"Servir" : c'est ainsi que pourrait se résumer, en un mot, le charisme de la communauté Saint Martin, qui fête, en 2026, les 50 ans de sa création. Fondée en 1976, cette communauté de prêtres conserve aujourd’hui un élan missionnaire intact. Signe de cette fécondité : les 19 et 20 juin, 12 prêtres et 10 diacres seront ordonnés en la basilique Notre-Dame de l’Épine.
La communauté Saint-Martin naît à l’initiative de l’abbé Jean-François Guérin (qui fait aujourd'hui l’objet d’une enquête ecclésiale portant sur sa gouvernance, ndlr*), qui rassemble un petit groupe de jeunes aspirants au sacerdoce désireux de vivre une formation exigeante, à la fois spirituelle, communautaire et intellectuelle. Dans le contexte du renouveau post-conciliaire, le projet se structure rapidement avec l’accueil des premiers membres à Voltri, près de Gênes, sous la protection du cardinal Siri, afin de former des prêtres diocésains vivant en communauté. Dès les années 1980, la communauté commence à recevoir des missions pastorales en France et se déploie progressivement dans plusieurs diocèses. Elle compte à ce jour 186 prêtres et 20 diacres, répartis dans 52 communautés locales (paroisses, sanctuaires et lieux d'éducation) et dans cinq pays différents : la France, l’Italie, Cuba, l’Allemagne et l’Autriche.
L'intuition fondatrice : conjuguer vie fraternelle, formation et mission. "Lorsque la communauté est née en 1976, c’était difficile de voir à vue humaine ce qu’elle allait devenir", confie à Aleteia Don Paul Préaux, le modérateur de la Communauté. "Aujourd’hui, elle a grandi et a pu se déployer, pour servir l’Église universelle, dans plus de cinquante implantations. Parmi les beaux fruits, la Maison de formation, qui accueille, chaque année, des jeunes hommes en propédeutique et les aide à répondre à l’appel de Dieu."
Une formation multidimensionnelle
Vincent a 35 ans. En deuxième année de philosophie à Évron, il fait partie des 117 séminaristes et propédeutes de la communauté Saint-Martin. Avant son entrée au séminaire, il travaillait à Barcelone, lançait un projet d’entreprise et vivait une relation de couple, loin de toute perspective sacerdotale. Jusqu'à une nuit de l'âme. "Je me sentais perdu. Je ne savais pas où aller. J'ai crié vers le Ciel et j'ai dit à Dieu que je voulais arrêter de faire ma volonté pour faire la Sienne". Peu après, une rencontre à Lourdes avec un prêtre de la communauté, en confession, agit comme un déclic : il dit s’y être immédiatement senti "à la maison". "Ce qui m’a marqué, c’est la vie communautaire qui aide à travailler la charité pastorale, le soin apporté à la liturgie, la fraternité très concrète entre les prêtres et la place donnée à la formation", résume le séminariste.

Cette formation, exigeante, se déroule sur sept ans. "Elle est longue, mais nécessaire", explique à Aleteia Don Amaury, économe et formateur de la Communauté à Evron. "Avant de faire des prêtres, il faut faire des chrétiens, et encore avant, des hommes. L'objectif est de favoriser une certaine maturité affective, spirituelle, et la capacité à assumer des responsabilités. C'est une formation intégrale, qui prend en compte toutes les dimensions de la personne : intellectuelle, spirituelle, humaine", poursuit-il.
Une fois ordonnés diacres, puis prêtres, les séminaristes sont envoyés par équipes de trois ou quatre dans les multiples missions des diocèses de France, mais aussi à l'étranger. Cette vie communautaire et diocésaine, explique Don Paul Préaux, "est exigeante, mais elle est destinée à soutenir les membres de la Communauté dans leur sanctification et dans leur mission." "Il y a une sorte d’échange des dons entre les prêtres qui sont incardinés dans le diocèse et y sont donc enracinés et ceux qui viennent, comme nous, de communautés. Cela tisse un lien entre l’Église universelle et chaque diocèse", souligne Don Antoine Barlier, prêtre formateur à la Maison de formation.
Sanctuaires, écoles...
Les prêtres de la communauté Saint Martin peuvent aussi être affectés dans des sanctuaires, comme à Notre-Dame de Montligeon (Orne). Don Paul Denizot en est le recteur depuis huit ans. Le sanctuaire, qui accueille environ 160.000 visiteurs par an, propose toute une pastorale autour de l'accompagnement du deuil et la prière pour les défunts. "La particularité du sanctuaire est d'avoir une double dimension : faire vivre une fraternité de prière et annoncer l’espérance chrétienne face à la mort", explique Don Paul Denizot.

Ici aussi, la communauté Saint Martin contribue à cet "esprit de famille", en étroite collaboration avec les salariés, les bénévoles et les sœurs de la Nouvelle alliance. "Le fait de vivre notre ministère en communauté rayonne vraiment sur le sanctuaire. Cela donne une forme de puissance à notre pastorale. Mais c'est aussi très exigeant", concède Don Paul Denizot qui tient à casser l'image d'une vie de communauté où tout serait "idyllique". "La vie commune peut faire souffrir. C'est le cas pour tout le monde, et les prêtres ne sont pas épargnés. C’est comme une vie de famille : cela implique des sacrifices, de la patience, de l’écoute, de la remise en question."

Don Etienne Peltre sera ordonné prêtre ce samedi 20 juin. Avant d'être nommé à la paroisse d'Oullins, en périphérie de Lyon, ce jeune diacre de 29 ans a passé son année de diaconat à la paroisse de Montrichard et Pontlevoy. Avec trois prêtres et un séminariste stagiaire, il participe à la direction du collège-lycée de Pontlevoy, établissement privé sous contrat. "Nous avons essentiellement la charge de l'internat, mais aussi la gestion de la vie quotidienne de l'établissement", explique Don Etienne. A côté, la paroisse de Montrichard comporte douze clochers qu'il faut desservir avec la même énergie.

"Ce matin par exemple, je donnais des cours de culture chrétienne, et cet après-midi je rends visite aux personnes âgées en EHPAD. C'est une mission très riche, assez spécifique en raison de la place accordée à l'établissement scolaire et de notre forte présence auprès des jeune". Le futur prêtre dit s’être senti immédiatement accueilli par la paroisse, au contact de familles heureuses et enthousiastes de la présence de la communauté Saint-Martin.
Humilité et prudence
Car il faut le dire, la communauté Saint Martin a le vent en poupe, notamment auprès des fidèles. Un "succès" que ses responsables regardent avec prudence et humilité. "Le mot succès me fait peur. C’est une réalité assez fugace et en tout cas très humaine", confie ainsi Don Paul Préaux qui lui préfère celui de "dynamisme". "Cela nous rapproche plus de l’élan de vie que nous donne l’Esprit saint."
"Don Paul Préaux se bat contre la tentation de l’orgueil. Notre but est de suivre le Christ dans son Église. Tout doit concourir à la gloire de Dieu", approuve de son côté Don Paul Denizot. C'est d'ailleurs cet esprit qui anime les futurs prêtres de la Communauté. "Nous sommes avant tout au service de l'Église. Je m'apprête à recevoir le sacerdoce et je ne sais pas de quoi ma vie sera faite : serai-je envoyé auprès de ruraux, de citadins, dans les banlieues ou les quartiers plus aisés, auprès des jeunes ou des personnes âgées ?", s'interroge Don Étienne Peltre. Et de conclure : "Au fond, cela importe peu. Nous sommes là pour aller à la rencontre de chacun et témoigner du Christ dans la charité fraternelle."










