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Les petits mensonges sans gravité sont-ils acceptables ?

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Michael Rennier - publié le 21/06/26
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Les "petits mensonges" paraissent souvent inoffensifs : une excuse pour se dérober, une vérité adoucie pour éviter de blesser, une réalité légèrement enjolivée pour préserver son image… Mais à force de compromis avec la vérité, ne fragilise-t-on pas quelque chose de plus profond ? 

La plupart du temps, ce n'est ni par malveillance ni pour manipuler les autres que l’on ment. Les mensonges ordinaires naissent souvent de motifs beaucoup plus banals. Tout d'abord, on ment pour éviter les situations gênantes. Dire qu'on est occupé alors qu'on ne veut simplement pas sortir ; faire semblant d'être d'accord avec un groupe sur des sujets politiques, sportifs ou religieux pour ne pas se sentir exclu. Il semble parfois plus simple de dire un petit mensonge que d'assumer la vérité. Il arrive aussi que l’on mente pour éviter des ennuis et les conséquences de ses actes. Ainsi, lorsqu’on est enfant, on dit à sa mère qu’on a mangé tous les brocolis alors qu’on les a cachés dans une serviette, à son professeur qu’on a fait ses devoirs alors qu’on a préféré regarder une série et à son patron qu’une tâche est terminée alors qu’elle ne l’est pas. Enfin, on ment pour se mettre en valeur. Qui n'a jamais enjolivé une anecdote, minimisé une erreur ou accentué son rôle dans une réussite ? Beaucoup présentent les événements de façon à paraître plus intelligents ou plus courageux, avec la réplique parfaite toujours prête au bon moment. Pourtant, lorsqu'on examine ces situations, une question surgit : ces mensonges sont-ils réellement nécessaires ?

Une certaine commodité

La plupart du temps, ils servent surtout à faciliter sa vie sociale et à  s’épargner des situations un peu gênantes. Mais cette commodité suffit-elle à justifier un flot incessant de petits mensonges ? En les examinant de près, on se rend compte qu’ils sont totalement inutiles et qu'ils peuvent être facilement évités. Les conversations embarrassantes sont rarement aussi terribles que ce qu’on peut imaginer. Les désaccords peuvent être exprimés avec respect. Quant à l'habitude de se mettre en valeur, elle finit souvent par appauvrir les relations plutôt que de les enrichir.

Au lieu de mentir, on peut accepter un moment de gêne, on peut apprendre à dire non avec politesse et aussi à être transparent sur ses limites. Si par exemple vous déclinez une invitation, plutôt que de chercher une excuse, vous pouvez simplement dire la vérité : vous êtes fatigué en ce moment, ou alors vous avez déjà de nombreux dîners prévus, ou encore vous acceptez rarement les invitations à des soirées qui se prolongent après 21 heures. Rien de personnel, mais la vérité. Lorsque vous expliquez vos décisions de manière concise et assurée, les autres se montrent généralement très compréhensifs. 

Il est également bon de rappeler que dire la vérité ne signifie pas tout dire non plus. Si l’on vous invite à dîner et que vous n'avez pas aimé le repas, il n’est pas nécessaire de dire la vérité, qui serait crue ou blessante. De même, si une personne indiscrète cherche à vous faire colporter des rumeurs, vous n’êtes pas tenu de lui révéler ce que vous savez. Vous pouvez simplement lui suggérer de poser la question directement à la personne concernée.

Apprendre des saints

Saint Justin Martyr offre une perspective éclairante sur la question du mensonge. Dans son apologie du christianisme adressée aux Romains, il affirme que les chrétiens ne  mentiraient jamais, même si le mensonge était leur seul moyen de sauver leur vie. Il écrit : "Car il est clair que, même décapités, crucifiés, jetés aux bêtes sauvages, enchaînés, enflammés et soumis à toutes sortes de tortures, nous ne renierons pas notre foi." Autrement dit, quelles que soient les persécutions encourues, les chrétiens  diraient toujours la vérité sur leur foi. Saint Justin a prouvé  la véracité de ses paroles lorsqu'il subit lui-même le martyre en 165 après avoir refusé d'offrir des sacrifices aux dieux à Rome. À Rusticus, le préfet romain qui ordonnait aux chrétiens d'adorer de faux dieux, il répondit : "Nul homme sensé n'abandonne la vérité pour le mensonge."

Pourtant, sacrifier à un dieu romain se résumait à brûler quelques grains d'encens devant une statue. Les Romains n'exigeaient rien de plus. Pour un chrétien, c'était un geste anodin, facile à nier ou à minimiser. N'importe qui aurait accepté : brûler quelques grains d'encens pour éviter les ennuis. C'était assurément un péché pardonnable. Cependant, saint Justin a refusé. Il estimait que trahir la vérité, même pour sauver sa vie, allait à l'encontre de sa conscience. 

Comme le dit le Catéchisme de l’Église Catholique : ""Le mensonge consiste à dire le faux avec l’intention de tromper" (Saint Augutsin). Le Seigneur dénonce dans le mensonge une œuvre diabolique : "Vous avez pour père le diable... il n’y a pas de vérité en lui : quand il dit ses mensonges, il les tire de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge".

Le mensonge est donc fondamentalement déraisonnable. Rester fidèle à la vérité, dans les petites choses comme dans les grandes, libère. Cela permet de rester fidèle à sa conscience et permet aux autres de connaître sa véritable nature, ses véritables pensées et ses motivations.

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