La dette publique de la France a franchi un nouveau record historique, dépassant 3.500 milliards d’euros au premier trimestre 2026, soit 117,5 % du PIB, selon l’Insee. Un cap symbolique qui intervient alors que le gouvernement s’efforce de rassurer sur la trajectoire budgétaire.
Du jamais vu. La dette colossale de la France a dépassé la barre des 3.500 milliards d'euros au premier trimestre 2026, en plein débat sur le budget 2027 et la maîtrise des finances publiques. La dette publique s'établit à 3.536,1 milliards d'euros, soit 117,5% du produit intérieur brut (PIB), a annoncé le 25 juin 2026 l'Institut national de la statistique (Insee).
Cela représente une augmentation de 75,6 milliards d'euros par rapport à fin 2025, où elle était de 3.460,5 milliards d'euros, soit 115,7% du PIB. Elle avait alors baissé sur un trimestre mais continué à grimper par rapport à fin 2024, où elle était de 3.306,1 milliards et pesait 112,6% du PIB.
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La situation de la dette française est "assez délicate", estime Mathieu Plane, économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), "parce qu'on n'est pas du tout dans une zone de stabilité ou de décrue". "Depuis 2007, en points de PIB, la dette a quasiment doublé", car elle ne pesait alors que 65,5% du PIB, ajoute-t-il. "On a depuis 20 ans des chocs macroéconomiques qui font que les dettes publiques ont beaucoup augmenté", mais "depuis quelques années la France décroche de la moyenne européenne". Entre 2019 et 2025, la France a connu "la plus forte progression, après celle de la Finlande", de sa dette en points de PIB, relève le spécialiste des finances publiques François Ecalle. "Ce qui l'explique, c'est le niveau du déficit", et "la plupart des gouvernements en sont responsables depuis 50 ans", estime-t-il.
Premier poste de l'État
Deuxième économie de la zone euro derrière l'Allemagne, la France en est l'un des cancers budgétaires. Elle affiche le deuxième déficit le plus élevé, à 5,1% du PIB en 2025, derrière la Belgique (5,2%). Un niveau trop important pour lui permettre de stabiliser sa dette, la troisième plus élevée (par rapport au PIB) après celles de la Grèce et de l'Italie. Dans le budget, le poste consacré au remboursement de la dette est devenu le premier de l'État, devant celui de l'Éducation (hors pensions), rappelait récemment le ministre français de l'Économie Roland Lescure lors d'un colloque à la Cour des comptes, évoquant un "coût de la dette record".
Le service de la dette de l'État devrait ainsi atteindre 64 milliards d'euros en 2026, et "pourrait augmenter jusqu'à 100 milliards dans les années qui viennent", avait-il ajouté. "Notre charge d'intérêts de la dette va mécaniquement augmenter" car "le renouvellement de la dette va nous coûter plus cher qu'avant", souligne Mathieu Plane. "C'est très important d'être crédible pour garantir un financement bon marché" des investisseurs. Le gouvernement français veut afficher une trajectoire vertueuse : il s'est fixé comme objectif un déficit à 5% en 2026, avec une dette à 118,4% du PIB, avant de ramener son déficit sous 3% en 2029, avec une dette stabilisée à 118% du PIB.
Comité d'alerte
Mais la tâche s'annonce ardue. Selon une étude réalisée par quatre économistes de l'Institut des politiques macroéconomiques et internationales (i-MIP), il existerait un peu plus d'une chance sur deux (55%) de noter la cible des 118% du PIB en 2029.
Le redressement des finances publiques est d'autant plus complexe que le gouvernement, en quête d'un budget pour 2027 - dont il doit présenter les grandes lignes mi-juillet -, a promis d'éviter les hausses d'impôts. Pour faire le point sur la situation, il réunira prochainement un Comité d'alerte des finances publiques. Ce Comité devrait être l'occasion d'annoncer de nouvelles réductions budgétaires pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient, après déjà 6 milliards d'euros d'économies présentés en avril.
Dans un contexte économique difficile, le gouvernement devrait également abaisser ses prévisions de croissance pour 2026, actuellement de 0,9%. La Banque de France a revu à la baisse les siennes à 0,5% du PIB (contre 0,9% avant). L'Insee, elle, table sur 0,7%. Face à une équation budgétaire complexe, le ministre des Comptes publics David Amiel a également missionné quatre économistes pour réfléchir aux scénarios de redressement des finances publiques dès 2027. Ils devraient rendre leurs conclusions début juillet.












