Le Conseil constitutionnel vient de rejeter le 17 juin la demande de référendum sur l’euthanasie au motif que le sujet ne relève pas de la "politique sociale". Ce qui est certain, explique le dominicain Damien Duprat, c’est qu’une loi qui propose la mort aux personnes souffrantes constitue un insidieux désastre social.
Le processus législatif sur l’administration médicale de la mort ("aide à mourir") est entré dans une phase décisive. Si par malheur il parvenait à son aboutissement à la mi-juillet, comme le veulent ses promoteurs, nous aurons à en supporter longtemps les conséquences dramatiques. Le monde de la santé (hôpitaux, Ehpad, pharmacies etc.) se trouverait contraint de s’organiser pour provoquer des décès selon les conditions prévues par la loi. Voilà qui devrait suffire à motiver un rejet.
Des souffrances inédites
Les "dommages collatéraux" que cela occasionnera seront nombreux, à commencer par des tensions et des démissions au sein d’équipes soignantes déjà en difficulté, comme l’a averti la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP). Ajoutons des rencontres familiales et amicales où nous pourrons nous demander qui, parmi nous, est "éligible à l’aide à mourir" (ambiance...) ; dans nos familles aussi, de graves discordes et de lourds secrets éveilleront des incitations plus ou moins explicites à recourir à ce "droit". Les enfants poseront des questions de bon sens, à qui nous devrons expliquer que la société préconise (encore) un soutien psychologique en faveur d’un collégien qui a des pensées suicidaires, tandis qu’elle est prête à se débarrasser de leur grand-mère malade… Qui ose prétendre que ces mesures ne changeraient rien pour les personnes qui ne souhaitent pas y recourir ? Comment ne pas voir qu’elles entraîneront au contraire des souffrances inédites ?
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Un argument de principe
Beaucoup ne se rendent pas compte de la gravité de ces conséquences, ni d’ailleurs de l’incohérence interne à ce texte de loi. En effet, la revendication d’une "aide à mourir" s’appuie sur l’argument de principe selon lequel il devrait être possible de "choisir sa mort". Or, quand on tient cela comme une donnée fondamentale, un axiome philosophique, quelles raisons y a-t-il de s’en tenir aux situations de maladies graves et avancées ?
En réalité, aucune. C’est pourquoi personne ne peut véritablement justifier que l’on introduise des critères médicaux pour limiter l’accès à ce nouveau "droit". Dès lors, une telle loi ne peut pas tenir debout. La cohérence, quand on prône cette "ultime liberté", requiert plutôt de ne poser aucune condition de santé, comme l’ont d’ailleurs suggéré 22 % des participants à la Convention citoyenne sur la fin de vie (cf. p. 75 et suivantes du rapport). Perspective effrayante… et pourtant contenue dans la logique même d’un "droit à l’aide à mourir".
Scandaleux mensonge
On pourra objecter que la rationalité devrait parfois s’effacer devant un certain pragmatisme. Pourtant, l’action humaine n’est pas mécanique comme l’est celle d’une machine (et heureusement). Pour agir avec l’élan du cœur, il ne nous suffit pas de savoir ce que la loi permet et ce qu’elle interdit : notre dignité humaine (pour le coup) exige que nous puissions comprendre pourquoi il en est ainsi.
Or nous avons là, au contraire, le sinistre exemple d’un "permis-défendu" pour lequel les raisons font défaut. Du côté du "permis", en réalité personne n’a le pouvoir de faire que certains homicides ne soient plus des homicides, devenant même des "morts naturelles" (scandaleux mensonge, prévu par la dernière mouture du texte). Du côté du "défendu", comme nous venons de le dire, le cadre restrictif que l’on veut fixer ne saurait reposer sur aucun fondement solide, et s’élargira inévitablement au nom de l’égalité devant le droit. C’est d’ailleurs ce que promeut déjà le Pr Jean-Louis Touraine, en parlant d’une stratégie du "pied dans la porte".
Un insidieux désastre social
Les partisans de cette loi affirment être aussi de fervents défenseurs des soins palliatifs. Mais alors, pourquoi font-ils si peu de cas du refus très net exprimé par la SFAP ? Dans la brochure "Fin de vie - Les données du débat" éditée en avril 2025, la SFAP fait le tour d’horizon des pays où se pratique la mort assistée, selon diverses modalités. Cela met en lumière le constat suivant : proposer la mort aux personnes qui souffrent, serait-ce par compassion, constitue non pas un progrès social, mais bien plutôt un insidieux désastre social. Telle est la conclusion de l’avocate Elisa Rojas dans son petit ouvrage : Pour mourir, tapez 1 - Comment la loi sur la fin de vie inscrit la mort dans une logique capitaliste (Editions du Détour). Au fond, les élus qui soutiennent ces dispositions trahissent gravement leur engagement social. Nous ne manquerons pas de le leur reprocher. C’est la raison pour laquelle leur attitude revient en fait à se tirer une balle dans le pied.
L’heure des résistants
Nous laisserons-nous imposer cet échec collectif sans rien dire ? L’heure est à la résistance, comme y appelle le Dr Claire Fourcade. Un collectif d’associations (Fondation Jérôme-Lejeune, OCH, Alliance Vita, AFC, OCH, Marche pour la vie, CPDH…) appelle à la mobilisation pour interpeller les parlementaires : Euthanasie-abandon.fr. Des manifestations sont organisées, comme celle à Paris du 28 juin. Face à la revendication euthanasique, la responsabilité sociale des citoyens est engagée pour promouvoir le vrai bien commun : celui-ci exige une politique qui protège, soutient et accompagne la vie de chacun, sans proposer la mort comme solution.
Pratique :












