Plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées aux Invalides, à Paris, mardi 23 juin au soir, à l’appel de l’association “Les Éligibles et leurs aidants”, pour manifester contre la loi sur l’aide à mourir. Alors que le texte est en cours d’examen à l’Assemblée nationale, cette association qui réunit des personnes malades ou handicapées, aidants et soignants, appelle à rester mobilisés.
Ils étaient plus d’une centaine à braver la température caniculaire, mardi 24 juin, aux Invalides, pour manifester leur opposition à la loi sur la fin de vie débattue à l’Assemblée nationale depuis lundi. Alors que le texte pourrait être définitivement adopté courant juillet par le Parlement, l’association Les Éligibles, qui rassemble des personnes handicapées ou malades et leurs aidants, a appelé à un sursaut. "On est dans un esprit de résistance, de solidarité et de fraternité qui caractérise notre pays", a témoigné Magali Jeanteur, cofondatrice des Éligibles et aidante pour son mari, atteint du syndrome d’enfermement. "Cette loi va franchir une ligne rouge. L’inquiétude des personnes concernées par les critères d’éligibilité de l’aide à mourir est légitime."

En cas d’adoption, le texte permettrait aux patients de recourir au suicide assisté s’ils remplissent les conditions suivantes : être majeur ; être français ou résident étrangère en situation régulière et stable sur le territoire ; être atteint "d'une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital" ; "en phase avancée ou en phase terminale" ; souffrir de manière réfractaire aux traitements — physiquement ou psychologiquement (mais la souffrance psychologique seule ne peut constituer le seul motif) ; enfin, être en capacité d'exprimer sa volonté de façon libre et éclairée.
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"Ce texte me préoccupe particulièrement", assure Matthieu Bonvoisin, 37 ans, atteint d’une amyotrophie spinale. "J’ai la chance d’avoir une famille qui m’aide, un travail, mais je connais beaucoup de personnes qui ne l’ont pas, c’est pour elles que je manifeste aujourd’hui." Le trentenaire confie aussi son inquiétude face à l’adoption du texte. "Si un jour mon état de santé se dégrade, je ne veux pas que la mort devienne une alternative aux soins et aux aides nécessaires à mon quotidien. Je ne veux pas avoir à me poser cette question."
"La mort administrée, je ne comprends pas"
Dans l’assemblée, les slogans contre "l’aide active à mourir" côtoient les témoignages des personnes dont l’état de santé n’a pas permis de se rendre à la manifestation. "Il y a plus de 60 panneaux avec les portraits des éligibles qui ne pouvaient pas venir", précise Magali Jeanteur, qui tient dans les mains celui de son mari. Elle pointe aussi l’absence de considération dans la loi pour les aidants. "Ils comprennent les patients qu’ils accompagnent, et pourtant ils ne sont pas écoutés. Il n’y a pas de contrôle, pas de collégialité dans la décision, le médecin est seul et les aidants arrivent après la bataille." "On demande que la loi nous protège", insiste-t-elle.

Comme Magali Jeanteur, Kha Dubuit est l’aidant de son épouse, Catherine. Tous les deux tenaient à être présents. "La mort administrée, je ne comprends pas, s’insurge-t-il. Si ce palier est franchi, cela va rappeler d’autres dérives qui ont eu lieu dans l’histoire européenne." "Je tenais à être présente physiquement, j’ai 52 ans et je rentre dans les critères", témoigne Catherine Dubuit, également atteinte d'amyotrophie spinale. "C’est difficile à affronter, je ne voudrais pas me retrouver devant un médecin qui me proposerait de mourir." Elle note au passage "la différence qui sera faite pour les personnes en situation de handicap" à qui on proposera l’aide à mourir, contrairement aux valides suicidaires. "Cette loi, c’est comme une pelote. Chaque fil qu’on tire entraînera son lot de conséquences, c’est vertigineux. Si demain on me fait une trachéotomie, je ne sais pas dans quel état je serai et si l’on me proposera alors l’aide à mourir. Cela me fait peur."
Ce texte n’est pas une loi de compassion, mais de capitulation, c’est un aveu d’échec collectif.
Sur scène, les témoignages de médecins, aidants, élus et éligibles alternent avec des séquences filmées du film de Liz Carr, actrice et militante anglaise contre l’euthanasie. Enfin, Louis Bouffard, juriste et cofondateur de l’association, conclut la soirée par une prise de parole poignante. "Je comprends le doute, la peur de la dépendance et de la déchéance, la peur de souffrir. Cette peur m’habite certains soirs, confie le jeune homme. C’est parce que je comprends le doute que je demande à ce qu’on l’écoute jusqu’au bout. Ce texte n’est pas une loi de compassion, mais de capitulation, c’est un aveu d’échec collectif."
Plus tard, alors que la foule se disperse sous les derniers rayons de soleil, certains manifestants prolongent les discussions. Certains se désolent devant une probable adoption du texte, quand d’autres se refusent à y croire. "Plus il y aura de mobilisation contre cette loi, plus il y aura de chance de la repousser", affirme Magali Jeanteur avec conviction. Quelle que soit l’issue, "Les Éligibles et leurs Aidants" entendent poursuivre le combat. "Nous voulons aussi mobiliser en province, et nous prévoyons de projeter partout dans le pays notre documentaire, qui sortira en septembre."




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