Aller au contenu principal

Immigration illégale : l’obligation d’humanité

4 min de lecture
benoist-de-sinety-tribune-aleteia

Crédit : Aleteia

Le père Benoist de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, dit son opposition au "règlement retour" des migrants illégaux, adopté en juin par le Parlement européen. Sachant la situation complexe, il appelle à un "sursaut de travail et de réflexion".

Partager sur :

Ils sont là, debout, dans l’hémicycle du Parlement européen. Et ils crient, d’une même bouche : "Send them back !" ce qui veut dire en français "Renvoyez-les !". Avec cette froideur de l’anglais international qui chosifie si facilement nos humanités. "Send them back !" comme on renvoie un colis qu’on ne veut plus, une paire de chaussures trop petite. Comme des adolescents immatures qui s’excitent de la fureur des uns et des montées de testostérone des autres. Pitoyable spectacle donné par des parlementaires de tous pays dont sans doute un bon nombre de baptisés. 

Racines chrétiennes

Voici donc maintenant que devient possible le fait de renvoyer dans des pays tiers des indésirables qu’on ne nomme plus, en les traitant bien plus durement qu’un délinquant, qu’il n’est d’ailleurs pas. Quels pays vont ainsi devenir les sous-traitants de nos renoncements ? Le Tchad ? Le Rwanda (qui a déjà été roulé dans la farine par les velléités avortées des dirigeants britanniques à chaque fois contrecarrés par la justice) ? Les Italiens aussi ont essayé en Albanie : chou blanc. Il reste bien des endroits charmants comme l’Ouzbékistan où il semblerait normal à nos élus de pouvoir envoyer des Sénégalais... Il nous reste à prier pour qu’aucun de ceux qui sautillent de joie dans l’enceinte bruxelloise n’aient un jour à devoir fuir leur pays et à trouver refuge.

Que la situation soit complexe, nul n’en doute sauf ceux qui croient peut-être qu’on règle ce genre de difficultés à coups de colis express.

On ne peut que se réjouir que le pape Léon XIV se rende en septembre prochain dans l’Est de la France, dans la maison natale du vénérable Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, conspué et calomnié par quelques tartarins sans que personne ne cherche plus à leur faire entendre raison. En priant en ce lieu, le Saint-Père nous rappellera peut-être que les racines de notre continent sont notamment chrétiennes. Ce qui ne nous interdit pas de renoncer à toute législation et à toute mesure de contrôle des entrées, mais qui nous oblige à une humanité et pour tout dire à une décence qui nous manquent de plus en plus cruellement. 

Rencontrer les personnes

Que la situation soit complexe, nul n’en doute sauf ceux qui croient peut-être qu’on règle ce genre de difficultés à coups de colis express. Mais c’est précisément pour cela qu’elle exige des responsables un sursaut de travail et de réflexion et non pas de céder à la dictature du coup d’éclat et au vertige de la notoriété forgée sur le mépris des faibles. Car ce sont bien les faibles que l’on accable : les migrants d’abord, ramenés au néant, les pays "tiers" ensuite jugés tout juste bon à servir de bétaillère. Et les plus précaires de chez nous à qui l’on fait croire que l’on se bat pour eux (eux qui si souvent tendent la main au mendiant dans leur rue et réconfortent celui qui est perdu), en leur présentant faussement le migrant comme le bouc émissaire de ses problèmes. 

"Send them back !" : la trumpisation de la vie politique gagne du terrain. Elle risque de ne manifester que l’absolue stérilité de la violence, comme nous le voyons, sidérés, autour de nous : faire de l’autre un ennemi et user envers lui des armes de la peur et de la déshumanisation ne fait qu’accroître le mal et jamais le bien. À ceux qui répondront qu’on ne peut rien faire d’autre avec un fatalisme mortifère, il faut bien redire ces mots si simples et si vertigineux quand on en arrive là dans le débat public : réfléchissez, rencontrez les personnes concernées, parlez avec elles, cherchez à comprendre, discernez le bien commun désirable et les moyens de l’atteindre et, si vous croyez, priez pour ne pas abandonner la mission qui vous est confiée dans votre vie publique comme dans votre intimité, de témoigner de votre foi !