Pour la première fois, un enfant de moins de 12 ans est décédé par euthanasie aux Pays-Bas fin 2025, a révélé le 22 juin la ministre néerlandaise de la Santé Sophie Hermans. Une annonce qui intervient alors que la France débat de la légalisation de l’aide à mourir. Si le texte français exclut explicitement les mineurs, l’exemple néerlandais nourrit les inquiétudes face au risque d’une évolution progressive de la loi.
La ministre néerlandaise de la Santé, Sophie Hermans, a révélé dans une lettre adressée le 22 juin au Parlement, qu’un enfant de moins de 12 ans est pour la première fois décédé par euthanasie aux Pays-Bas en 2025. Il s’agit du premier cas depuis que le gouvernement a élargi, en février 2024, la réglementation autorisant cette pratique pour les mineurs, âgés entre un et douze ans, atteints de maladies incurables et souffrant de douleurs insupportables.
Cette lettre indique que le médecin qui a effectué le geste létal a signalé l’acte à la commission spéciale chargée de contrôler, a posteriori, les euthanasies de mineurs et les interruptions tardives de grossesse. Celle-ci a été saisie l’an dernier. Elle a ensuite examiné le dossier, auditionné le praticien concerné et transmis son avis au parquet qui déterminera si le praticien a respecté la loi. Dans le système néerlandais, ce contrôle s’effectue a posteriori et non sur autorisation préalable. Ni l’âge, ni le sexe, ni la pathologie de l’enfant n’ont été révélées. Aucune information n’a en outre été rendue publique sur sa situation familiale ou l’établissement dans lequel l’acte a eu lieu.
Bienvenue sur le nouveau site d'Aleteia !
Nous sommes heureux de vous accueillir sur un site entièrement repensé, réalisé grâce au soutien de nos généreux donateurs.
Si vous appréciez cette nouvelle expérience de lecture, vous pouvez, vous aussi, nous aider à faire vivre Aleteia.
Extension de la loi
Depuis février 2024, les Pays-Bas autorisent l’euthanasie pour les enfants âgés de 1 à 12 ans atteints d’une maladie incurable en phase terminale, lorsqu’ils endurent une "souffrance désespérée et insupportable" sans aucune perspective d’amélioration. Selon la commission d’évaluation, "le médecin doit associer l’enfant à la décision, dans la mesure de ses capacités, et s’assurer que sa vie n’est pas interrompue contre sa volonté". À l’annonce de la mesure, le gouvernement estimait que seuls cinq à dix enfants par an seraient concernés, notamment dans des cas d’anomalies congénitales sévères, de maladies métaboliques ou d’atteintes graves d’organes vitaux.
Les Pays-Bas ont déjà ouvert la voie en 2002 en dépénalisant l’euthanasie et le suicide assisté. En 2014, la législation a été élargie aux mineurs de plus de douze ans "capables de discernement" ainsi qu’aux nourrissons de moins d’un an, sous réserve du consentement parental. Selon les données publiées en mai 2025 par les Commissions régionales de contrôle de l’euthanasie, 9.958 personnes sont décédées par euthanasie aux Pays-Bas en 2024, soit 10% de plus que l’année précédente. Au total, 5,8% de l’ensemble des 172.049 décès enregistrés dans le pays ont fait suite à des euthanasies.
"Pente glissante"
En France, la proposition de loi instaurant un "droit à l'aide à mourir", examinée pour la troisième fois à l'Assemblée nationale depuis le 22 juin, continue de susciter de vifs débats. Repassé par la case commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, le texte prévoit aujourd'hui la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté pour toute personne remplissant les conditions suivantes : être majeure, être française ou résidente étrangère en situation régulière et stable sur le territoire, être atteinte "d'une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital", "en phase avancée ou en phase terminale", souffrir de manière réfractaire aux traitements, physiquement ou psychologiquement (mais la souffrance psychologique seule ne peut constituer le seul motif), enfin, être en capacité d'exprimer sa volonté de façon libre et éclairée. Si le texte examiné prévoit d’ouvrir la possibilité d’une aide à mourir sous certaines conditions strictes, il exclut explicitement les mineurs.
Les opposants à l’euthanasie rappellent cependant régulièrement le risque de "pente glissante", observé dans d’autres pays : ce qui est pensé comme une exception ou réservé à des cas très particuliers peut, au fil des années, s’étendre à d’autres publics, comme cela a été le cas aux Pays-Bas. L’exemple néerlandais, où l’euthanasie de mineurs a progressivement été élargie jusqu’à concerner désormais des enfants de moins de 12 ans, alimente les inquiétudes et les arguments des défenseurs d’un strict encadrement, voire d’un maintien de l’interdiction.












