Symbole familier du plus haut sommet des Pyrénées, la croix du pic d'Aneto a été retrouvée sous la neige après deux mois de disparition. Vandalisée puis précipitée dans le vide au printemps dernier, elle avait suscité une vive émotion de part et d'autre de la frontière franco-espagnole. Sa réapparition, mercredi 17 juin, réjouit Maël Le Lagadec, jeune alpiniste français qui avait installé une croix de remplacement au sommet début mai.
La croix semblait s'être perdue dans les neiges des Pyrénées. Pourtant, lors d'une opération de secours en montagne menée le 17 juin sur le versant nord de l'Aneto, les équipes de la Guardia civil espagnole ont repéré depuis les airs un objet inhabituel au pied d'une imposante barre rocheuse. Là, enfouie sous la neige, reposait la croix du pic d'Aneto disparue en avril. Parmi ceux qui attendaient cette découverte avec impatience figure Maël Le Lagadec, le jeune homme de 18 ans qui avait porté une croix de substitution jusqu'au sommet en mai dernier.
Les secouristes ont découvert la croix sous la neige, au bas d'une chute d'environ 200 mètres. Selon les autorités espagnoles, elle a immédiatement été évacuée vers la caserne de Benasque, municipalité au nord-est de l'Espagne, afin d'être mise en sécurité. "La Garde civile a décidé de retirer immédiatement la croix car elle se trouvait dans un endroit plutôt inaccessible et dangereux, présentant un risque si quelqu'un la découvrait et tentait de la déplacer", a expliqué le maire de la commune, Manuel Mora, au quotidien Heraldo.
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La joie de voir la croix réapparaître
La disparition de la croix avait été constatée le 19 avril. Les premiers éléments de l'enquête avaient révélé qu'elle avait été cisaillée à la meuleuse avant d'être jetée dans le vide depuis le sommet de l'Aneto, à 3 404 mètres d'altitude. Les circonstances exactes de cet acte demeurent inconnues. Les enquêteurs poursuivent leurs recherches et tentent d'exploiter d'éventuelles traces ADN susceptibles d'identifier les auteurs.
Au-delà du simple fait divers, cette disparition avait suscité une vive émotion bien au-delà du monde de la montagne. Sur les réseaux sociaux, les réactions avaient été nombreuses. Parmi elles, celle de Maël Le Lagadec, jeune paysagiste et alpiniste de 18 ans originaire du Tarn-et-Garonne. Refusant de se limiter à l'indignation, il avait décidé de passer à l'action. Le 8 mai, après une ascension éprouvante, le jeune homme avait porté jusqu'au sommet une croix en bois de 35 kilos afin de remplacer celle qui avait été détruite. "J'ai appris que la croix du pic d'Aneto avait été retirée par quelqu'un de malveillant. Ce n'était pas la première fois, mais je me suis dit qu'au lieu de simplement m'énerver comme tout le monde sur les réseaux sociaux, j'allais agir", avait-il confié à Aleteia.
Pour celui qui s'était fortement investi dans cette affaire, la découverte de la croix historique constitue une immense satisfaction. "J'étais vraiment très content quand j'ai appris qu'ils l'avaient retrouvée", confie-t-il à Aleteia. "Je me doutais qu'elle allait réapparaître avec la fonte des neiges. J'avais une idée approximative de l'endroit où elle se trouvait, et cela s'est confirmé." Une retrouvaille qui a une saveur particulière après l'effort fourni pour installer une nouvelle croix au sommet. "L'ascension a été super difficile, surtout que j'étais seul à la porter", se souvient-il.
Au-delà de l'Aneto, d'autres croix à relever
Quelques semaines après son installation, la croix en bois de Maël avait pourtant elle aussi été retrouvée renversée en contrebas du sommet avant d'être remise en place par des alpinistes espagnols. De quoi nourrir certaines inquiétudes pour l'avenir. Malgré tout, le jeune homme refuse de céder au découragement. "Je reste quand même méfiant parce que je me doute qu'il y a toujours des personnes mal intentionnées", reconnaît-il, "mais cela renforce ma motivation à continuer à préserver ce symbole, que ce soit à l'Aneto ou ailleurs".
De fait, l'affaire s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis quelques années, plusieurs croix de sommet ont été dégradées. En avril dernier dans les Alpes en France, la croix du pic Saint-Michel, dans le Vercors, avait elle aussi été vandalisée. Pour Maël, la médiatisation de l'affaire pourrait contribuer à rappeler l'importance de ces symboles aux yeux d'un large public. "J'espère vraiment que cette croix pourra rester en place cette fois-ci pour longtemps", explique-t-il. "Je croise les doigts pour que tout cela permette aussi de prendre conscience de l'importance de ce patrimoine."
L'engagement du jeune alpiniste ne devrait d'ailleurs pas s'arrêter à l'Aneto. Plusieurs projets de restauration de croix vandalisées occupent déjà ses réflexions. Parmi eux figure la croix du pic Saint-Loup, dont il envisage de participer à la rénovation directement sur place grâce à son expérience de cordiste. Il s'intéresse également à la croix du col de la Crouzette, une croix en pierre vieille de près de trois siècles, récemment détruite à coups de masse, qu'il aimerait voir renaître.
Néanmoins, avant d'entreprendre ces nouveaux projets, Maël a déjà un programme chargé. Le jeune homme prévoit notamment l'ascension du Mont-Blanc en moins de vingt-quatre heures à la fin du mois de juillet, avant de s'élancer pour un périple à vélo reliant Montauban à Londres. Une nouvelle aventure pour celui qui, à seulement 18 ans, semble avoir fait de l'engagement et du dépassement de soi un véritable mode de vie.













