gilles Drouin présente la quatrième catéchèse du pape Léon XIV sur la constitution du concile Vatican II sur la sainte liturgie. Ce 24 juin, le Pape a approfondit notre compréhension de la liturgie eucharistique, dans toutes ses dimensions, à la lumière de saint Augustin.
Après avoir abordé le prologue et le chapitre 1 de la constitution Sacrosanctum Concilium, qui posaient les bases d'une théologie et d'une spiritualité de la liturgie, Léon XIV s'est arrêté ce 24 juin sur le chapitre 2 consacré au mystère de l'Eucharistie. Le Pape se met à l'école de son maître, saint Augustin, qu'il cite en commençant sa catéchèse. Quand Augustin présentait le mystère de l'Eucharistie à ses nouveaux baptisés, il était dans la même situation que nous aujourd'hui, qui avons cette grâce d'accueillir de nombreux baptisés, confirmés, "eucharistiés" dans la nuit de Pâques.
Une dimension sacramentelle et ecclésiale
Augustin citait saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 12 : "Vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres." Une citation qui inspire un chant bien connu : "Devenons ce que nous recevons, devenons le corps du Christ."
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L'assemblée offre le sacrifice eucharistique non seulement par les mains du prêtre, mais également en union avec lui.
Augustin leur disait : "Quand vous dites Amen en recevant le corps du Christ — comme nous aujourd'hui —, cela veut dire que c'est du solide : je crois, c'est quelque chose sur lequel je peux m'engager, complètement engager toute ma vie." Dire Amen, c’est dire non seulement : "Je crois que je reçois le corps du Christ", mais aussi : "Je crois que je suis reçu dans le grand corps dont le Christ est la tête et dont nous sommes les membres." Ainsi, le Pape, à la suite d'Augustin, ne sépare pas la dimension sacramentelle de l'Eucharistie — ce qu'on appelle le Saint-Sacrement aujourd'hui — de sa dimension ecclésiale.
La réalité et le sens du sacrifice
Dans un deuxième temps, le Pape revient sur la dimension sacrificielle de l'Eucharistie, et il cite le numéro 48 de Sacrosanctum Concilium qui précise que l'assemblée offre le sacrifice eucharistique non seulement par les mains du prêtre, mais également en union avec lui. Ce faisant la Constitution donnait une réponse à un vieux débat théologique où se posait la question : Qui offre le sacrifice de l'Eucharistie ? Est-ce le prêtre seul ? Est-ce le prêtre avec l'assemblée ? Est-ce l'assemblée par les mains du prêtre ?
Léon XIV ne s'arrête pas sur ces questions techniques, mais revient sur la dimension essentielle du caractère sacrificiel de l'Eucharistie. L'Eucharistie est le mémorial qui actualise, rend présent le sacrifice du calvaire. Ce faisant, en communiant à l'Eucharistie, dimanche après dimanche, nous entrons dans le style de vie qui est celui du Christ, marqué du sceau du don de soi. Et le don, évidemment, culmine dans le don suprême qu'il fait de sa vie par amour pour nous sur la croix. Cette dimension sacrificielle est importante dans la tradition. Le Pape nous en donne une interprétation très concrète pour notre vie quotidienne : le sacrifice, ce n'est pas "plus ça fait mal, mieux c'est" — ce serait un mauvais jansénisme —, mais c'est accepter que notre vie soit marquée à la suite du Christ par le style du don de soi au quotidien.
Le trésor de la Parole de Dieu
Dans un troisième temps, le Pape aborde les deux parties de la liturgie eucharistique : la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique proprement dite, reprenant en cela l’enseignement du concile qui précise qu'elles sont si étroitement unies entre elles qu'elles ne forment qu'"un seul acte de culte". Cette unité nous enseigne que la liturgie de la parole n'est pas une sorte de "hors d'œuvre" précédant le banquet eucharistique : citant son prédécesseur Benoît XVI, et particulièrement sa belle exhortation apostolique Verbum Domini, le Pape précise que ces deux parties s'éclairent et s'enrichissent mutuellement.
Léon XIV revient également sur une demande du concile Vatican II, qui a été mise en œuvre dans la réforme liturgique, d'ouvrir plus largement le trésor de la Sainte Écriture, c'est-à-dire de donner aux fidèles, lors des célébrations de l'Eucharistie, un "échantillon" plus large de la parole, des trésors bibliques.
Le mystère dans toutes ses dimensions
Enfin, dans une quatrième partie, le Pape, se met à l'école du long fleuve de la Tradition, en citant les numéros 47 et 48 de Sacrosanctum Concilium, deux numéros fondamentaux pour aborder et comprendre le mystère eucharistique. Trop souvent, on a tendance à réduire l'Eucharistie à l'une de ses dimensions. Ce peut être la dimension ô combien importante de la présence réelle. Or la présence réelle n'épuise pas la compréhension du mystère eucharistique. Ce peut être la dimension sacrificielle, que le Pape interprète de manière existentielle. Ce peut être également la dimension ecclésiale que Léon XIV a rappelée en la mettant en lien, à la suite d'Augustin, avec sa dimension sacramentelle.
Quand nous célébrons l'Eucharistie, nous sommes déjà au Ciel.
Ce peut être la dimension de mémorial, qui n'est pas le souvenir d'un événement passé mais, dans la tradition biblique, ce qui nous rend présent au don de soi que le Christ fait de lui-même. Le mémorial eucharistique rend présent le mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ et nous rend présent nous-mêmes à ce mystère. Ainsi, l'Eucharistie transcende-t-elle le temps. Nous sommes en quelque sorte au pied de la croix quand nous célébrons l'Eucharistie. Ceci est lié également à la dimension eschatologique, un terme un peu technique qui signifie que l'Eucharistie nous rend présents au temps définitif, aux réalités définitives. Quand nous célébrons l'Eucharistie, nous sommes déjà au Ciel.
Le long fleuve de la tradition
L'Eucharistie transcende le temps. En célébrant l'Eucharistie — c'est ce que nous disons dans l'anamnèse —, nous la célébrons aujourd'hui et maintenant dans le monde. Cela n'est pas une fuite du monde, mais cela signifie que nous sommes contemporains du mystère sauveur de la mort et de la résurrection du Christ, et contemporains de son accomplissement final dans l'éternité.
Le long fleuve de la tradition nous offre donc différents points de vue sur ce mystère de l’Eucharistie que nous ne pouvons enfermer dans une seule de ces catégories, dans une seule de ces spiritualités, tant il est riche pour notre vie chrétienne et spirituelle.
Pratique :







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