L’Institut Louis Joinet (IFDJ), qui a enquêté plus d’un an à la demande de la congrégation des pères de Bétharram, a rendu ses conclusions ce 20 juin. Il évoque entre 700 et 1.500 victimes, de 1950 à la fin des années 1990.
Entre 700 et 1.500 enfants scolarisés de 1950 à la fin des années 1990 à Notre-Dame-De-Bétharram, près de Lourdes, et dans d'autres établissements de cette congrégation religieuse, ont été potentiellement victimes de violences sexuelles, physiques ou psychologiques, selon le rapport de l'Institut Louis Joinet (IFDJ), qui a enquêté plus d'un an à la demande de la congrégation mise en cause. 'une ONG spécialisée dévoilé ce samedi 20 juin.
Cet "ordre de grandeur", tiré de plusieurs projections statistiques "à interpréter avec une extrême prudence", témoigne de décennies de "violences systémiques" et "institutionnelles", et écarte la thèse d'une "addition d’actes individuels", estime le rapport. La piste d'une "prétendue tolérance de l'époque" à la violence, au sein de cet établissement privé, longtemps prisé dans le Sud-Ouest pour sa réputation autoritaire marquée par "la valorisation de la dureté", doit être également rejetée, affirment les auteurs, après avoir interrogé près de 140 anciens élèves et acteurs de la congrégation, qui gérait plusieurs écoles, collèges et lycées en France et en Afrique.
Ce "système institutionnel de violences (...) bien rôdé" a perduré durant "des décennies" via des "mécanismes de silenciation" des élèves, "fondés sur la peur, la honte et la domination". Les alertes "dispersées" et "fragmentées" de victimes ou de leurs proches ont également été perçues comme "peu crédibles" localement face à "la réputation de l'établissement", appuyé par "l'attachement de nombreux anciens élèves" et au "prestige attaché à l'autorité religieuse", relève également l'IFJD, qui pointe "une défaillance générale des mécanismes de contrôle" de l'Eglise comme de l'Etat.
160.000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année
L'ex-Premier ministre et figure politique locale François Bayrou, qui avait des enfants scolarisés à Bétharram, avait notamment été accusé d'avoir eu connaissance d'abus au sein de l'établissement sans intervenir, ce qu'il a toujours nié. Pour les victimes, le rapport préconise "l'organisation d'un tribunal citoyen", alors que l'essentiel des abus dénoncés dans près de 250 plaintes sont prescrits, en raison de l'ancienneté des faits - seuls deux hommes, un laïc et un religieux, ont été mis en examen. L'IFJD, ONG spécialisée dans la justice transitionnelle en zone de conflit, soutient aussi la création "d'un mécanisme de réparation financière", en parallèle aux 1,4 million d'euros d'indemnisation versés par la congrégation à 48 victimes à ce jour.
Mais l'affaire Bétharram, "rendue possible par une succession de renoncements, d'aveuglements, de silences et de défaillances", "n'est pas une anomalie", ajoutent les auteurs. Dévoilée en 2023 par des témoignages d'anciens élèves publiés en cascade sur Facebook, elle "montre que la protection des enfants ne peut reposer sur le courage exceptionnel de quelques lanceurs d'alerte", conclut le rapport, qui implore la société d'"écouter" les enfants "lorsque leur parole trouble l'ordre établi". Selon la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année.
Pour mémoire, la Congrégation de Bétharram avait reconnu en mars 2025 sa "responsabilité" dans les faits dénoncés par près de 250 plaintes individuelles, dont la moitié pour des agressions à caractère sexuel. Elle a confirmé en octobre l'indemnisation de toutes les victimes, de personnels religieux comme de laïcs, en commençant par celles d'agressions sexuelles. Quant aux élèves ayant aujourd'hui cours sur le site, "la proposition, c'est de les scolariser" dans une commune voisine où existent une école primaire et un lycée en lien avec l'établissement. Toutefois, selon le père Laurent Bacho, membre de la congrégation de Bétharram, la décision de fermeture n’est "pas encore prise" et fait encore l’objet de "pourparlers".
Une commission d'enquête avait souligné en juillet les manquements publics après le scandale autour des révélations sur l'affaire des violences sexuelles et physiques qui se sont poursuivies pendant des décennies dans cet établissement huppé où l'ex-Premier ministre centriste François Bayrou et allié du président Emmanuel Macron, avait eu des enfants scolarisés. L'affaire avait entraîné des révélations en chaîne de mauvais traitements et agressions sexuelles dans d'autres établissements, souvent catholiques, à travers toute la France. Pointé du doigt, l'Enseignement catholique s'est retrouvé assailli de contrôles de toutes parts, justifiés pour les défaillances liées aux abus, mais remettant parfois surtout en cause son caractère propre et son projet éducatif. Rappelant que l’Église catholique est l'une des seules institutions à avoir "effectué un travail profond à propos des abus", le secrétaire général de l’Enseignement catholique (SGEC) Guillaume Prévost reconnaissait toutefois sur Aleteia la nécessité d' "encore avancer dans la mise en œuvre des travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase)" et de "réfléchir à la manière dont le caractère “systémique” se traduit dans les établissements."












