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“Je veux mourir et je veux vivre” : “Anesthésia”, un film au cœur de l’ambivalence de la fin de vie

Au vu des débats actuels et de l’échéance prochaine du 15 juillet, où aura lieu en France le vote définitif à l’Assemblée nationale, le film "Anesthésia" offre un regard complexe sur la question de l’aide à mourir.

Au vu des débats actuels et de l’échéance prochaine du 15 juillet, où aura lieu en France le vote définitif à l’Assemblée nationale, le film "Anesthésia" offre un regard complexe sur la question de l’aide à mourir.

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Hortense Leger - publié le 23/06/26
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Alors que la France s’apprête à voter sur la légalisation de l’euthanasie, le documentaire "Anesthésia" de Damien Boyer, en salles ce 24 juin, donne la parole à ceux qui vivent la fin de vie au plus près : malades, familles, soignants. Un film juste et délicat, qui interroge nos choix de société et rappelle la puissance de l’accompagnement jusqu’au bout. 

Au milieu des malades d’une maison de soins palliatifs réunis en arc de cercle, Jeannine, 83 ans, profite d’une séance d’équithérapie. Son visage rayonnant caresse celui d’un cheval dressé devant elle. Elle semble apaisée malgré son handicap qui l'empêche de parler correctement. Une scène lumineuse qui donne à voir la puissance de l’accompagnement sur-mesure des soins palliatifs. L’une des nombreuses séquences de grâce qui parsèment le nouveau documentaire de Damien Boyer, "Anesthésia", en salles ce 24 juin. 

Une grande justesse

Après Sacerdoce et Baroudeurs du Christ, qui nous emmenaient sur les traces des prêtres d’aujourd’hui et des missionnaires d’hier, le réalisateur plonge le spectateur dans la question brûlante de l’euthanasie. Au vu des débats actuels et de l’échéance prochaine du 15 juillet, où aura lieu en France le vote définitif sur le projet de loi à l’Assemblée nationale, le film offre un regard complexe sur la question de l’aide à mourir. Une enquête fouillée entre la Belgique, les Pays-Bas, le Québec, la France et l’Écosse. Un récit où se mêlent les vies de personnes marquées par la souffrance mais aussi par l’espérance. 

"Anesthésia" aborde le sujet avec justesse et  délicatesse. Le film choisit de s’intéresser aux personnes directement concernées par la question de la fin de vie, loin des débats d’experts. À l’image de Claire, 33 ans, jeune Belge atteinte d’une maladie neurodégénérative qui cherche à comprendre pourquoi son père, qui avait la même maladie, a décidé de recourir à l’euthanasie. Une scène marque particulièrement : Claire se retrouve face au médecin qui a administré la dose létale à son père. Le débat est vif entre les deux parties et montre bien la réalité de deux visions qui s'opposent radicalement. Une souffrance qui rejoint celle de Marga, aux Pays-Bas, mère d’Anke, qui a choisi d’être euthanasiée à 31 ans, après des années d’anorexie et de dépression. 

"Vivre dignement"

La parole est aussi donnée à des médecins de différents pays, des politologues et des professeurs d’éthique. Ces discours apportent un éclairage sur l’évolution de la vision de l’euthanasie dans plusieurs pays et le changement de paradigme que sa légalisation entraîne. Au Canada, où l’euthanasie est légalisée depuis 2016, "ce sont six mille cas par an", alors qu’au début, souligne une anthropologue, on pensait que cela concernerait "cinq cas par an". En Belgique, où l’on peut demander l’euthanasie depuis 2002, un médecin rappelle quant à lui qu’"il s’agit bien de provoquer activement la mort chez un patient". Et d’ajouter : "Ce n’est pas pour ça que j’ai fait mes études de médecine. Je les ai faites pour soigner les gens". 

Ce qui frappe avant tout, c’est le présupposé validiste qui sous-tend le "droit à l’euthanasie". En Écosse, une députée travailliste atteinte d’un lourd handicap rappelle qu’il reste encore beaucoup à faire pour permettre aux personnes de "vivre dignement" avant de leur offrir la possibilité de mourir. "Le véritable risque, c’est d’ouvrir la voie à la mort assistée sans garantir les conditions d’une vie digne aux personnes malades ou en situation de handicap", met en garde un jeune député travailliste. Initialement favorable à la légalisation, il a finalement mesuré combien une telle loi pourrait fragiliser le tissu social, en particulier pour les plus vulnérables. 

Accompagner et soulager jusqu’au bout

Le film, à travers le témoignage de ceux ayant vécu de près l’euthanasie de leur proche, donne particulièrement bien à voir la détonation que cet événement engendre dans une vie. On suit le récit de Franck qui a accompagné une amie chère mourir en Suisse et qui ne s’est toujours pas remis de l’euthanasie auquel il a assisté. Une famille autochtone du Québec, marquée par la demande d’euthanasie de sa grand-mère, se questionne aussi sur son rapport à la mort au regard de sa foi. Le documentaire donne ainsi accès à l’intimité d’histoires qui ne sont pas souvent racontées. Il permet de s’approcher de la réalité du désir de mort exprimé par certains patients. Comme l’explique Jean-Marc La Piana, le directeur de la maison de soins palliatifs de Gardanne en France : "C’est courant que les gens disent ‘je veux mourir’ et, en même temps, ‘je veux vivre’. Et cette ambivalence là, c’est la vie de tous les jours." 

"Anesthésia" cherche à dire ce qui apparaît comme l’angle mort des réflexions actuelles autour de la loi sur l’euthanasie en France : la question de l’accompagnement et du soulagement, jusqu’au bout, de la personne malade.
"Anesthésia" cherche à dire ce qui apparaît comme l’angle mort des réflexions actuelles autour de la loi sur l’euthanasie en France : la question de l’accompagnement et du soulagement, jusqu’au bout, de la personne malade.

"Anesthésia" cherche à dire ce qui apparaît comme l’angle mort des réflexions actuelles autour de la loi sur l’euthanasie en France : la question de l’accompagnement et du soulagement, jusqu’au bout, de la personne malade. Dans une société où les sondages disent à quel point l’homme se sent seul à notre époque, la nécessité de multiplier les endroits où cette solitude peut être comblée par une aide adaptée est bien montrée tout au long du film. Les propos d’un médecin belge, à la fin du documentaire, tracent en cela un chemin précieux : "Une personne âgée, un malade, qui ne se sent pas un poids, va avoir le courage d’aller jusqu’au bout et trouver une surprise que la vie peut donner, même au dernier moment." 

Pratique :

"Anesthésia", un documentaire de Damien Boyer (1h42)
En salles le 24 juin 2026
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