Aller au contenu principal

L’ONU dénonce une hausse alarmante des violences contre les enfants

5 min de lecture
Poupee-enfant.jpg

Crédit : Shutterstock | Melnikov Dmitriy

Viols, esclavage sexuel, mariages forcés : l'ONU sonne l'alarme pour les enfants victimes de guerre.

Les violences sexuelles contre les enfants s'intensifient dans les zones de guerre, selon un rapport publié le 19 juin par les Nations unies. De la République démocratique du Congo au Soudan, en passant par Gaza, l'ONU dénonce le recours croissant à ces crimes comme arme de guerre et appelle les États à renforcer la protection des plus jeunes.

Partager sur :

Une fillette de huit mois agressée sexuellement au Soudan du Sud. Une enfant abandonnée devant un hôpital dans l'est de la République démocratique du Congo pour une intervention chirurgicale d'urgence. Une adolescente de 13 ans victime d’un viol collectif sous les yeux de ses parents à Kharmout, capitale du Soudan, avant de donner naissance à un enfant neuf mois plus tard. Derrière les chiffres publiés par les Nations unies ce 19 juin se cache une réalité inquiétante... Les enfants deviennent de plus en plus des cibles directes des conflits armés.

Réunis vendredi au siège des Nations unies à New York à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, les responsables onusiens ont choisi d'évoquer ces histoires pour rappeler l'ampleur d'un phénomène en forte progression. Dans un communiqué publié à cette occasion, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a dénoncé un "nombre choquant"  de filles et de garçons victimes de viols, d'esclavage sexuel, de mariages forcés et de traite des êtres humains. Selon lui, la violence sexuelle est devenue "une stratégie délibérée visant à punir des populations et à déchirer le tissu social".

Les enfants de plus en plus visés

En 2024, l'ONU avait recensé 4 617 cas vérifiés de violences sexuelles liées aux conflits. Le chiffre est passé à 9 788 cas en 2025, soit plus du double en un an. Alors que les femmes et les filles représentent toujours l'immense majorité des victimes, la part des enfants parmi les victimes ne cesse de croître. Ainsi, le rapport fait état de 1 779 enfants victimes de viols ou d'autres formes de violences sexuelles au cours de l'année. Près de 99 % d'entre eux sont des filles. Un second rapport publié le même jour témoigne du lourd tribut payé par les enfants dans les zones de conflit. À Gaza, un enfant a été tué en moyenne chaque jour au cours des huit derniers mois. Un constat qui illustre, selon l'organisation, les limites des des dispositifs actuels de protection des enfants dans les zones de guerre.

"Les violences sexuelles sont utilisées comme tactique de guerre, de terreur, de torture et de répression politique par des acteurs étatiques comme non étatiques".

Pour Pramila Patten, représentante spéciale de l'ONU chargée de la question des violences sexuelles en période de conflit, ces crimes ne relèvent plus d'actes isolés, rejoignant ainsi le constat dressé par António Guterres. "Les violences sexuelles sont utilisées comme tactique de guerre, de terreur, de torture et de répression politique par des acteurs étatiques comme non étatiques", a-t-elle rappelé. "Tragiquement, les enfants sont eux aussi pris pour cible." 

Les cas documentés par les Nations unies révèlent l'extrême brutalité de ces violences. Dans de nombreuses zones de conflit, des viols collectifs sont commis lors d'attaques de villages, et des enlèvements se transforment en situations d'esclavage sexuel ou de mariages forcés. L'ONU rapporte également des cas de traite d'êtres humains le long des frontières ainsi que des violences sexuelles infligées à des garçons détenus, utilisées comme moyen de torture.

Une arme pour terroriser les populations

Selon Vanessa Frazier, représentante spéciale du secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, ces crimes répondent souvent à une logique de domination et de destruction des communautés. Les plus jeunes sont agressés pour terroriser les populations, punir des groupes entiers, contrôler des territoires ou encore financer des groupes armés grâce aux réseaux de traite. Les conséquences dépassent largement les victimes directes. Traumatismes psychologiques, grossesses forcées, infections sexuellement transmissibles, exclusion sociale ou abandon scolaire marquent souvent les survivants pour le reste de leur vie. Les enfants nés de ces viols sont eux-mêmes fréquemment rejetés par leur entourage, rapporte l'ONU.

"Il faut 18 ans pour construire l'avenir d'un enfant. Mais il suffit de quelques secondes pour changer le cours d'une vie entière".

À cette violence le rapport ajoute celle du silence. La peur des représailles, la honte, ainsi que l'effondrement des systèmes judiciaires et de santé empêchent de nombreuses victimes de témoigner. Ainsi, les Nations unies soulignent que les cas officiellement vérifiés ne représentent probablement qu'une fraction de la réalité.

Alors même que les besoins augmentent, les moyens destinés à accompagner les survivants diminuent rapporte l’ONU. Sans protection des témoins ni poursuites judiciaires, les auteurs ont peu de raisons de craindre d'être sanctionnés. "Il faut 18 ans pour construire l'avenir d'un enfant", a déclaré Vanessa Frazier. "Mais il suffit de quelques secondes pour changer le cours d'une vie entière."

Face à cette situation, l'ONU appelle les États à renforcer le financement des programmes de soutien aux survivants, à lutter contre l'impunité et à placer la protection des enfants au cœur des processus de paix. Un appel qui rejoint celui lancé par le pape Léon XIV dans une lettre publiée le 9 juillet 2025 par Corriere della Sera. Évoquant le sort des plus jeunes dans un monde marqué par les conflits, il rappelait que "les enfants ont le droit à une paix véritable, juste et durable" et exhortait les responsables politiques à poser les "gestes courageux nécessaires" pour mettre fin à la violence.