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Le génie propre de Léon XIV serait-il dans son charisme de gouvernance ?

Pope Leo XIV arrives in the Gando Air base in Telde, on the Canary island of Gran Canaria, on June 11, 2026

Le pape Léon XIV arrive à la base aérienne de Gando à Telde, sur l'île de Grande Canarie.

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Alex et Maud Lauriot Prévost - publié le 24/06/26
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Au lendemain de la publication de l’encyclique "Magnifica Humanitas", premier acte majeur de son pontificat, un an après son élection au siège de Pierre, Léon XIV apparaît comme un homme de gouvernement patient, méthodique et déterminé. Ses voyages en Afrique et en Espagne ont révélé un pasteur capable de parler avec clarté aux foules et aux dirigeants, sans complexe. Observateurs avisés de la vie de l’Église, Alex et Maud Lauriot Prévost voient dans le pape américain un charisme de gouvernance "inédit".

Au travers des écrits relatifs à la vie et aux écrits du père Robert Francis Prévost et des diverses interventions de Léon XIV depuis un an, la pensée du nouveau pape apparaît assez classique au plan théologique et moral (s’approchant davantage de celle de Benoît XVI) et plutôt dans une certaine continuité de François au plan pastoral (écologie, migrant, pauvreté, paix...). Le pape américain apporte cependant sa contribution singulière, comme l’illustre sa première encyclique, largement consacrée à l’Intelligence artificielle : au regard des premiers commentaires, Magnifica Humanitas s’inscrit d’ores et déjà dans la lignée des très grands textes pontificaux depuis un siècle sur la modernité et les questions sociales ou politiques universelles. 

Une qualité de gouvernance inédite

Toutefois, si le "génie" pétrinien existe, celui de Léon XIV semble surtout se dessiner au travers de sa manière d’exercer la gouvernance. Dans Léon XIV, pape missionnaire d’une Église mondialisée, (Artège) la journaliste Elise Ann Allen rapporte de nombreux propos de ses collaborateurs et de personnes qui l’ont rencontré, témoignant que le père Prevost "écoute, dialogue et analyse mais n’hésite pas à décider" : l’homme "n’a pas la main qui tremble", sait "faire le ménage", "n’a pas peur d’agir" tant dans des affaires d’abus, de corruption, de gestion ou de gouvernance défaillante, et ce jusqu’au plus haut niveau (fondateur, évêque, supérieur...), sachant visiblement toujours trouver "l’équilibre entre compassion et fermeté". 

Que ce soit comme religieux, missionnaire, prêtre de paroisse, provincial puis supérieur général des augustins, évêque, vice-président de conférence épiscopale, préfet de congrégation à un poste majeur au Vatican, les témoignages concordent et sont quasi-unanimes : il ressort de cet homme, sinon un certain génie, tout au moins des qualités exceptionnelles aux plans humains, spirituel et pastoral pour exercer une mission aussi complexe et difficile que celle de conduire l’Église catholique. Si ses prédécesseurs ont chacun apporté des contributions majeures et originales à la pensée théologique ou pastorale de l’Église, il est fort probable que l’apport de Léon XIV se caractérisera plus particulièrement par une capacité et une qualité de gouvernance inédite depuis Vatican II.

Un fonctionnement synodal

Pour bien saisir cette réalité, une clé de compréhension réside sans doute dans la personnalité  du père Prévost : certes, il a reçu une formation très complète et solide, il est  visiblement un grand travailleur mais, dans tous ses postes à haute responsabilité, il a toujours su garder un grand équilibre de vie privée : prière, sport, amitiés, vie fraternelle, détente... ; il dit très bien dormir depuis toujours, il reste constamment paisible et avenant, calme et réfléchi, même dans des situations de crises aiguës, que ce soit au plan politique, social ou ecclésial.

Ce qui ressort chez lui est sa capacité à impliquer systématiquement ses différents collaborateurs : il écoute et respecte toutes les parties prenantes d’un débat (voire des parties opposées, en conflit), recherche des chemins d’unité, tout en n’ayant pas peur de prendre des décisions nécessaires, même quand le consensus attendu n’est pas au rendez-vous. Au regard des nombreuses affaires très délicates qu’il a déjà traitées dans ses fonctions précédentes, nous pouvons croire que le pape Léon va s’attaquer résolument aux dossiers sensibles de l’Église : traditionalistes, place des femmes, questions LGBT+, abus divers, synode allemand... : il va sans doute prendre son temps, il sera discret dans les phases de travail mais on perçoit qu’il ira au bout de chaque dossier ; c’est en tout cas ce qui ressort clairement de ses vingt ans de gouvernance et de ceux qui l’ont côtoyé.

Léon XIV reste sur une approche doctrinale plutôt classique sur les questions ministérielles, mais, dans le cadre que définissent le concile Vatican II et le magistère, il va visiblement généraliser et développer dans l’Église un mode synodal de gouvernance et le changement d’état d’esprit qui doit l’accompagner car, selon lui, c’est devenu incontournable aujourd’hui.

Certains s’interrogent ou s’inquiètent également de savoir si Léon XIV va poursuivre la dynamique synodale et la lutte contre les abus dans l’Église. Le témoignage de ceux qui ont travaillé avec lui est très clair, comme le rapporte notamment un de ses très proches collaborateurs du diocèse de Chiclayo, César Piscoya : "Comme évêque, il a impulsé dans le diocèse une dynamique participative, une coresponsabilité pastorale avec les laïcs, une forte implication des femmes, une spiritualité de communion." Le père Robert Prévost pratique la synodalité dans sa gouvernance depuis des années, et reconnaît même ne pas avoir appris grand-chose avec le synode sur la synodalité. À la lecture de ses différents propos, nous pourrions résumer sa pensée ainsi : "Cela fait au moins vingt ans que je mets en place ce type de gouvernance synodale, avec les prêtres bien sûr, beaucoup de laïcs et surtout les femmes, en responsabilité ou associées aux réflexions et aux décisions pastorales."

Certes, comme s’agissant de la morale, Léon XIV reste sur une approche doctrinale plutôt classique sur les questions ministérielles, mais, dans le cadre que définissent le concile Vatican II et le magistère, il va visiblement généraliser et développer dans l’Église un mode synodal de gouvernance et le changement d’état d’esprit qui doit l’accompagner car, selon lui, c’est devenu incontournable aujourd’hui.

Pas de dossiers enterrés

Sur le dossier des abus, là aussi, les témoignages sont nombreux et unanimes : Robert Prevost s’est engagé personnellement avec beaucoup d’énergie, de compétence et de courage dans la gestion d’importantes affaires d’abus comme responsable provincial puis supérieur général des augustins, mais aussi au comme évêque, tant vis-à-vis de certains de ses confrères, de prêtres diocésains que de communautés nouvelles et de fondateurs gravement défaillants. En charge de ces dossiers au sein de l’épiscopat péruvien, il s’est fortement et courageusement impliqué durant des années dans l’affaire Sodalicio, une puissante communauté péruvienne créée en 1971, dissoute par le pape François en 2023 après la révélation dans les années 2015-2020 de nombreux et graves abus, ce qui a ébranlé toute l’Église du Pérou tant cette communauté était puissante et tentaculaire. L’arrivée de Mgr Prévost au dicastère des évêques en 2023 a été retardée de quelques mois pour le laisser boucler ce dossier. Visiblement, Léon XIV ne sera pas un pape qui enterre les dossiers mais qui tient à les traiter jusqu’à leur terme. 

Même si la situation n’est pas parfaite en France sur cette question, il est raisonnable de penser que lors de sa venue à Paris en septembre 2026, le pape encouragera la dynamique de vérité, de réparation et de conversion initiée depuis des années et de manière assez exemplaire par l’Église de France, et qu’il apportera tout son soutien aux associations de défense et d’accompagnement des victimes.

Une détermination très claire

En fait, Léon XIV apparaît, tant dans sa personnalité que par son mode gouvernance, bien davantage de type nord-américain que latino-américain : il n’a certes pas la spontanéité et la chaleur des latinos (ce qui faisait le charme et le charisme si attachants de François), mais il a avant tout le côté pragmatique, énergique et non-idéologique des Américains. Pragmatique n’est pas pour lui synonyme de conviction mouvante, subjective ou aléatoire : sur ce point, Léon XIV est clairement un fils de saint Augustin, bien campé sur la doctrine et les questions existentielles. On perçoit chez lui une détermination très claire : sans précipitation et sans coups médiatiques, tout en consultant largement, il tient à traiter efficacement et avec méthode les dossiers les uns après les autres. Avec Léon XIV, que l’Église soit dans le calme ou la tempête, la barre de la barque de Pierre semble être dans des mains sûres et expérimentées. C’est sans doute ce dont l’Église a le plus besoin aujourd’hui : dans l’amour de Dieu et la vérité de la foi catholique, une conduite de l’Église universelle avec calme et fermeté, avec doigté et méthode, avec bonté et respect de tous.

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