Le futur centre Misericordia à Aubervilliers a été béni ce 18 juin, en présence de l’évêque de Saint-Denis, Mgr Étienne Guillet, et du fondateur de l’association, Romain de Chateauvieux. L’occasion de partager un temps fraternel avec les voisins, les soutiens et la paroisse.
"Seigneur, bénis ce lieu !". Sous les guirlandes de fanions colorés et les tournesols accrochés aux piliers de l'église, les habitants du quartier du Montfort, à Aubervilliers, se pressent pour assister à la bénédiction du futur centre Misericordia. Le 18 juin, l'évêque de Saint-Denis, Mgr Étienne Guillet, est venu bénir l'agrandissement de cette œuvre missionnaire implantée depuis 2018 dans ce quartier populaire de Seine-Saint-Denis.
S’agrandir pour accueillir les plus pauvres
"Quand quelqu’un passe le pas de la porte du centre, on espère qu’il y trouvera une deuxième maison", explique Romain de Chateauvieux, fondateur de Misericordia, à Aleteia. "On œuvre pour être le cœur du Christ qui bat de jour comme de nuit pour les plus pauvres !", ajoute-t-il. Avant la bénédiction, une messe est célébrée dans l’église du centre, pleine à craquer. Durant l’offertoire, de nombreux objets utilisés lors des activités organisées par les bénévoles et missionnaires sont déposés auprès de l’autel. Une flûte traversière, des pinceaux, un ballon ou encore un livre d’école. Quelques larmes s’échappent chez certains fidèles.

Fondée au Chili en 2013 par Romain et Rena de Chateauvieux, l'association Misericordia s'est implantée à Aubervilliers cinq ans plus tard, à l'appel du père Benoît Aubert et à l’initiative de missionnaires revenus d’Amérique latine, désireux de continuer leur mission en France. Depuis, son développement dépasse toutes les attentes. Aujourd’hui devenu trop exigu, 1.000 m2 sont en cours de construction pour tripler les capacités d’accueil. Ce nouvel espace comprendra une ludothèque, des salles de musique, un centre éducatif agrandi, mais aussi un café ouvert à tous, donnant sur la rue.

La bénédiction du début des travaux est ensuite l’occasion de montrer que l'Église doit continuer à se développer dans les périphéries. Mgr Guillet développe : "Bénir l’agrandissement de ce centre, c'est reconnaître que la mission de l'Église se poursuit. Ici, dans un territoire parfois fracturé, la maison est bâtie sur le Roc du Seigneur. Tant que l’Église reste en communion, elle peut continuer à avancer." Romain de Chateauvieux, se référant au Psaume 117 – "c'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux" – a senti dès le début que cet endroit était le lieu parfait . "Quand on s’est implanté dans le quartier, on ne s’attendait pas à un tel succès. On est dépassé par ce que si se passe, et par les merveilles que le Seigneur nous offre. Ce lieu va continuer à être source de rencontre avec le Christ", sourit-il avec confiance. Pour l’architecte Raphaël Cornu-Thenard, le défi est de taille. Son maître mot : "en faire un lieu d’accueil", déclare-t-il.
La « révolution de la tendresse » à l’œuvre
Pour Martine, 79 ans, poser ces premières pierres sont "signes d’espérance" pour le futur. Mais au-delà des murs et des mètres carrés, l'essentiel se joue ailleurs. Car si Misericordia s’agrandit, sa véritable mission reste la même : créer des liens, rejoindre les personnes les plus fragiles et leur faire découvrir l'amour du Christ. Une intuition directement inspirée de ce que le pape François appelait la "révolution de la tendresse". Jacqueline, paroissienne depuis 2018, vient pour se sentir accueillie et rassurée. Pour Armando, paroissien portugais âgé de 51 ans, "ce lieu fortifie la foi de ceux qui viennent prier".
"Faire l’expérience de la miséricorde change tout. C’est la meilleure parole que nous puissions entendre : elle change le monde", clamait le pape François lors de son premier angélus le 13 mars 2013. Arrivée en septembre dernier, Blanche ne cache pas l'impact de cette mission sur sa propre vie. "Ce qui me touche, c’est de voir et de vivre la révolution de la tendresse, ce n’est pas qu’un slogan. À travers cette révolution silencieuse, j’ai appris à donner de la tendresse aux autres", confie-t-elle. Au fur et à mesure, cette missionnaire âgée de 24 ans prend conscience que si elle ne peut pas changer le monde, elle peut néanmoins changer un cœur.
Finalement, c’est moi que le Seigneur a évangélisé. Il est venu me chercher et je ne m’attendais pas à ce qu’il transforme mon cœur.
Manish, l’un des enfants du centre âgé de 8 ans, souhaite désormais se faire baptiser. À la question "quel est ton rêve ?", il répond avec assurance : "Être missionnaire, docteur ou Jésus !". Sibylle, dont la mission a commencé en janvier, s’est au départ engagée pour évangéliser. "Finalement, c’est moi que le Seigneur a évangélisé. Il est venu me chercher et je ne m’attendais pas à ce qu’il transforme mon cœur", raconte-t-elle avec un large sourire. Marquée par la mixité sociale d’Aubervilliers et le nombre de personnes qui ne connaissent pas le Christ, elle prend une décision. "Après la mission, j’aimerais continuer à aller vers tout le monde, quel qu’il soit. Si personne ne fait connaître le nom de Jésus, ces personnes n’entendront jamais parler de lui."
Alors que les ouvriers et architectes poursuivent leur travail, les missionnaires voient déjà plus loin que les murs en construction. Leur ambition n'est pas seulement d'agrandir un bâtiment, mais de permettre à davantage d'enfants, de familles et de personnes isolées de trouver ici une seconde maison. Un lieu où, selon les mots de Romain de Chateauvieux, chacun puisse découvrir "un petit bout du Ciel".












