La construction du futur aéroport international de Gia Binh au nord du Vietnam bouleverse déjà la vie de dizaines de milliers d'habitants. Prévu sur près de 2.000 hectares, le chantier entraînera le déplacement d'environ 52.000 personnes et la disparition de plusieurs villages, de cinq églises catholiques et de nombreux lieux de mémoire.
Ce sont désormais les bulldozers qui rythment le quotidien de milliers de familles à Bac Ninh. Dans cette province du nord du Vietnam, située à une quarantaine de kilomètres de Hanoï, la construction du futur aéroport international de Gia Binh transforme profondément le paysage et la vie de ses habitants. Présenté comme l'un des plus importants projets d'infrastructure du pays, l'aéroport s'étendra sur près de 2.000 hectares. Toutefois, derrière les promesses de développement économique se dessine une autre réalité, marquée par le déplacement de milliers de foyers, la disparition de plusieurs églises et la dispersion de communautés catholiques enracinées depuis des siècles.
"Ces derniers jours, les gens ont dû quitter leurs maisons, leurs champs, les routes qu'ils connaissaient depuis toujours et même les lieux où reposaient leurs ancêtres."
Selon les autorités vietnamiennes, quelque 7.100 foyers seront affectés par le projet. Ce seront environ 5.800 familles, soit près de 52.000 personnes, qui devront quitter leurs terres afin de laisser place au chantier. "Ces derniers jours, les gens ont dû quitter leurs maisons, leurs champs, les routes qu'ils connaissaient depuis toujours et même les lieux où reposaient leurs ancêtres", a expliqué le catholique Jos Văn Quý sur les réseaux sociaux du diocèse de Bac Ninh.
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Pour cet habitant de la province, les conséquences dépassent largement les seuls sacrifices matériels. "Il y a des pertes qui peuvent être mesurées en argent ou en terres. Mais certaines douleurs ne se mesurent pas", a-t-il souligné. Car pour beaucoup, la blessure la plus profonde est de devoir abandonner la terre familiale, celle où ont vécu leurs parents et leurs grands-parents, et où reposaient leurs ancêtres. Dans le cadre du projet, de nombreuses sépultures familiales ont déjà été déplacées vers de nouveaux cimetières aménagés par les autorités.
Cinq églises catholiques menacées
Les inquiétudes de l'Église catholique locale ont été exprimées le 10 juin lors d'une réunion à la maison épiscopale de Bac Ninh réunissant Mgr Joseph Do Quang Khang, plusieurs prêtres du diocèse et les responsables gouvernementaux en charge du projet. "L'Église soutient toujours le développement du pays et apprécie les projets qui apportent des bénéfices durables à la société", a déclaré l'évêque. Néanmoins, Mgr Joseph Do Quang Khang a nuancé ce soutien, estimant qu'il ne saurait se faire au détriment des populations concernées. À cet effet, il a demandé aux autorités de garantir des logements stables, des possibilités d'emploi, l'accès à l'éducation pour les enfants et des conditions de vie adéquates avant de demander aux habitants de sacrifier leur maison et leurs moyens de subsistance "pour le bien commun". "Les préoccupations des habitants sont aussi celles de l'Église", a insisté l'évêque.
"Les gens perdent non seulement leurs maisons et leurs biens, mais aussi leurs souvenirs, leurs traditions et des communautés de foi construites au fil de nombreuses générations."
Par ailleurs, cinq églises du diocèse de Bac Ninh se trouvent dans la zone appelée à être rasée pour laisser place à l'aéroport. Trois d'entre elles appartiennent à la paroisse de Tu Ne, dont les communautés catholiques sont implantées dans la région depuis près de 400 ans. "Les gens perdent non seulement leurs maisons et leurs biens, mais aussi leurs souvenirs, leurs traditions et des communautés de foi construites au fil de nombreuses générations" a ajouté Mgr Joseph Do Quang Khang. À mesure que les familles sont relogées dans différents secteurs, la participation à la messe, au catéchisme et aux activités paroissiales devient de plus en plus compliquée, selon le prélat.
Relogements inachevés et inquiétudes sociales
Alors que les démolitions se poursuivent, les prêtres qui accompagnent les populations déplacées ont alerté sur les difficultés liées au relogement. Le vicaire général du diocèse, le père Peter Nguyen Công Văn, a expliqué que de nombreuses familles avaient déjà quitté leurs maisons, tandis que les sites de réinstallation définitifs demeurent inachevés. Le prêtre a également rapporté que certains habitants vivent aujourd'hui dans des logements temporaires sans accès stable à l'électricité, à l'eau ou à d'autres services essentiels. "Maintenant, si vos familles étaient là, si vos parents étaient là, si vos épouses et vos enfants étaient là, réfléchissez-y", a-t-il lancé aux responsables. Près de 200 foyers de la paroisse de Tu Ne, dans la province de Bac Ninh, ont déjà été déplacés vers des logements provisoires, notamment d'anciens bâtiments administratifs.
Ainsi, les familles sont confrontées à l'augmentation des loyers, la perte de leurs sources de revenu et la crainte que les indemnisations versées ne suffisent pas à acquérir un nouveau logement dans les futurs quartiers de réinstallation. Parmi les témoignages les plus marquants recueillis par le diocèse figure celui d'un habitant contraint de démolir sa maison seulement six mois après son emménagement. "La douleur de quelqu'un qui vient tout juste de construire sa maison et doit déjà la quitter est difficile à décrire", témoigne le paroissien dans des propos rapportés par UCA News. "Ce n'est pas seulement une question d'argent. C'est la perte d'un rêve qui venait à peine de commencer."
Au-delà des familles directement touchées, les conséquences du projet se font également sentir sur les œuvres sociales de l'Église. L'avenir du foyer Huong La, qui accueille une trentaine d'enfants handicapés ou issus de milieux défavorisés, suscite également des interrogations, rapporte UCA News.
Face à ces préoccupations, le vice-président provincial Pham Van Thinh a reconnu les sacrifices consentis par les habitants et promis d'examiner les difficultés soulevées lors de la réunion du 10 juin. Il a assuré que les autorités poursuivraient les consultations avec les communautés locales et les inspections des zones d'hébergement temporaire afin de trouver des solutions concrètes. Reprenant les propos de l'évêque Joseph Do Quang Khang, il a affirmé qu'aucun projet de développement ne devait ignorer les difficultés des familles déplacées et qu'aucun habitant ne devait être laissé de côté durant le processus de relocalisation.







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