Dominicain du couvent de Bordeaux, le frère Jean-Thomas de Beauregard commente l’évangile du 12e dimanche du temps ordinaire. Dans l’Église, après la Pentecôte, rien n’est caché, tout est révélé, tous possèdent le trésor du secret de l’amour miséricordieux du Père.
Jésus affirme : "Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits" (Mt 10, 26-27). Tout est révélé ? Rien n’est caché ? C’est le cas après la Pentecôte, et dans l’histoire de l’Église, ça d’accord ! Mais avant cela, il arrivait à Jésus, assez fréquemment, de réserver certains enseignements à ses disciples les plus proches. Et même à eux, il donnait un enseignement parfois un peu cryptique, à tel point qu’il n’était pas toujours compris. Lorsque Jésus faisait des miracles, il lui arrivait souvent de recommander aux miraculés de n’en rien dire autour d’eux : c’est ce que les biblistes appellent le secret messianique. En d’autres occasions, Jésus avertissait : cela, vous le comprendrez plus tard.
Après la Pentecôte, rien n’est caché
Pour une part, cela tenait à la pédagogie de la Révélation voulue par Jésus, qui prépare progressivement les intelligences et les cœurs à recevoir, étape par étape, des vérités de plus en plus profondes, et qui procède par images pour faire saisir des réalités qui dépassent tout concept. Pour une autre part, cela tenait aux difficultés de compréhension des disciples, à leur faiblesse et à leur péché, qui les maintenait dans l’obscurité.
Mais en effet, après la Pentecôte, après la réception par les disciples de l’Esprit saint qui doit les mener à la vérité tout entière, là oui, vraiment, tout est révélé, rien n’est caché. C’est même une différence fondamentale entre la foi chrétienne et les cultes à mystère de l’Antiquité, la gnose, ou encore la franc-maçonnerie et autres sociétés secrètes : dans l’Église, tout est révélé, à tout le monde ! Il n’y a pas de secret révélé seulement à quelques initiés privilégiés, à une élite choisie. Toutes les célébrations sacramentelles sont publiques, à l’exception de la confession pour des raisons évidentes. Le secret du Roi, l’amour miséricordieux du Père pour ses enfants, est crié sur les toits, proclamé aux carrefours.
Ce qu’il faut croire pour être sauvé
Un enfant qui connaît son catéchisme, à qui on a enseigné le Credo, et qui a écouté l’Évangile tous les dimanches à la messe, en sait autant, pour l’essentiel, que le plus grand des théologiens. Le grand philosophe médiéviste Étienne Gilson, spécialiste de saint Thomas d’Aquin, affirmait à la fin de sa vie qu’il n’en savait pas plus sur les vérités de foi que ce qu’il avait appris tout petit enfant. Tout le progrès de notre vie chrétienne, du baptême à l’instant de la mort, consiste à approfondir ce donné, et à conformer notre vie à cette Parole que Jésus a voulu communiquer au grand jour, en s’exposant personnellement jusque dans la nudité de la Croix.
Tous, nous possédons ce trésor, parce que l’Esprit de Jésus habite en tous ceux qui veulent bien l’accueillir pour nous mener au Père.
Et ce progrès, ce ne sont pas les plus doués qui l’accomplissent par leurs propres forces, c’est Dieu qui le guide en nous prenant chacun par la main. De telle sorte que Thomas d’Aquin, justement, affirme que la vetula, la petite vieille analphabète qui récite dévotement son chapelet à l’ombre d’une chapelle latérale, en sait autant sinon parfois plus que les plus éminents théologiens. Elle ne sait pas forcément le formuler conceptuellement, mais elle sait ce qu’il faut croire pour être sauvé, et parfois même elle perçoit instinctivement qu’un prédicateur trop brillant s’écarte de la foi catholique. C’est l’instinctus fidei, que l’Esprit-Saint dépose dans le cœur des baptisés.
Rien de plus à attendre
Dieu nous a tout dit en son Fils, qui est le Verbe éternel, Parole parfaitement adéquate du Père. Il n’y a aucune révélation supplémentaire à attendre. À la mort du dernier Apôtre, la Révélation était close. Ce qui arrive par la suite est ou bien un approfondissement, une explicitation de ce donné, sa confrontation aux situations nouvelles, ou bien une déviation et une erreur.
Le goût actuel, dans certains milieux, pour les révélations privées, procède bien souvent d’une curiosité mal avisée, d’un goût infantile pour le merveilleux, ou de la vanité de celui qui se sait ou se croit initié. Au reste, saint Jean de La Croix avait des mots assez durs pour ce genre d’attitude dans le peuple de Dieu, tant elle lui semblait insultante pour Dieu qui estime à bon droit qu’avoir donné son Fils devrait nous dispenser d’aller chercher ailleurs ce qui se trouve à portée de main dans l’Église.
Tous, nous possédons ce trésor
Tout est là, en pleine lumière, offert à tous : l’Église, composée de pécheurs et majoritairement d’hommes souvent médiocres pour quelques saints ; l’Évangile, avec ses obscurités et son langage que tant de nos contemporains peinent à comprendre ; les sacrements, dont les humbles apparences sont tellement déroutantes pour nous. C’est tout ce que nous possédons pour notre pèlerinage sur la terre ! Mais tous, nous possédons ce trésor, parce que l’Esprit de Jésus habite en tous ceux qui veulent bien l’accueillir pour nous mener au Père. C’est cela qui est magnifique !
Lectures du 12e dimanche du temps ordinaire :












